Tout lire sur: Radio-Canada Livres
Source du texte: Lecture
Dans un monde où les identités culturelles sont parfois mal comprises, l’autrice Joannie Gill veut faire connaître aux plus jeunes la valeur des prénoms autochtones, un exercice qui passe par le dialogue avec les enfants et leurs parents.
Pour ce faire, elle a entre autres organisé un atelier à la bibliothèque Saint-Albert, à Québec, dans le cadre du Salon du livre des Premières Nations l’automne dernier.
Entrez, bienvenue à tout le monde
, lance souriante Joannie Gill, son livre jeunesse à la main et accompagnée de ses deux filles, Abigaël Mikuniss et Lauralie Mishkuenita.
Plusieurs parents et leurs enfants ont fait le déplacement pour assister à ce rendez-vous animé par l’autrice de Mikuniss, ma petite sœur, un conte inspiré de l’histoire à l’origine du prénom de sa fille cadette. Dans le livre, j’essaie de sensibiliser les gens à l’importance des prénoms décoloniaux qui sont de plus en plus courants auprès des communautés au Québec
, explique Joannie Gill.
Le livre de l’autrice raconte comment Lola explique à sa petite sœur l’histoire entourant son prénom Mikuniss.
Photo : Radio-Canada / Ismaël Houdassine
L’ADN d’une Première Nation
Le moment de lecture venu, plusieurs enfants forment un cercle autour de Joannie Gill. Il y a entre autres Madeleine, Jasmine et Alice, toutes assises sagement pour écouter le conte récité à voix haute par l’autrice. Celle-ci narre les chapitres pendant qu’une de ses deux filles ouvre les pages du livre. Je suis convaincue que c’est en commençant dès le plus jeune âge qu’on réussit à changer les mentalités
, souligne-t-elle en entrevue.
Quelles que soient leurs origines, les enfants ont la faculté de comprendre la diversité avec beaucoup d’intelligence et d’ouverture.
Avec cet atelier, l’autrice espère que les jeunes participants réalisent comment un prénom, loin d’être une simple appellation, est l’ADN d’une Première Nation. Cette réappropriation arrive à un moment où les communautés autochtones ont une présence de plus en plus importante au sein de la société québécoise. La population porte une oreille plus attentive à nos réalités
, pense-t-elle.
L’ouvrage de l’autrice ilnue, membre de la Première Nation des Pekuakamiulnatsh au Lac-Saint-Jean, raconte comment Lola explique à sa petite sœur l’histoire entourant son prénom Mikuniss. Je lis des livres à mes deux filles depuis qu’elles sont toutes petites. Je voulais un bouquin ancré dans ma communauté afin que les lecteurs comprennent que les prénoms autochtones sont importants pour la préservation de notre identité
, dit-elle.
L’œuvre jeunesse de Joannie Gill est le premier album d’une trilogie sur le thème des prénoms autochtones.
Photo : Radio-Canada / Ismaël Houdassine
L’œuvre jeunesse de Joannie Gill – destinée aux 4 à 6 ans – se veut le premier album d’une série sur le même thème. Elle souhaite que chacun des livres aborde un prénom différent en lien avec une Première Nation du Québec. Derrière un prénom, il y a la réappropriation d’une langue
, indique Joannie Gill, qui travaille également comme infirmière en sécurisation culturelle.
Au fil d’un récit qui s’inspire de son expérience personnelle avec l’une de ses filles, Joannie Gill invite les petits à comprendre que chaque prénom porte en lui une mémoire vivante, une connexion profonde au territoire et aux traditions ancestrales.
Il y a différentes façons de donner un prénom autochtone à un enfant et même à un adulte. Il y en a qui reçoivent un nouveau prénom après une cérémonie traditionnelle. D’autres veulent simplement reprendre le prénom d’un de leurs ancêtres
, indique l’autrice de 36 ans.
Une diversité presque infinie de prénoms autochtones
Joannie Gill raconte que, durant sa jeunesse, les prénoms autochtones n’étaient pas aussi populaires qu’aujourd’hui. Longtemps, s’affirmer comme membre d’une Première Nation n’était pas valorisant, rappelle-t-elle. Mais on assiste depuis quelques années à un éveil des communautés sur leur patrimoine ancestral.
En ce qui concerne Mikuniss, les circonstances ont dicté l’apparition de ce prénom innu, poursuit-elle. Mikuniss veut dire « petite plume », ce qui fait un lien avec les oiseaux du territoire tels que les oies ou les canards. Les enfants comprennent très bien ce genre de symbolisme.
Les familles commencent à se réapproprier la langue en donnant des noms traditionnels à leurs enfants.
L’autrice tient à ce que ses filles soient toujours présentes lorsqu’elle anime l’atelier auprès d’autres enfants.
Photo : Radio-Canada / Ismaël Houdassine
Elle souligne que les prénoms portent en eux des récits très fertiles qui jouent comme une empreinte sur le passé. Il n’y a rien à inventer puisque les histoires existent déjà dans l’imaginaire des familles, note-t-elle. La littérature jeunesse est l’occasion pour les auteurs autochtones d’aborder ce patrimoine en touchant directement le cœur des enfants.
Au Québec, le bassin de prénoms autochtones est foisonnant puisqu’il existe 11 nations autochtones (10 Premières Nations et les Inuit) ayant chacune sa propre langue. C’est vraiment fascinant de voir tant de richesse et de diversité culturelle. C’est véritablement une invitation à découvrir la variété des premiers peuples.
L’activité est également l’occasion de mener un échange interculturel avec les parents, pour la plupart allochtones. Il est question des origines et de la signification de prénoms autochtones comme Shipiss, Uapikun ou Ahasiw.
Tout passe par le dialogue. Il y a beaucoup de gens de tout âge qui sont très curieux. Ils veulent comprendre et je trouve que parler des prénoms est une magnifique chance pour construire des ponts de discussions.
La jeunesse est importante pour tous les êtres humains, précise l’autrice. Elle signale d’ailleurs qu’un couple de ses amis lit des contes autochtones à ses enfants afin de les sensibiliser très tôt à la question. Ils ne sont pas membres d’une Première Nation, mais ils savent que c’est là-dessus qu’il faut miser. Les enfants nous rapprochent les uns des autres.
L’autrice prépare déjà un second livre sur les prénoms autochtones. Sa sortie est prévue au courant de l’année 2025. Je compte faire une trilogie avec un troisième conte qui s’attardera cette fois sur un prénom atikamekw
, conclut-elle.










