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À surveiller
Paranoïa
Lise Charles (P.O.L)
Quand la série télévisée à succès dans laquelle Louise avait le premier rôle s’arrête soudainement, l’adolescente qui n’a connu jusque-là que l’école à distance et les plateaux de tournage doit rejoindre le lycée pour terminer ses études. Apprendre à socialiser avec d’autres adolescents, décortiquer leurs codes et se faire des ami·es quand on a 16 ans, c’est tout un défi. Surtout que Louise a l’impression d’être constamment filmée, épiée, et sa paranoïa ne va pas en s’améliorant lorsqu’elle se retrouve dans un univers parallèle qui n’est pas sans rappeler celui d’Alice au pays des merveilles. Paranoïa est un roman habilement mené, étrange à souhait et d’une merveilleuse originalité. En librairie le 28 septembre
Des inconnus à qui parler
Camille Bordas (Denoël)
Pour la première fois, ce semestre, l’Université de Chicago offre un master en stand-up avec à sa tête certains grands noms du milieu de l’humour américain. Quelques stars déchues et de vraies vedettes récemment ciblées par la cancel culture se côtoient donc afin d’enseigner à des aspirants humoristes pas particulièrement doués comment écrire une bonne blague. Tout ça entre les murs du très sérieux Département des lettres, qui accueille avec scrupule cette cohorte bigarrée. La Française Camille Bordas nous offre avec Des inconnus à qui parler un roman très américain, dont l’atmosphère nous entraîne quelque part entre le Britannique David Lodge et le Québécois Jean-Philippe Baril Guérard. Un mélange réjouissant, impossible à lâcher! En librairie le 1er octobre
Jouer le jeu
Fatima Daas (Le Cheval d’août)
Cinq ans après La petite dernière (Noir sur Blanc), un premier texte qui avait ébloui les lecteurs et les critiques, la Française Fatima Daas est enfin de retour avec un roman qui prouve qu’elle possède un sens du romanesque aiguisé. Jouer le jeu nous plonge dans le quotidien de Kayden, une lycéenne à la recherche de son identité, qui croise la route d’une enseignante prête à tout pour la voir performer. Entre premiers émois amoureux et première trahison, Fatima Daas nous offre un roman riche et tout en subtilité sur les émotions humaines.
Les sœurs
Jonas Hassen Khemiri (trad. Marianne Ségol-Samoy) (Actes Sud)
Qui sont ces trois sœurs Mikkola, si différentes l’une de l’autre, et pourtant inséparables? Elles sont attirantes et bizarres, et entrent dans la vie de Jonas en même temps que le XXIe siècle. D’ailleurs, qui donc est Jonas? Est-il le narrateur du roman? Quels liens unissent tous ces personnages, qui disparaissent et réapparaissent, nous entraînant de New York à Stockholm? L’auteur lauréat du prix Médicis 2021 signe, avec Les sœurs, un roman captivant et énigmatique. En librairie le 10 octobre
James
Percival Everett (trad. Anne-Laure Tissut) (L’Olivier)
Gagnant du prix Pulitzer – fiction 2025, James est un roman d’exception, de ceux qui sont à la fois divertissants, captivants, intelligents et bouleversants. Avec James, l’auteur afro-descendant Percival Everett nous offre une réécriture des Aventures d’Huckleberry Finn de Mark Twain. Sous sa plume, c’est plutôt l’esclave Jim qui devient le héros. Ainsi, tout en demeurant fidèle aux codes du roman picaresque, Everett offre une toute nouvelle dimension à l’histoire en nous donnant accès à la complexité de ce personnage, secondaire à l’origine. Oh, et nul besoin d’avoir lu l’œuvre classique pour savourer James! En librairie le 27 septembre
Nourrices
Séverine Cressan (Dalva)
Pour ce premier roman, l’autrice Séverine Cressan a choisi de nous plonger dans l’univers méconnu des nourrices. Dès les premières pages, le roman nous entraîne dans un monde rural et dur, situé dans un passé indéfini. En échange de quelques pièces, Sylvaine sèvre précocement son propre poupon afin de nourrir le bébé d’une autre, celui, en l’occurrence, d’une famille de la ville. Lorsqu’elle trouve un troisième enfant abandonné à l’orée de la forêt seulement accompagné d’un carnet qui raconte son histoire, la vie de la nourrice prend une tournure mystérieuse. Un texte sensuel porté par une écriture d’une grande justesse. En librairie le 3 octobre
