Paru en premier sur (source): journal La Presse
Dans ce 10e roman, l’autrice et scénariste Johanne Seymour a eu l’audace de mettre de l’avant un type de crime qui fait de plus en plus les manchettes, mais dont les victimes se retrouvent moins souvent au cœur du polar. Si le genre a effectivement associé plus facilement le mot victime à des femmes, traditionnellement, ce sont des hommes qui sont les victimes, ici, d’agressions sexuelles qu’ils ont tues pendant la plus grande partie de leur vie.
Publié à 1h25
Mis à jour à 5h00
Désormais en couple ou même parents, les trois hommes autour desquels gravite le roman sont parvenus à camoufler leurs blessures durant des décennies. Mais cela ne s’est pas fait sans conséquence. Patrick trompe sa femme éperdument, allant même jusqu’à se montrer violent avec ses conquêtes, incapable de dompter ses pulsions. Steve, lui, est alcoolique ; c’est d’ailleurs pour cette raison que sa conjointe l’a quitté, alors qu’il l’aime encore et désespère de renouer avec elle.
Samuel, le troisième homme de leur groupe d’amis d’enfance, est peut-être celui qui a le mieux réussi à enfouir le mal qui le ronge. Mais par un bel après-midi au parc, alors qu’ils sont tous réunis en famille pour une partie de balle molle, dans leur quartier de Pointe-aux-Trembles, le passé refait surface et Samuel n’arrive plus à étouffer cette rage qui ne cherche qu’à remonter.
Pendant ce temps, une policière un peu trop zélée décide de rouvrir l’enquête autour d’un accident suspect qui a fait un mort, huit ans plus tôt – et dans lequel Samuel avait été impliqué. L’étau se resserre autour de ces trois hommes qui souffrent en silence depuis beaucoup trop longtemps. « Malgré la Révolution tranquille, la libération des femmes, les progrès en psychologie et les Guy Corneau de ce monde, les hommes traînaient encore de la patte en ce qui concernait l’expression de leurs sentiments », écrit Johanne Seymour, qui aborde de front la cause profonde de leurs comportements erratiques. Elle avertit d’ailleurs d’emblée, au début du roman, que la littérature a pour mission d’éduquer, de confronter, de choquer, en plus de pouvoir parfois guérir des blessures – ou du moins « éclairer la route de la guérison ».
Fracture n’est peut-être pas un roman policier avec une intrigue très complexe, mais l’autrice parvient avec beaucoup de tact à cerner la psychologie de ses personnages, leurs motivations, leurs interactions avec leurs conjointes, leurs gestes, et surtout la honte qui les paralyse. Et c’est ce qui est le plus intéressant, assurément, parce qu’elle réussit à nous accrocher à l’histoire en nous offrant un point de vue qui sort de l’ordinaire et qui touche à des questions plus pertinentes que jamais – tout en contribuant peut-être à briser des tabous, un livre à la fois.
Fracture
Libre Expression
304 pages





