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Prix Nobel 2024 | Une œuvre non occidentale pourrait être récompensée, selon des experts

Paru en premier sur (source): journal La Presse

(Stockholm) Dominé de manière écrasante par les auteurs européens et nord-américains, le prestigieux prix Nobel de littérature, décerné jeudi, pourrait récompenser une plume originaire d’une culture non occidentale, selon les experts.


Publié à 11h01

Nioucha ZAKAVATI

Agence France-Presse

L’autrice chinoise Can Xue revient fréquemment parmi les favoris des critiques littéraires.

Avant-gardiste et comparée à Kafka pour l’atmosphère à la fois irréelle et sombre qui imprègne ses romans et ses nouvelles, son style expérimental transforme le réel en univers fantastique et absurde.

Elle suit une méthode de travail bien à elle depuis 30 ans : elle se relit à peine, modifie encore moins ses textes qu’elle écrit toujours avec un papier et un stylo.  

Cette année, « le choix du lauréat prendra l’élite culturelle à contrepied », pronostique Björn Wiman, le chef du service culturel du quotidien suédois Dagens Nyheter.

PHOTO CHEN XIAOZHEN, FOURNIE PAR L’AGENCE FRANCE-PRESSE

L’autrice chinoise Can Xue

Région linguistique non européenne

En 2021, le comité avait opté pour le romancier britannique Abdulrazak Gurnah, né à Zanzibar et qui explore les tourments de l’exil et l’anticolonialisme.  

Le comité aime régulièrement surprendre, souligne M. Wiman qui imagine qu’une romancière mexicaine ou argentine ou un écrivain africain pourrait logiquement l’emporter.  

« Je crois que ce sera une femme originaire d’une région linguistique non européenne », parie-t-il.  

Le cœur du journaliste bat cependant pour Salman Rushdie, plus que jamais un symbole fort de la liberté d’expression après avoir été poignardé en 2022 et qui se raconte dans Le Couteau, paru en avril.  

PHOTO ANDRES KUDACKI, ASSOCIATED PRESS

L’auteur Salman Rushdie posant à New York pour la promotion de son livre Le couteau

« Mais on reprochera [à l’Académie] d’avoir encore choisi un homme en seconde moitié de vie », relève Björn Wiman.

L’an dernier, le prix avait été remis au dramaturge norvégien Jon Fosse.

Depuis sa création, le Nobel de littérature est très « eurocentré » et masculin : sur un total de 120 lauréats, seules 17 femmes ont obtenu le prix. Et une minorité d’auteurs récompensés utilisent des langues pratiquées en Asie, en Afrique ou au Moyen-Orient, hors des domaines anglophone, francophone, scandinave, allemand, slave, espagnol ou italien.

Un seul auteur de langue arabe a été distingué – Naguib Mahfouz, un Égyptien, en 1988 – contre 16 auteurs francophones.  

Langue originale

La Chine a une « littérature très vaste », mais cela ne se reflète pas dans l’histoire du Nobel, remarque Carin Franzén, professeure de littérature à l’université de Stockholm.  

La dernière fois qu’un écrivain chinois a reçu le prix, c’était en 2012, lorsque le romancier Mo Yan a été sacré.  

Pour Victor Malm, chef du service culturel du quotidien Expressen, c’est l’autrice caribéenne Jamaica Kincaid qui l’emportera cette année. Née à Antigua-et-Barbuda, elle vit aux États-Unis et écrit en anglais.

« J’ai du mal à croire qu’apparaîtra soudainement le nom d’un écrivain hindi. Personne à l’Académie ne parle l’hindi. Comment pourraient-ils s’exprimer de manière crédible sur le sujet ? », juge-t-il en estimant que les membres de l’Académie dépendent trop des traductions.

L’Académie a toujours consulté des experts en littérature et, depuis 2021, cette démarche s’est systématisée dans les langues non maîtrisées par ses membres.

« Ce n’est bien sûr pas la même chose que de pouvoir lire en langue originale », estime Lina Kalmteg, journaliste littéraire à la radio publique suédoise (SR). Il est très rare que les écrivains en lice « ne soient pas du tout traduits en suédois », observe-t-elle.

Historiquement, la culture occidentale était considérée comme supérieure, note Rasmus Landström, critique littéraire au quotidien suédois Aftonbladet : c’était assumé à l’époque, mais « je pense que ce n’est plus le cas aujourd’hui », dit-il.

Les délibérations du jury sont gardées secrètes 50 ans, mais au fur et à mesure qu’elles sont rendues publiques, on s’aperçoit que cette question a toujours été « largement débattue », ajoute-t-il.

Pas d’écrivain russe ?

Dans la tourmente après le scandale sexuel de 2018, l’Académie se cherche un nouveau souffle.

« Il serait donc intéressant [pour elle] de s’ouvrir à une perspective non européenne », plaide Mme Franzén dont la préférée est la poétesse canadienne Anne Carson.

Le rédacteur en chef culture de Göteborgs-Posten Johan Hilton mise lui sur un écrivain d’Europe centrale ou orientale. « France, États-Unis et Royaume-Uni ont été lauréats à de nombreuses reprises ces dernières années », constate-t-il.  

Mais hors de question de récompenser un ou une Russe, même une personnalité critique du régime, selon lui. Il estime que « c’est politiquement impossible », contrairement à Victor Malm pour qui un détracteur du régime russe ne pourrait pas servir la propagande du Kremlin.

Comme chaque année, les noms d’autres nobélisables, régulièrement cités, circulent : le Hongrois Laszlo Krasznahorkai, le Roumain Mircea Cărtărescu, le Kényan Ngugi wa Thiong’o, l’Australien Gerald Murnane ou encore le Japonais Haruki Murakami.

Le suspense sera levé à 7 h (heure de l’Est) quand l’Académie suédoise révélera l’identité du gagnant du prix, doté de 11 millions de couronnes suédoises (plus de 1 449 000 dollars canadiens).   

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Titre: Prix Nobel 2024

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