La bonne mère
Mathilda di Matteo (L’Iconoclaste)
Afin de poursuivre ses études, Clara quitte son Marseille natal pour s’installer à Paris. Elle y rencontre Raphaël, un parfait catholique de droite, issu d’une grande famille bourgeoise. Au contact de cet homme raffiné et cultivé, la jeune femme tente de cacher ses origines modestes, son accent et ses coutumes. Folle d’admiration, elle ira même jusqu’à accepter la violence de Raphaël. La narration, qui alterne entre la voix de Clara et celle de sa mère, nous offre deux points de vue différents, l’un débordant d’amour, l’autre rempli de méfiance. Un premier roman réussi sur les classes sociales, la honte qui en émane et les violences conjugales qui existent sans égard à notre milieu d’origine. En librairie le 3 octobre
Le garçon venu de la mer
Garrett Carr (trad. Pierre Bondil) (Gallmeister)
Dans un petit village de pêcheurs au nord de l’Irlande, un bébé est retrouvé dans un baril porté par la marée. Nous sommes au début des années 1970, dans une région du monde où l’économie est basée sur la pêche commerciale, qui s’intensifie un peu plus chaque année grâce aux nouvelles technologies. Le bébé retrouvé ira rejoindre la famille Bonnar, et leur fils Declan. Au rythme des saisons, le chœur des villageois nous raconte la rivalité grandissante entre les deux fils et la lente évolution de la société. Un très beau roman contemplatif qui nous immerge dans un autre monde. En librairie le 13 octobre
Une rumeur dans le vent
Ilaria Gaspari (trad. Romane Lafore) (Le bruit du monde)
La jeune Barbara peine à joindre les deux bouts, et la thèse sur laquelle elle travaille n’avance pas. Lorsqu’elle trouve un travail dans la boutique de la très réputée Marie-France, icône de la mode romaine, elle devient rapidement une vendeuse modèle et intègre du même coup le cercle jet set de l’extravagante propriétaire. Cherchant à moderniser l’offre de la boutique, la patronne introduit une nouvelle collection destinée aux adolescentes. Puis, une jeune fille disparaît. La rumeur enfle et la réputation de Marie-France dégringole. Que s’est-il réellement passé? La vérité se cache peut-être entre deux robes savamment confectionnées! En librairie le 3 octobre
La collision
Paul Gasnier (Gallimard)
Roman-enquête tiré d’un fait divers, ce premier livre de Paul Gasnier raconte l’accident qui a coûté la vie à sa mère, une décennie plus tôt. L’auteur a choisi d’écrire sur le sujet lorsqu’il a compris que ce genre d’événements étaient instrumentalisés par la droite radicale. La collision, c’est donc l’impact entre cette cycliste, qui se rendait à l’école de yoga qu’elle venait de fonder au centre-ville de Lyon, et ce motocycliste imprudent, sans permis valide, intoxiqué et roulant dangereusement sur la roue arrière de son véhicule. La collision, c’est aussi le choc entre deux mondes qui n’ont pas coutume de se rencontrer : celui des gens aisés et éduqués, et celui des gens comme Saïd, issus d’un milieu populaire et stigmatisé. En librairie le 24 septembre
Les enquêtes familiales
Kolkhoze (P.O.L) porte sur la mère d’Emmanuel Carrère, la regrettée Hélène Carrère d’Encausse, dont la réputation n’est plus à faire. Dans un style qui lui est propre, l’auteur raconte ici le parcours atypique de cette femme qui semble avoir vécu plusieurs vies avant de devenir Secrétaire perpétuelle à l’Académie française. Emmanuel Carrère n’est pas le seul auteur à utiliser sa plume pour en savoir plus sur ses racines familiales. Il semble même que ce soit l’un des thèmes récurrents de cette rentrée littéraire automnale. Dans Finistère (Albin Michel), Anne Berest — qui nous avait offert en 2021 le sublime La carte postale — revient à nouveau sur ses origines familiales, en se tournant cette fois-ci du côté paternel pour explorer la Bretagne de ses ancêtres, une région française aussi mystérieuse pour elle que l’aura été son père. De son côté, Vanessa Schneider, que l’on avait découverte en 2018 avec Tu t’appelais Maria Schneider (Grasset), un portrait tout en sensibilité de sa cousine l’actrice Maria Schneider, se réapproprie ici