Source : Le Devoir
Chez nos cousins les Français, « pute » et son dérivé « putain » sont devenus des termes passe-partout, le second désignant moins souvent une attaque à la personne. Le vocable, apparu durant le Moyen Âge, a traversé les siècles avec un si grand succès qu’il est utilisé aujourd’hui à toutes les sauces. Il permet même d’exprimer des émotions aux antipodes les unes des autres, comme la déception ou l’exaltation : « oh putain, c’est beau ! » et « Quel imbécile, putain ! » Dans un livre à la fois drôle et pointu titré tout bonnement Pute, la spécialiste d’histoire de la langue française Dominique Lagorgette souligne d’ailleurs qu’il y a très peu de mots dans la langue de Molière qui peuvent être prononcés par pratiquement tout le monde et dans presque toutes les circonstances.
La professeure de sciences du langage à l’Université de Chambéry — établissement qui accueille dans ses murs le seul laboratoire de recherche en Europe consacré à l’injure — s’amuse ainsi à disséquer l’usage de cette grossièreté langagière polysémique qui renvoie aux travailleuses du sexe et que l’autrice qualifie de véritable « couteau suisse ». Son étonnante persistance sillonne les époques, s’imprimant durablement dans l’inconscient collectif. Et puis, on apprend avec stupéfaction que l’insulte « pute » et l’animal putois partageraient une origine étymologique commune, du latin putidus, qui signifie « sale ». De la saleté physique à la saleté morale, il n’y a qu’un pas.
La table est mise pour un ouvrage franchement captivant qui se lit comme une exploration linguistique caustique sur les représentations culturelles des femmes à travers une flopée d’expressions parfois
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