Source : Le Devoir
Elles, ce sont des femmes, jeunes souvent, qui, dans l’espace public, sous le regard de ceux qui les lorgnent, les interpellent, les soignent ou les touchent, voient leur identité réduite à celle du corps ; leurs seins, leurs fesses, leurs jambes, leur utérus. Dans les clubs vidéo où elles travaillent seules, sous les viaducs qu’elles doivent traverser la nuit, poivre de cayenne en poche, dans le lit de celui qui partage leur vie, dans les transports en commun, dans le bureau du médecin, qu’elles gardent le silence ou qu’elles se montrent libres ou exubérantes, elles sont rabrouées, remises « à leur place », celle de la féminité telle que définie par les hommes, avec ce qu’elle sous-entend de crainte, de honte, de sévices. Avec ce recueil déroutant, l’écrivaine montréalaise Pier Courville tisse une courtepointe de récits sur les violences ordinaires et sexistes qu’expérimentent quotidiennement les femmes. Les histoires, bien qu’indépendantes les unes des autres, s’accumulent, s’organisent, entrent en relation ; morceaux disparates à jamais arrachés à leur propriétaire, qui forment désormais un corps fragmenté, symbole de toutes les oppressions. Percutant.
Elles
★★★ 1/2
Pier Courville, Hamac, Montréal, 2024, 176 pages
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