Paru en premier sur (source): journal La Presse
Il y a un an à peine, nous avons été nombreux à être séduits par Douze arpents, le premier roman de Marie-Hélène Sarrasin, qui s’est faufilé dans la liste préliminaire du Prix des libraires. Bien qu’ancré dans le passé, le territoire et la ruralité, le récit était empreint d’un réalisme magique rafraîchissant.
Mis à jour à 11h00
L’autrice de Lanaudière, qui enseigne la littérature au collégial, nous revient avec une deuxième proposition littéraire, ancrée dans les mêmes eaux, sans en être la suite. On retrouve avec bonheur certains personnages, notamment les immortelles Commères de Saint-Didace, mais l’histoire racontée en est tout autre.
Plutôt que d’osciller entre deux époques, le récit de Ce qui nous dévore s’incarne sur deux territoires : d’abord Montréal, où Madeleine, fleuriste, vit avec son mari Siméon, un policier à la retraite atteint d’alzheimer, et ensuite Mandeville, dans Lanaudière, d’où elle a été déracinée, contre son gré. Leur histoire s’entremêle à celle de leur petite-fille, Marine, qui attend un enfant alors que son conjoint, habité par la poésie de Serge Bouchard, sillonne les routes de l’Amérique pour gagner sa vie. Il y a aussi Suzanne, la sœur de Siméon, habitée depuis des années par une colère qui transforme les rues en rivières.
Empreint d’une fantaisie plus sobre et moins déstabilisante que Douze arpents, Ce qui nous dévore dresse le portrait de femmes étouffées, qui ont soif de liberté, et aborde sans gêne la détresse des proches aidants. Bien que l’intrigue soit linéaire, sans rebondissements réellement inattendus, l’écriture est poétique et efficace. Voilà un court roman qu’on dévore d’un seul trait.
Ce qui nous dévore
Les éditions Tête première
168 pages





