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2025 en 15 livres étrangers

Source : Le Devoir

Uvaspina, le premier roman envoûtant de l’Italienne Monica Acito, construit autour d’un adolescent efféminé et solitaire et de sa sœur à demi folle, nous plonge dans les entrailles de Naples, dans les ruines d’un passé florissant qui reprend forme dans le crime et dans la crasse, dans les odeurs de friture et d’encens. Un livre baroque et charnel qui compose, dans une Naples un peu hors du temps coincée entre la mer et le soleil, une chronique familiale étouffante, pleine de cruauté et d’éclats de beauté.


En 2003, avec une amie, Neige Sinno débarquait dans les montagnes du Chiapas, au Mexique, pour y rencontrer le fameux sous-commandant Marcos, icône de la lutte altermondialiste, avec l’intention de lui apporter des livres de théorie marxiste. Heureusement, rien ne se passera comme prévu. Avec La Realidad, « étrange chronique de l’exil » et premier texte autobiographique écrit avant même Triste tigre (P.O.L, prix Femina 2023), Neige Sinno compose un fascinant récit de voyage initiatique.


Saga familiale, enquête généalogique, La maison vide, le treizième roman de Laurent Mauvignier, prix Goncourt 2025, remonte l’histoire d’une famille sur quatre générations. Un roman construit sur les trous et les silences de sa propre histoire familiale, que l’auteur campe, comme beaucoup de ses romans, à La Bassée, village imaginaire inspiré de son Descartes ligérien. Une fascinante traversée du XXe siècle à hauteur d’hommes et de femmes, faite d’injustice et de destins brisés, de violence et d’abnégation.


Avec Caledonian Road, son septième roman, haletante fresque sociale et politique ancrée dans le Londres contemporain, « ville en lévitation sur une mer d’argent sale » où pataugent politiciens corrompus et oligarques russes, lords sans morale, marchands d’art, dealers et migrants illégaux, l’Écossais Andrew O’Hagan emprunte à la fois aux codes de la satire et du naturalisme. Un gros roman exaltant et corrosif qui nous ouvre les portes d’un monde où tout est affaire d’apparences, d’argent et de pouvoir.


Fresque sociale et familiale où les destins s’étoffent et s’entrelacent brillamment, où l’intime et le social s’imbriquent de manière exceptionnelle, le troisième roman de l’Américain Adam Haslett exprime la violence et la beauté, la solitude et la solidarité, l’horreur et la splendeur, en somme l’Amérique contemporaine dans toute sa complexité. La narration est si maîtrisée, les pièces du puzzle si astucieusement agencées que pas une seule des nombreuses pages de ce livre ne semble superflue.


Journal de deuil, livre d’adieu et guide de survie, le roman de l’Italien Matteo B. Bianchi a pour point de départ la perte d’un être cher par suicide. Le narrateur entrelace le présent et le passé, le grave et l’anecdotique, le particulier et l’universel. Capable d’autocritique, il puise dans la littérature, la musique et la télévision, mais il donne également la parole à des spécialistes et à d’autres endeuillés. En somme, pour apprendre à vivre, il s’intéresse à d’autres vies que la sienne.


Le roman du Brésilien Victor Heringer est paru en 2016, deux ans avant que ce dernier s’enlève la vie. Mais là n’est pas le sujet de ce livre, dont l’action se déroule dans les banlieues de Rio de Janeiro à la fin des années 1970. Dans une écriture étonnante, espiègle, imaginative, l’auteur offre une bouleversante variation sur le thème du premier amour. Donnant à voir et à sentir, à goûter et à ressentir, le narrateur assemble légendes et faits divers, souvenirs et confessions, bénédictions et cruautés.


Oscarisé pour The Artist, le cinéaste français s’est rendu en Ukraine en 2023, avançant jusqu’à la ligne de front avec pour seul bagage un carnet où recueillir des voix que la guerre éprouve. Ainsi, Michel Hazanavicius esquisse des portraits dépouillés, attentifs à la dignité de soldats qui se battent contre l’envahisseur russe. Entre Kiev et les positions avancées du Donbass, ses pages révèlent une humanité désarmante. Un témoignage à vif, au cœur du conflit, qui restitue toute la rudesse du réel.


