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Prix Nobel de littérature | L’autrice Han Kang récompensée

Paru en premier sur (source): journal La Presse

(Stockholm) Le prix Nobel de littérature a été décerné jeudi à la romancière Han Kang, âgée de 53 ans, première Sud-Coréenne à remporter la prestigieuse récompense.


Publié à 7h08

Mis à jour à 9h35

Agence France-Presse

Han Kang, qui écrit poèmes, nouvelles et romans en coréen, a été récompensée « pour sa prose poétique intense qui affronte les traumatismes historiques et expose la fragilité de la vie humaine », a expliqué le jury dans un communiqué.

Parallèlement à l’écriture, elle s’est également consacrée à l’art et à la musique, ce qui se reflète dans l’ensemble de sa production littéraire.

« L’œuvre de Han Kang se caractérise par cette double exposition de la douleur, une correspondance entre le tourment mental et le tourment physique, en lien étroit avec la pensée orientale », a précisé l’Académie suédoise.

Largement dominé par des écrivains de culture occidentale, le prix Nobel de littérature récompense ainsi une plume originaire d’une région du monde autre que l’Europe ou l’Amérique du Nord.

« Je (l’ai eue) au téléphone. Elle passait une journée ordinaire, venait juste de finir le souper avec son fils. Elle n’était pas vraiment préparée pour cela, mais nous avons commencé à discuter des préparatifs pour décembre », quand le prix sera remis, a raconté Mats Malm, secrétaire permanent de l’Académie suédoise.

L’autrice, née le 27 novembre 1970 à Gwangju en Corée du Sud, a « une conscience unique des liens entre le corps et l’âme, les vivants et les morts, et, par son style poétique et expérimental, elle est considérée comme novatrice dans le domaine de la prose contemporaine », a dit devant la presse le président du comité Nobel Anders Olsson.

Exploitation érotique

PHOTO JONATHAN NACKSTRAND, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

La Végétarienne

Han Kang a percé au niveau international avec son roman La Végétarienne (2007). Écrit en trois parties, le livre dépeint les conséquences violentes du refus de sa protagoniste Yeong-hye de manger de la viande, entraînant son rejet brutal par son entourage.

L’autrice raconte dans ce roman comment Yeong-hye sera exploitée « érotiquement » par son beau-frère, un artiste vidéo, qui développe une obsession pour son « corps passif », relève l’Académie.

Le lecteur suit ensuite l’enfoncement progressif du personnage principal dans une psychose qui la mènera vers l’internement psychiatrique.

« Il y a une continuité dans les thèmes abordés qui est tout à fait remarquable, mais en même temps une énorme variation stylistique qui fait de chaque livre un nouvel aspect ou une nouvelle expression de ces thèmes centraux », a analysé Anna-Karina Palm, membre de l’Académie.

« Liste noire »

PHOTO TOM LITTLE, REUTERS

Les livres de Han Kang

C’est aussi une femme engagée.

Han Kang figurait sur une « liste noire » de près de 10 000 personnalités du monde de la culture en Corée du Sud accusées d’avoir critiqué la présidente Park Geun-hye, au pouvoir entre 2013 et 2017.

Plusieurs proches du pouvoir ont été accusés d’avoir voulu priver ces artistes de toute aide publique et de tout financement privé, ainsi que de les avoir placés sous surveillance.

Nombre de ses romans ont été traduits en français, comme Pars, le vent se lève (2014), Celui qui revient (2016), Leçons de grec (2017) ou encore Impossibles adieux (2023).

Elle a obtenu le prix Médicis du roman étranger pour ce dernier titre en novembre 2023. Un roman de nouveau primé en février, du prix Guimet de littérature asiatique.

Paru en août aux éditions Grasset, Impossibles adieux traite d’un sujet difficile, le massacre en 1948-1949 de 30 000 personnes sur l’île de Jeju, dans le sud de la Corée du Sud.

La présidente du jury, la journaliste Laure Adler, avait motivé ce choix « en raison de la sobriété et de l’efficacité de son écriture, de sa modernité et de l’universalité de la thématique de son sujet ».

Han Kang est la première Sud-Coréenne à remporter le prix Nobel de littérature.

Elle avait été couronnée en 2016 du Man Booker Prize, l’un des principaux prix littéraires pour les écrivains de langue anglaise.

Le seul autre Sud-Coréen couronné d’un prix Nobel – de la paix – remonte à l’an 2000, lorsque l’ancien président (de 1998 à 2003) Kim Dae-Jung a été sacré pour « son travail pour la paix et la réconciliation avec la Corée du Nord ».

Depuis sa création, le Nobel de littérature est dominé par une vision occidentale et masculine : sur un total de 121 lauréats, seules 18 femmes ont obtenu le prix. Et une minorité d’auteurs récompensés utilisent des langues pratiquées en Asie, en Afrique ou au Moyen-Orient, hors des domaines anglophone, francophone, scandinave, allemand, slave, espagnol ou italien.

Un seul auteur de langue arabe a été distingué – Naguib Mahfouz, un Égyptien, en 1988 – contre 16 auteurs francophones.

L’an dernier, le dramaturge norvégien Jon Fosse avait remporté la prestigieuse récompense de belles lettres.

Les dix derniers lauréats

PHOTO THOMAS EKSTROM, ARCHIVES THE NEW YORK TIMES

Jon Fosse

2024 : Han Kang (Corée du Sud) « pour sa prose poétique intense qui affronte les traumatismes historiques et expose la fragilité de la vie humaine »

2023 : Jon Fosse (Norvège) « pour ses pièces de théâtre et sa prose novatrices qui ont donné une voix à l’indicible ».

2022 : Annie Ernaux (France) pour « le courage et l’acuité clinique avec lesquels elle découvre les racines, les éloignements et les contraintes collectives de la mémoire personnelle ».

2021 : Abdulrazak Gurnah (Royaume-Uni) pour « son récit empathique et sans compromis des effets du colonialisme, et le destin des réfugiés pris entre les cultures et les continents ».

2020 : Louise Glück (États-Unis) « pour sa voix poétique caractéristique, qui avec sa beauté austère rend l’existence individuelle universelle ».

2019 : Peter Handke (Autriche) « pour son œuvre influente qui, forte d’ingénuité linguistique, a exploré la périphérie et la singularité de l’expérience humaine ».

2018 : Olga Tokarczuk (Pologne) « pour une imagination narrative qui, avec une passion encyclopédique, symbolise le dépassement des frontières comme forme de vie ».

2017 : Kazuo Ishiguro (Royaume-Uni) « qui a révélé, dans des romans d’une puissante force émotionnelle, l’abîme sous notre illusoire sentiment de confort dans le monde ».

2016 : Bob Dylan (États-Unis) « pour avoir créé dans le cadre de la grande tradition de la musique américaine de nouveaux modes d’expression poétique ».

2015 : Svetlana Alexievitch (Biélorussie) « pour son œuvre polyphonique, mémorial de la souffrance et du courage à notre époque ».

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