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Auteur de Volkswagen Blues | L’écrivain Jacques Poulin n’est plus

Paru en premier sur (source): journal La Presse

Le plus discret des géants de la littérature québécoise, le romancier Jacques Poulin, est mort jeudi à l’âge de 87 ans. L’auteur de Volkswagen Blues et Le vieux chagrin laisse une œuvre habitée par une infinie tendresse.


Publié à 11 h 20

La maison d’édition Leméac a annoncé la nouvelle sur Facebook.

Son écriture ressemble à un murmure et ses livres, attentifs à la fragilité des choses et des êtres, vont droit au cœur. Jacques Poulin, qui se disait « le plus lent » des écrivains québécois, est l’auteur de 14 romans délicats en plus d’un demi-siècle d’écriture, un parcours marqué par les prix les plus prestigieux de la littérature d’ici, mais mené avec le désir de rester le plus en retrait possible de la vie littéraire et médiatique.

Jacques Poulin est né le 23 septembre 1937 à Saint-Gédéon-de-Beauce et a fait des études au Séminaire de Saint-Georges avant de s’installer à Québec pour suivre des cours en orientation professionnelle et en lettres. Il n’a pas seulement habité la capitale nationale, elle a aussi habité ses livres, dont plusieurs se déroulent dans le quartier Saint-Jean-Baptiste, le Vieux-Québec ou l’île d’Orléans.

« Je n’ai qu’à me remémorer l’atmosphère des Grandes marées, du Vieux chagrin ou de La tournée d’automne pour me rendre compte que vous avez admirablement parlé du fleuve et de ses rivages », écrivait d’ailleurs le médecin et écrivain Jean Désy, grand lecteur et admirateur de Jacques Poulin dans la revue littéraire Moebius en 2011.

RENÉ PICARD, ARCHIVES LA PRESSE

Jacques Poulin (à droite) et son éditeur Jacques Hébert au moment de la publication de Mon cheval pour un royaume en 1967. Il regrettera par la suite le début de sa vie publique et se fera discret au cours des décennies suivantes.

Comme Marine, personnage de La traduction est une histoire d’amour, il a aussi été traducteur ce qui lui a appris l’économie de mots, disait-il, un trait marquant de son œuvre littéraire. Sa vocation d’écrivain lui est venue plus tard – il a publié son premier roman, Mon cheval pour un royaume, à 30 ans –, mais elle se préparait selon lui depuis les après-midi de son enfance passés à lire dans le solarium inondé de lumière de la demeure familiale.

D’un naturel réservé, sinon timide, Jacques Poulin a toujours préservé son intimité, n’accordant des entrevues qu’en quantité limitée. Et encore, sans se sentir obligé de répondre à toutes les questions qui lui étaient posées. Ce n’est pas qu’il était bourru, il a au contraire toujours été dépeint comme un homme d’une grande gentillesse. Il trouvait simplement que l’écrivain n’avait pas à se placer entre un livre et ses lecteurs.

« Pour moi, le livre doit être à l’avant-scène et l’auteur derrière… le plus loin possible », a-t-il dit au moment de recevoir le Prix Gilles-Corbeil, distinction la plus prestigieuse en littérature québécoise. Il n’était évidemment pas venu cueillir son prix en personne (« Je n’aime pas les foules et déteste les cérémonies ») et s’exprimait alors par la voie d’une vidéo préenregistrée. À vrai dire, il regrettait de ne pas jouir de l’anonymat total dans lequel a pu vivre Réjean Ducharme.

Une œuvre célébrée

Son parcours littéraire, lancé en 1967, ne comptait à ses yeux qu’à partir de la publication de Les grandes marées en 1978. C’est le premier de ses livres qu’il jugeait d’un style convenable et celui-ci lui a valu le Prix du Gouverneur général. Six ans plus tard, il signe Volkswagen Blues où son alter ego, l’écrivain Jack Waterman, entreprend une traversée de l’Amérique de la Gaspésie en Californie afin de retrouver un frère qu’il n’a pas vu depuis deux décennies. Un parcours qui fait écho à Sur la route d’un autre Jack écrivain : Kerouac.

Le vieux chagrin, publié en 1989, scelle sa renommée et lui vaut encore trois distinctions, dont le Prix Québec-Paris. Ce roman demeure à ce jour l’un de ses plus célébrés. Viendront ensuite un peu plus d’une demi-douzaine d’œuvres, dont La tournée d’automne (1993), Les yeux bleus de Mistassini (2002) et Un jukebox dans la tête (2015). Son œuvre entier a été couronné par les prix Athanase-David (1995) et Gilles-Corbeil (2008). Ce dernier, assorti d’une bourse de 100 000 $, lui avait fait dire en entrevue à La Presse : « Je peux écrire maintenant sans souci. Mais je ne me soucie pas des honneurs. »

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Jacques Poulin n’était pas présent pour recevoir le Prix Gilles-Corbeil qui couronne l’ensemble de son œuvre. Il s’est exprimé dans une entrevue préenregistrée.

« La fiction, c’est de la réalité transformée, disait encore Jacques Poulin, en entrevue au quotidien Le Soleil en 2016. On commence avec des choses qu’on a vécues, ou dont on a entendu parler, on s’en empare et on les transforme. » Inscrits dans des lieux reconnaissables où, souvent, il a lui-même vécu, ses romans – en particulier ceux qui mettent en scène Jack Waterman – donnent l’impression d’avoir affaire à une forme d’autofiction. Ce que l’écrivain réfutait.

Rien dans les résumés de ses livres, relativement simples, ne pourrait en traduire la portée. Il s’agit de romans d’atmosphère, construits à l’aide d’un style économe, qui respire la lenteur, la douceur et la tendresse. L’action compte en général pour peu : le cœur de ses histoires se trouve toujours dans les liens, souvent d’amitié, tissés entre ses êtres humains. Ou parfois seulement avec un chat. C’est dans l’observation attentive de la mécanique des sentiments que sa voix prend toute son ampleur.

« Dans tout le corpus de la littérature québécoise et même mondiale, je n’ai pas trouvé de voix plus tendre que la vôtre, relève aussi Jean Désy dans son texte publié dans Moebius. Jamais je n’ai perçu une voix si juste pour dire les choses de l’affection humaine. »

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Titre: Auteur de Volkswagen Blues

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