Paru en premier sur (source): journal La Presse
Après sa mère courageuse qui a élevé seule ses cinq filles dans Ma mère est un flamant rose en 2013, puis l’histoire de son fils toxicomane et itinérant dans le touchant Anna et l’enfant-vieillard paru en 2019, la romancière Francine Ruel s’attaque, dans Mon père est un pigeon voyageur, à l’histoire de son père qu’elle a peu connu puisqu’il a quitté sa famille pour ne presque plus jamais donner signe de vie.
Publié à 1h11
Mis à jour à 8h00
« Je ne démolis pas mon père, il n’y a pas de haine. Il y a quand même eu de beaux moments », lance d’entrée de jeu l’écrivaine et comédienne de 76 ans native de Québec.
Elle parle plutôt d’un « homme magnifique qui [lui a] appris à danser le tango et [lui a] acheté de beaux cadeaux » quand elle mentionne celui qui les a quittées, sa mère, ses sœurs et elle, alors qu’elle n’avait que 7 ans.
Elle insiste d’ailleurs pour dire qu’elle a grandi avec une mère qui n’a jamais, du moins pas devant elle, dit des horreurs de celui qui avait abandonné femme et enfants pour refaire sa vie avec une autre conjointe. « Elle disait simplement de lui : “Cet adorable inconscient” », poursuit l’écrivaine qui a ramené Franchon, la petite fille de Ma mère est un flamant rose, qui raconte cette fois l’histoire de son père avec la Francine adulte.
« L’an passé, je me suis dit : “Je le fais” », poursuit-elle à propos de son œuvre qui pose beaucoup de questions, notamment pourquoi un homme peut faire ça à son épouse de 32 ans qui a déjà cinq enfants.
Mettre le point final
Pour raconter un père absent qui n’a pas tenté de reprendre contact avec sa famille et qu’elle connaissait peu, Francine Ruel a dû imaginer un peu ce qu’a pu être sa vie loin des siens.
« Dans le livre, Franchon pose une question, à savoir si ce ne serait pas mieux d’avoir un papa décédé. C’est que mon père restait dans la même ville que nous, mais ne nous contactait jamais. Alors on avait comme la chienne de tomber sur lui, car ça pouvait arriver n’importe quand », indique-t-elle à propos de celui dont elle a hérité des yeux bleus.
« Ça n’a pas été un récit romancé qui m’a fait du bien », précise cependant Francine Ruel, indiquant que ce roman est un point final pour elle, avouant du même coup qu’elle avait ressenti un soulagement à la mort de son paternel il y a une vingtaine d’années.
« Quand j’ai refermé la petite porte de l’urne, je me suis dit que c’était fini, que je ne risquais plus de le revoir. J’ai fait mon deuil là », ajoute-t-elle à propos de l’écriture de son dernier roman.
La romancière rappelle qu’elle a su qu’elle avait un peu ouvert une boîte de Pandore avec Anna et l’enfant-vieillard quand elle a vu les longues files de personnes qui attendaient pour la rencontrer dans les salons du livre et pour lui parler à la suite de la lecture de son roman.
« Plusieurs personnes ont vécu des situations semblables, mais ce n’est pas le genre de chose dont elles ont de la facilité à parler. Un monsieur du Saguenay m’avait dit : “Vous êtes chanceuse, vous avez les mots pour le dire” », se souvient-elle, ajoutant qu’elle s’attend aussi à recevoir beaucoup de témoignages à la suite de la parution de Mon père est un pigeon voyageur.
« C’est une situation humaine : il y a malheureusement des parents qui abandonnent leurs enfants. »
Gens ordinaires
Francine Ruel soutient d’ailleurs qu’elle n’aime pas vraiment parler des héros et des héroïnes, qu’elle préfère traiter des gens ordinaires dans ses romans.
« Écrire sur les héros, ce n’est pas intéressant, car ils sont parfaits. Ma mère n’était pas une héroïne, mais une petite femme ordinaire. Moi, c’est le petit détail qui vient me chercher, la lettre qui n’est pas allumée dans une enseigne au néon, la façon dont une personne se tient. »
PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE
L’écrivaine et comédienne Francine Ruel

Tout le monde a des défauts, des choses cachées, c’est ce qui est fascinant dans l’être humain.
Francine Ruel
L’autrice a bien essayé de renouer avec ce père disparu avant sa mort, mais la démarche n’a pas été couronnée de succès. « Il avait mis des conditions que j’ai refusées parce qu’elles étaient ignobles », commente-t-elle à propos de cette tentative de retrouvailles qu’elle aborde aussi dans son roman.
Malgré tout, Francine Ruel n’est pas amère. « Dans la vie, il faut faire quelque chose avec les drames qui nous arrivent. J’ai réalisé que le parcours que j’ai fait m’a amenée à devenir l’autrice que je suis aujourd’hui. J’en ai fait de la création ! », poursuit celle qui a vendu près d’un quart de million d’exemplaires de sa tétralogie sur le bonheur (Et si c’était ça le bonheur ?, Maudit que le bonheur coûte cher !, Bonheur, es-tu là ? et Le bonheur est passé par ici).
Des projets
L’encre n’est pas encore séchée sur son nouveau roman que l’écrivaine travaille déjà à d’autres projets, dont elle ne dévoile pas les détails, mais qui ne concernent pas l’écriture. Peut-être du théâtre pour celle qui est remontée sur les planches après 20 ans en 2023 dans la pièce À la folie.
Mais est-ce que la Donatienne de Cormoran et la Léonne de Scoop s’ennuie de la télé ? « Les gens me demandent pourquoi on ne me voit plus à la télé, mais je dois leur dire que je ne refuse aucun rôle : on ne m’appelle pas ! », déplore-t-elle.
Francine Ruel cite ensuite la grande Simone Signoret, morte à 64 ans en 1985 et qui avait eu de la difficulté à obtenir des rôles dans la soixantaine. « On dit qu’au petit et au grand écran, les hommes mûrissent et les femmes vieillissent », termine cette artiste toujours profondément humaine.
Lisez l’article sur le site du quotidien Le Soleil
Mon père est un pigeon voyageur
Libre Expression
200 pages