l’histoire de son père dans La peau dure (Flammarion). Grâce à des documents que ce dernier lui remet juste avant de mourir, l’autrice découvre des pans inconnus de la vie de cet homme rempli de contradictions, une vie qu’elle analyse sans tabou ni pudeur. Amélie Nothomb, aussi régulière qu’un métronome avec une parution par automne, publie Tant mieux (Albin Michel), un roman qui explore l’enfance de sa propre mère. C’est la première fois que l’autrice belge consacre un roman à sa mère, ce qui explique peut-être la douceur qu’elle insuffle à ce texte. « Tant mieux », c’est la phrase que disait sa mère devant les épreuves de la vie, et c’est un roman réjouissant qui se lit d’une traite. Nous retrouvons cet automne l’autrice Léonor de Récondo dans l’écurie fort dynamique des Éditions de L’Iconoclaste avec le roman Marcher dans tes pas. Récondo enquête ici sur sa grand-mère, qui, en 1936, fut forcée de quitter son Espagne natale pour s’exiler en France. Elle tente ainsi de reconstruire son héritage familial ainsi que son identité malgré les non-dits et les silences de l’histoire, nous offrant un roman poétique et touchant sur l’importance de connaître ses origines. De son côté, Laurent Mauvignier visite la résidence familiale dans La maison vide (Minuit), un lieu inhabité depuis plus de vingt ans, pourtant encore peuplé du fantôme des aïeux qui y ont laissé leurs marques au fil des générations. Avec son écriture dense et riche,
Mauvignier signe ici un roman incontournable. Dans Une drôle de peine (Stock), Justine Lévy s’intéresse aussi à sa mère, qui, loin d’être une figure maternelle modèle, mérite tout de même cette déclaration d’amour brute écrite sous forme de roman très intime, comme sait bien le faire Justine Lévy. Cette tendance à l’enquête familiale se décline également du côté de la fiction, notamment avec le très réussi Ce que prend la mer (Héloïse d’Ormesson). L’autrice Manon Fargetton, davantage connue du côté de la littérature jeunesse et des séries de fantasy, offre dans ce plus récent roman une histoire tout en tendresse autour d’une jeune femme appelée à se rapprocher de son père après l’AVC de celui-ci. Tandis que l’homme devenu aphone est coincé à l’hôpital, sa maison, sise en bord de mer, est menacée d’être emportée par les flots. En vidant la maison, sa fille Maxime découvre une série de photos qui semblent révéler une part secrète de la vie de son père.
Névroses américaines
Les histoires de famille génèrent également d’excellents romans du côté de la littérature américaine. C’est le cas d’À la table des loups (Seuil), premier roman saisissant du dramaturge Adam Rapp. On y suit sur près de cinquante ans les différents membres d’une famille en apparence parfaite, mais qui s’avèrent, chacun à sa façon, marqués par des traumatismes qui influencent le cours de leur vie. Un roman aussi beau que violent. Dans Le compromis de Long Island (Calmann-Lévy), Taffy Brodesser-Akner nous entraîne du côté d’une riche famille juive alors qu’un matin de 1980, le père et héritier de la famille est kidnappé et disparaît pendant cinq jours. Bien que ses ravisseurs l’aient libéré sans aucune blessure, nous découvrons au fil des 576 pages truffées d’humour les stigmates que cet événement aurait laissés chez les enfants de la victime. L’Américain Jess Row nous trimbale de New York à Berlin dans ce grand roman qui n’est pas sans rappeler l’univers de Jonathan
Franzen et de Philip Roth. En effet, Un monde nouveau (Albin Michel), premier roman de l’auteur traduit en français, s’attaque lui aussi à la description des névroses d’une famille issue de la bourgeoisie juive américaine, à travers les tumultes du monde et les tourments des tensions familiales. Finalement, Joyce Maynard renoue avec les personnages de son précédent roman Où vivaient les gens heureux dans Par où entre la lumière (Philippe Rey). L’action se déroule vingt-cinq ans plus tard alors qu’Eleanor est veuve et que ses enfants sont devenus des adultes. La cinquantenaire tente désormais de maintenir l’équilibre familial tout en accueillant les émotions contradictoires qui l’habitent. Un roman d’une grande sensibilité.
