Paru en premier sur (source): journal La Presse
La plume d’Emma Becker ne peut laisser personne indifférent. Soyez averti : c’est cru, volontairement très frontal par moments. Mais ce serait dommage, vraiment, de s’arrêter à cela. Parce que c’est tellement plus aussi.
Mis à jour à 7h00
L’autrice française, qui n’en est pas ici à son premier titre choc – c’est à elle que l’on doit La maison (2019), impudique autofiction de son passage heureux dans un bordel berlinois –, plonge cette fois, avec ce Mal joli, en lice pour le prestigieux prix Femina, dans l’adultère. Plutôt : la passion. Le déraisonnable fol amour d’une jeune mère pour un autre homme.
Permettez qu’on tente de résumer cette brique de plus de 400 pages, qui compte entre autres plusieurs échanges épistolaires qui n’ont rien à envier aux Liaisons dangereuses, tant la prose est riche, soutenue, on est tentée de dire jouissive (mais ce serait trop facile !). À la fois vieille France et profondément ancré dans la modernité (il s’agit de textos, après tout).
Emma Becker y relate l’histoire d’une femme, donc, autrice un brin bohème aux mœurs légères, bien connue pour sa littérature de cul (l’expression est d’elle), qui rencontre un jour et tout à fait par hasard un certain Antonin de Quincy d’Avricourt, dont la particule dévoile évidemment le jupon aristo.
C’est écrit au je. Elle est mariée, lui est en couple, bien sûr. Tout les oppose. Mais ils se plaisent. Une histoire aussi banale qu’éternelle, qui tourne évidemment un peu en rond, malgré tout furieusement puissante.
Leur magnétisme s’exprimera d’abord par écrit (et quels textes, qu’on lira parfois tout haut pour en savourer toute la sensualité, mais aussi l’humour et la décapante lucidité), puis à travers trois saisons. Tout commence un printemps, dégénère l’été, reprend de plus belle l’automne.
Au-delà des baises (appelons ici un chat un chat, puisqu’elles ne sont visiblement pas banales, plutôt franchement addictives, et méticuleusement racontées, âmes chastes s’abstenir), ce livre explore avec une vibrante justesse le déchirement d’une femme en mal de liberté, le pouvoir salvateur de l’écriture, et puis la passion (interdite ?) comme dangereusement puissant moteur de vie. Sans oublier les déchirantes réflexions sur la maternité, par bouts à pleurer de franchise et de vérité.
Seul bémol, s’il faut absolument en souligner un : la fin, qui nous laisse un peu sur notre faim. Sinon, que dire de plus ? C’est mal, bien sûr. Assurément. Mais c’est aussi si joli (et si joliment écrit !).
Le mal joli
Albin Michel
409 pages





