Source : Le Devoir
La séquence d’ouverture met déjà le spectateur en contexte. Sur une terre aride encerclée de montagnes, un piano sur lequel trône un cèdre comporte un trou, duquel se déverse une fontaine d’eau dans un petit bassin. Cette image — une représentation d’une toile méconnue de Dalí, Fontaine nécrophilique coulant d’un piano à queue (1930) — rappelle de suspendre, pour 77 minutes, ses réflexes de raison et de crédulité.
Dans Daaaaaalí !, le prolifique Quentin Dupieux rend un hommage anachronique au maître du surréalisme, construisant un monde singulier, ludique et psychédélique à l’image de son sujet.
Se tenant à distance des codes classiques du film biographique — que peut-on attendre d’autre de la part du plus irrévérencieux des cinéastes français ? — Quentin Dupieux concentre son regard sur l’exubérance et l’étrangeté de son personnage, plus que sur son oeuvre, son héritage et son processus de création. Dalí ne disait-il pas lui-même que sa personnalité était son plus grand chef-d’oeuvre ?
Ainsi, cinq différents acteurs — Gilles Lellouche, Jonathan Cohen, Pio Marmaï, Didier Flamand et Édouard Baer — incarnent tour à tour une version distincte de l’artiste dans un ordre et une chronologie totalement aléatoires, sauf pour les moustaches relevées, le port royal, les chemises extravagantes et les R exagérément rrrrroulés qui traversent les performances.
Le résultat, énigmatique, fabuleux, complètement déstabilisant, ne se contente pas de rendre hommage à Salvador Dalí. Il emprunte aussi à un autre éminent surréaliste du XXe siècle — Luis Buñuel — en esquissant une structure dramatique qui n’est pas sans rappeler celle du film
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