Source : Le Devoir
Filles d’un homme qui tombe amoureux aussi facilement qu’il quitte ses douces, cinq soeurs — Atlantique, Méditerranée, Baïkal, Yamaska et Karnali, abandonnées par leurs mères et qui écriront avant de se taire, une à une, et de renaître de leurs cendres — sont élevées par leur grand-tante dans l’univers venteux, coriace et énigmatique de L’Isle-aux-Grues.
Sous la garde à la fois omnisciente et libre de cette aïeule un peu sorcière, les fillettes cultivent le précieux sanctuaire d’une enfance qui prend racine dans la profondeur de l’amour, la vivacité d’une nature nourricière et un imaginaire teinté d’avidité et de curiosité.
Avec son premier roman, Où les bateaux ne viennent qu’à la pleine lune, Gabrielle Johanne tisse un récit abreuvé à la source des légendes, où le mystère côtoie l’impitoyable cruauté de la lucidité. Sous sa plume luxuriante, ancrée dans la rusticité de la terre, dans le calme comme dans le possible chavirement des eaux, l’écrivaine donne vie aux replis, aux vertiges et aux sentiers cahoteux de destins insulaires.
« Sans attendre de saison, le mois d’août sur l’île apporte autant de neuf qu’un dégel. Les framboises se retrouvent dans des renfoncements insoupçonnés qu’on avait oubliés depuis l’année précédente, les feuilles et l’herbe bâillent immenses, la nuit elles font un peu peur : leurs pastiches de silhouettes, plus convaincants que jamais, édifient des clairières à fantômes. Le jour, les arbres portent enfin leur bronzage “forêt”, le vert longtemps macéré qu’on tient pour acquis, alors qu’il ne se montre que pour quelques semaines sinon quelques jours. La chaleur
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