Paru en premier sur (source): journal La Presse
Publié à 0h56
Mis à jour à 7h30
Qui fut l’âme de Pink Floyd ? À qui doit-on vraiment le génie et la beauté des albums Meddle, Wish You Were Here ou Dark Side of the Moon ? Roger Waters ou David Gilmour ?
Cette question, tenace, constitue l’un des plus célèbres conflits de l’histoire du rock, et continue d’animer les deux principaux intéressés, qui n’ont toujours pas enterré la hache de guerre et semblent avoir atteint le point de non-retour, si l’on en juge par leurs derniers échanges sur la place publique.
PHOTO CARLOS GONZALEZ, ARCHIVES THE NEW YORK TIMES
Roger Waters, en concert au festival Coachella, en Californie, en 2016

Cette question tenace est aussi au cœur du livre Pink Floyd – Gilmour vs Waters, qui vient tout juste d’être publié par le journaliste français Alexandre Higounet, qui tente de faire le point sur ce débat de longue date.
Ce qu’on comprend, dès le départ, c’est que Waters le bassiste et Gilmour le guitariste n’ont jamais été de grands potes, même s’ils avaient tous deux un ami commun en la personne de Syd Barrett, et qu’ils ont tous deux grandi à Cambridge, au Royaume-Uni. Déjà, les astres étaient mal alignés.
On ne reviendra pas sur les circonstances qui ont mené Gilmour à remplacer Barrett comme guitariste de la formation. Mais il est clair qu’à partir de 1968, Waters s’est vite imposé comme le leader officieux du groupe, à qui il va donner une direction plus politique et « conceptuelle ». Si Gilmour a semblé un moment rééquilibrer le pouvoir (Meddle, Atom Heart Mother), c’est bien Waters qui a été le principal auteur-compositeur des albums The Dark Side of the Moon, Wish You Were Here, Animals et The Wall, ce qui le poussera à s’approprier le succès du groupe dans les années 1970 et 1980.
PHOTO ALAMY STOCK PHOTO
Nick Mason, Syd Barrett, Roger Waters et Richard Wright, en 1967, avant l’arrivée de David Gilmour

Cette prétention n’a pas plu à Gilmour, et pour cause. Car si le guitariste signe moins de morceaux dans l’œuvre pinkfloydienne, c’est bien lui (avec l’apport du claviériste Richard Wright) qui a « embelli » et étoffé les chansons relativement sommaires d’un Waters plus limité musicalement, les portant au niveau de sophistication qui a fait la gloire des chefs-d’œuvre du groupe. En ce sens, il a été beaucoup plus qu’un simple exécutant, mais une pierre fondamentale de l’édifice floydien.
Ce trip d’ego, d’abord larvé, s’est exprimé de plus en plus ouvertement au fil des ans, et même dans certaines chansons en forme de règlement de comptes. Malgré les tentatives de rapprochement subséquentes, le fossé s’est creusé, jusqu’à devenir infranchissable, en raison des vieilles rancœurs jamais réglées qui font chroniquement surface, mais aussi des positions antisionistes controversées de Waters, qui se sont radicalisées depuis le début de la guerre à Gaza, et que Gilmour – avec sa femme Polly Samson – ne se prive pas de critiquer sur les réseaux sociaux.
PHOTO FOURNIE PAR SONY MUSIC
David Gilmour

Alexandre Higounet n’a pas la prétention de dénouer ce nœud gordien. Il se contente d’exposer les faits, soutenu par nombre d’interviews d’archives, et de lancer des pistes de réflexion en apportant ses propres clés pour la compréhension. On aurait pu faire plus court dans le chapitre sur les analyses de chansons, qui intéressera essentiellement les fans finis, aussi nombreux soient-ils (particulièrement au Québec !).
Mais la vérité est qu’au final, rien n’est ici noir ou blanc. Et que si cette tension a contribué à l’éclatement du groupe, elle en a aussi probablement été le moteur créatif. Pink Floyd, pour le meilleur et pour le pire…
Pink Floyd : Gilmour vs Waters
Le mot et le reste
240 pages





