Paru en premier sur (source): journal La Presse
Si vous avez suivi la présidentielle américaine comme un feuilleton télévisé, le nouveau livre de Douglas Kennedy est la lecture idéale ces temps-ci pour réfléchir à ce qui forge profondément l’identité des États-Unis en tant que nation, à travers le regard d’un grand écrivain.
Publié à 7 h 00
Depuis deux ans, l’auteur a entrepris de peindre le portrait de ce qu’il appelle les États « désunis » d’Amérique pour exprimer ses inquiétudes face aux dangereux clivages qui divisent de plus en plus son pays – d’abord avec l’excellent Les hommes ont peur de la lumière, paru en 2022, puis le roman d’anticipation Et c’est ainsi que nous vivrons, qui a suivi, l’an dernier.
Avec Ailleurs, chez moi, il réfléchit cette fois-ci de manière frontale à ce qui définit cette fameuse identité américaine. « Notre pays est comme notre famille, écrit-il. Il nous fournit une identité commune et individuelle. Il en dit long sur notre vision du monde, notre philosophie et la manière dont nous percevons et menons cette petite chose qui s’appelle la vie. »
Douglas Kennedy commence par raconter son enfance et son adolescence à Manhattan, d’abord dans l’East Village puis dans l’Upper West Side, au cours des années 1960 et 1970. Pour fuir les querelles venimeuses qui opposent ses parents, il s’échappe dans les bibliothèques de la ville et dans ses cinémas de répertoire, puis, des années plus tard, dans des lieux mythiques comme le Village Vanguard. C’est donc à travers un véritable voyage dans le temps qu’il nous entraîne, nous faisant découvrir sa ville natale telle qu’il l’a connue – un récit passionnant pour tous ceux que la seule évocation de New York fait rêver.
L’écrivain fait également partager quelques-unes de ses incursions au cœur de l’Amérique « profonde », animé par le désir de rencontrer des concitoyens aux valeurs diamétralement opposées aux siennes.
Un périple au Wyoming en pleine pandémie pour visiter un fabricant d’armes à feu ; un arrêt à Amarillo, au Texas, où une serveuse lui explique pourquoi c’est le meilleur endroit pour vivre aux États-Unis ; une virée au Kansas, pour rencontrer des républicains, fervents partisans de Trump ; une autre dans ce qu’il appelle le « patchwork » de La Nouvelle-Orléans. Des passages beaucoup trop brefs, tant on aurait voulu en lire plus…
Le livre est un amalgame de souvenirs personnels de l’auteur, de réflexions tirées de ses carnets de voyage, ainsi que de petites leçons d’histoire contemporaine, agrémentées de parenthèses sur la politique américaine des 60 dernières années dans lesquelles il s’arrête sur le conformisme typiquement américain ou encore la nouvelle vague de ferveur religieuse qui a pris d’assaut le pays.
Qu’on aime lire Douglas Kennedy ou qu’on aime simplement s’immerger dans tout ce qui raconte les États-Unis, Ailleurs, chez moi s’est révélé une lecture captivante qui nous a plongée dans l’histoire récente du pays à travers ses écrivains, ses politiciens et ses musiciens, d’un point de vue très personnel. Le genre de livre qui donne le sentiment d’être en bonne compagnie.
Ailleurs, chez moi
Belfond
264 pages





