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Mémoires de Mayron Schwartz | Trajectoires inattendues

Paru en premier sur (source): journal La Presse

Avec sa plume poétique qu’il anime depuis plus d’un quart de siècle, Jean-François Beauchemin trace aujourd’hui les souvenirs d’un personnage gorgé de candeur, raccommodant des souvenirs pétillants forgés au contact d’autrui. L’auteur nous livre les dessous décousus des Mémoires de Mayron Schwartz, tout en revenant sur son succès auprès du lectorat francophone européen.


Publié à 1h41

Mis à jour à 11h00

A priori, comme le souligne ce drôle de protagoniste « juif athée néodarwinien », il y a quelque chose de formel, voire pompeux, à déclarer que l’on rédige ses mémoires. Mais Mayron Schwartz s’est prêté à l’exercice avec une charmante naïveté. Et s’il ne s’affiche pas comme un haut personnage historique ayant marqué son époque, ce n’est pas autant qu’il manque de grandeur ; surtout si l’on parle de grandeur d’âme. Récoltant et ravivant, au fil d’une partition ébouriffée, des souvenirs tantôt teintés de détails, tantôt d’anecdotes du quotidien, impliquant systématiquement ses proches, il livre avec innocence une vision du monde alliant simplicité et humanité.

« Au fond, ce personnage est dans les grandes questions existentielles, dans la philosophie, mais presque malgré lui, parce qu’il n’est pas philosophe en soi. Il observe beaucoup le monde, les gens, et y constate un certain nombre de petites choses, y compris assez banales, surtout celles de la nature qui l’environne : le chant d’un oiseau, un paysage… », commente Jean-François Beauchemin, de son havre de paix niché dans les Laurentides.

Bercé par la nature, Mayron Schwartz s’abreuve aussi de la nature humaine, apparaissant comme un philanthrope, très curieux de son entourage. Mais n’allez pas croire qu’il verse dans l’angélisme, car nul n’échappe aux tragédies de la vie ; l’ombre du suicide ou celle des camps d’extermination nazis, desquels furent rescapés les membres de sa famille, ne plane jamais loin.

Les autres, c’est nous

En parcourant les pages des Mémoires de Mayron Schwartz, la saveur quasi ironique du titre émerge petit à petit, jusqu’à se rendre compte que les faisceaux des projecteurs ne sont pas tant braqués sur le principal intéressé que sur ses proches, notamment cette pittoresque famille et ces non moins surprenants amis, tous dépeints avec de vifs coloris. D’ailleurs, Mayron le confesse : « Je ne vaux rien sans les autres, pas même le prix d’une courge à la foire maraîchère du village. »

Un pied de nez de Jean-François Beauchemin à notre époque contemporaine suintant l’égocentrisme ? Tout à fait. « C’est un peu un acte de résistance que ce livre. Je deviens allergique à tout ce qui a trait à la vanité, aux ego gonflés, à cette mise en avant de soi, exacerbée par les réseaux sociaux », explique l’auteur, qui espère prendre le contrepied de cette tendance, et concède par ailleurs ne s’être jamais accommodé de l’effervescence médiatique autour de lui.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Jean-François Beauchemin, dans son havre de paix niché dans les Laurentides

Oui, le personnage principal s’observe vivre et penser. Mais on constate tout du long que ce sont les autres qui le forment. J’ai voulu montrer qu’au fond, on a beau se mettre sous les projecteurs, on ne se fait jamais seul, et les autres font en sorte que l’on devient secondaire.

Jean-François Beauchemin

Que le lecteur ne s’attende pas à suivre une chronologie linéaire et implacable. Mayron Schwartz invoque ses souvenirs pêle-mêle, à mesure qu’ils lui viennent à l’esprit, passant du coq à l’âne ou des évènements de la veille à ceux du lointain passé. « On voit bien que c’est un esprit foisonnant, qui butine d’un objet à l’autre, d’une fleur à l’autre, comme une abeille, et qui s’émerveille de tout. D’où cette pensée et ce livre un peu échevelés », indique l’écrivain. Toutefois, ce dernier invite à considérer le texte dans son ensemble pour que chacun puisse y apprécier, en filigrane, une certaine structure dans l’exposition de ce récit méditatif.

Nul n’est prophète en son pays

Le personnage de Mayron Schwartz n’est pas le seul à susciter l’étonnement. Son auteur peut aussi livrer quelques faits provoquant des haussements de sourcils. Notamment au sujet de sa réputation au-delà des frontières du Québec, qui ne s’est jamais démentie depuis plus de 25 ans. En attestent ses nombreuses sélections ou récompenses récoltées, notamment en France, de 1999 à aujourd’hui, du prix France-Québec (en 2005 pour Le jour des corneilles) au prix des libraires Folio Télérama en 2024 décroché par Le Roitelet. Plus étonnant encore : ces dernières années, il remporte davantage de succès littéraire auprès de la francophonie européenne que dans la Belle Province !

Jean-François Beauchemin le confesse volontiers : cette percée reste un mystère à percer. « C’est difficile à expliquer pour moi. Cela m’étonne et m’amène à me poser des questions. J’ai l’impression d’avoir une sensibilité davantage européenne que québécoise. Les Français, les Belges, les Suisses réagissent beaucoup plus fortement à mes petits livres. Pourquoi ? Je l’ignore. Mais je note qu’il y a dans tous mes livres, ou presque, l’évocation des grands espaces. Les Européens semblent fascinés par cette géographie de territoires dans l’immensité. C’est peut-être une partie de l’explication », suppose-t-il, ne boudant pas pour autant le bon accueil de ses ouvrages au Québec.

Précisons qu’il est servi par une écriture de facture classique, ce qui ne l’empêche pas de glisser quelques références nationales à l’occasion. Un choix artistique justifié par le genre subtil, raffiné et poétique qu’il souhaite transmettre à son lectorat. « J’ai toujours été un peu réfractaire à recourir à la langue québécoise à l’écrit. Elle se prête mieux, je trouve, aux conversations. Attention, je ne dis pas qu’on ne peut pas faire de très belles choses avec elle ; Michel Tremblay en est un exemple formidable. Mais je pense qu’elle se prête moins à mon propos littéraire, je préfère une langue un peu plus classique, qui autorise plus de nuances et de profondeur. »

Mémoires de Mayron Schwartz

Mémoires de Mayron Schwartz

Jean-François Beauchemin

Québec Amérique

528 pages

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Titre: Mémoires de Mayron Schwartz

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