Sociologue et spécialiste de la colonialité, Sonia Dayan-Herzbrun explore la genèse européenne du sionisme, construit au croisement du messianisme chrétien, des nationalismes et des ambitions impériales. Elle dévoile la fabrication d’un récit historique qui a rendu possibles la colonisation de la Palestine et l’effacement de ses habitants. Cet essai courageux — indispensable pour saisir les débats qui enflamment notre époque — met à nu les ressorts idéologiques d’un mouvement aux répercussions durables.


Voilà une adaptation somptueuse du classique du romancier britannique Richard Adams. Elle retrace l’odyssée de lapins fuyant la destruction de leur garenne pour bâtir un refuge. James Sturm et Joe Sutphin en révèlent la puissance mythique, mêlant tension et souffle épique. L’aventure s’enrichit d’une intensité nouvelle, portée par une poésie visuelle. Un roman graphique inoubliable qui rassemble toutes les générations et rappelle combien les récits d’entraide façonnent notre imaginaire commun.


Pour leur première collaboration, les autrices Lola Lafon et Pénélope Bagieu nous offrent un récit sensible, porté par une histoire d’amour éphémère empreinte d’un mystère qui se voit révélé un soir d’anniversaire. Comme dans un classique film familial, le tout se déroule lors de retrouvailles entre une mère dans la cinquantaine, qui a envie de parler, et sa fille, enfin prête à l’écouter. Nous avons aimé le rythme, le découpage ainsi que l’intimité toute féminine qui se dégage de ce récit, qui a su nous toucher droit au cœur.


Le regard de James Lee Burke sur les États-Unis se fait de plus en plus impitoyable : personne ne dénonce les salauds comme il sait le faire. Ici, c’est Clete Purcel, l’ami de Dave Robicheaux, qui raconte cette autre croisade contre le Mal mettant en scène des personnages odieux se livrant à tous les trafics. Heureusement, Burke parvient aussi à nous faire sentir la couleur du bayou avec toutes les formes que la permanente menace de l’orage peut prendre, dans les plissements du vent comme de l’eau.


Michèle Pedinielli, une des figures montantes du polar français, nous propose une héroïne râleuse et farouchement gauchiste, Ghjulia « Diou » Boccanera. Détective privée à Nice, Diou en a contre tous les riches et prend toujours le parti des exploités, quelle que soit leur origine ou leur couleur. Elle cherche ici à coincer celui qui a sauvagement attaqué son âme sœur, son coloc gai propriétaire d’une galerie d’art. Une histoire de vengeance racontée dans une écriture aux accents souvent fulgurants.


De quel côté se trouve la mer ? De quelle couleur est le ciel ? Et les nuages ne ressemblent-ils pas à de petites chenilles ? Bien que Serpent rouge et Serpent bleu se connaissent depuis toujours, ils ne voient pas les choses de la même manière, ce qui donne lieu à quelques désaccords. Sagace et facétieux, l’auteur raconte ici que tout est question de perspective. Dès la page couverture, il met en scène cet effet de sens. Les serpents, nez levés vers le titre, semblent perplexes devant l’inversion de couleurs choisies pour les nommer. Du grand Tallec.


En éternel moqueur, Drouot détient l’art d’amuser tout en offrant un double niveau de lecture. Il revisite ici de façon malicieuse l’absurdité des guerres. Deux peuples vivent tranquillement de chaque côté du grand fleuve jusqu’à ce que le roi de l’Ouest et la reine de l’Est entreprennent la construction d’un pont en vue d’envahir l’ennemi. Mais rien ne se passe comme prévu. Dans une suite de scènes carnavalesques tenues par des personnages anthropomorphes fougueux, Drouot renverse et déconstruit avec sagacité l’ordre initié par la guerre. Fameux.

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