L’histoire revisitée
Nombreux sont les auteurs et autrices qui, cette année, ont cherché à se réapproprier l’histoire grâce à la fiction. C’est le cas de l’auteur américain Tommy Orange dans son second roman Les étoiles errantes (Albin Michel). Orange nous transporte en 1864, au cœur de la nation cheyenne, où chaque génération sera forcée de s’intégrer à la société américaine par la langue, la foi et l’éducation. L’auteur confirme son talent et sa sensibilité dans cette grande fresque historique. De la même façon, l’autrice afro-descendante Jesmyn Ward met en lumière les traumatismes de ses ancêtres dans Nous serons tempête (Belfond). Nous y rencontrons Annis, dont la mère vient d’être vendue comme esclave. La jeune fille tente de rester fidèle aux enseignements maternels, malgré l’adversité. Un texte puissant et nécessaire, par la seule femme doublement lauréate du National Book Award. Avec Le crépuscule des hommes (Robert Laffont), le Français Alfred de Montesquiou nous fait revivre le célèbre procès de Nuremberg, aux côtés de ceux qui ont couvert l’événement. C’est donc à travers des hommes et des femmes qui sont restés dans l’ombre que l’on découvre les dessous de ce moment historique. Gilles Marchand propose quant à lui de brosser le portrait d’une vie ordinaire dans Les promesses orphelines (Aux forges de Vulcain). Gino grandit dans une petite ville de province en décalage par rapport aux grands événements qui marqueront la France des Trente Glorieuses. Tandis que le futur est à nos portes, qu’on marche sur la lune, qu’on nous promet des trains volants, Gino, lui, semble faire office de figurant. Un roman succulent qui met en lumière un antihéros attachant. Le prolifique auteur Michel Bussi nous amène là où l’on ne s’y attendait pas : dans un roman réaliste portant sur le génocide du Rwanda. Cet événement historique a profondément marqué l’auteur, qui attendait le bon moment pour y consacrer une œuvre de fiction. C’est
cet automne que nous pourrons découvrir dans Les ombres du monde (Les Presses de la Cité) le destin de trois générations marquées par le génocide, dans un roman touchant et soutenu par la plume habile et addictive de l’auteur, qui au passage nous en révèle un peu plus sur l’implication française dans la crise. De son côté, Laura Ulonati nous invite à nous perdre dans le Jérusalem du début du XXe siècle, porté par la musique d’un jeune joueur d’oud palestinien, à la rencontre des hommes et des femmes qui peuplent cette cité mythique. J’étais roi à Jérusalem (Actes Sud) est un roman enveloppant qui éveille les sens et qui nous rappelle qu’avant les troubles politiques, la Ville sainte était vivante et pleine de promesses. Dans Kairos (Gallimard), l’autrice allemande Jenny Erpenbeck relate les dernières heures de l’Allemagne de l’Est en toile de fond d’une histoire d’amour tortueuse entre un homme marié et une femme beaucoup plus jeune que lui. Alors que l’amant devient de plus en plus contrôlant et jaloux, la fin du régime communiste semble promettre une nouvelle liberté. Un roman paradoxal sur les libertés individuelles. Finalement, l’auteur et journaliste Sorj Chalandon revisite sa propre histoire, mais également celle de la France dans Le livre de Kells (Grasset). À travers le prisme de l’engagement politique, le jeune Kells — alter ego de l’auteur selon les propos de ce dernier — découvre quelque chose comme une famille, lui qui s’est justement retrouvé à la rue après avoir quitté le foyer dysfonctionnel qui l’avait vu grandir.
Les femmes aux commandes de leur histoire
Parmi les nouveautés, plusieurs textes puissants sont l’œuvre de femmes reprenant possession de leur corps, de leur histoire et de leur narratif, que ce soit pour dénoncer les violences et les abus ou pour enfin être aux commandes de leur propre destinée. C’est le cas du bouleversant roman La nuit au cœur (Gallimard) de Nathacha Appanah, dans lequel l’autrice ose pour la première fois témoigner de son expérience de violence conjugale. Elle entrecroise ici son drame personnel avec celui de deux autres femmes qui n’ont pas eu la chance de survivre aux coups de leur conjoint. Un roman-enquête déroutant qui n’est pas sans rappeler le puissant Triste tigre de Neige Sinno (P.O.L), lauréate du prix Femina 2023.
Dans Ils appellent ça l’amour (Seuil), Chloé Delaume livre aussi un texte important sur les relations toxiques sans toutefois délaisser son écriture caustique. Nous y rencontrons Clotilde, jeune cinquantenaire en escapade avec des copines, qui est hantée par le souvenir d’un ancien amour s’étant déroulé dans le lieu même de leur séjour. Parviendra-t-elle à passer par-dessus la honte d’avoir été une victime pour enfin se libérer de ce traumatisme? La toute nouvelle maison d’édition française Les Léonides publie trois romans cet automne, dont Le ventre de la jungle de l’autrice cubaine Elaine Vilar Madruga. Un roman qui transporte les lecteurs dans une mystérieuse hacienda au cœur de la forêt, où les femmes sont protégées de la guerre en échange du sacrifice de leurs enfants. Encensé par Mariana Enríquez, ce texte étrange est un hommage au corps des femmes et à la puissance de la maternité. Bahari Bora (Récamier), premier roman de Steve Aganze, se veut aussi un hommage à la maternité. Au Congo, la jeune Bahari Bora parvient à s’enfuir après des années de captivité sous le joug des Rebelles. Lorsqu’elle apprend qu’elle est enceinte, elle choisit de poursuivre sa grossesse afin de reprendre une fois pour toutes possession de son corps, qui ne lui a jamais vraiment appartenu. Couplets, c’est une histoire de désir, de passion, d’amour et de coming out, écrite en vers libres, dans une traduction française signée par nulle autre que Julia Kerninon. Premier roman de l’Américaine Maggie Millner, Couplets (Les Escales) nous amène à la rencontre d’une jeune femme de Brooklyn menant une vie rangée avec son copain, jusqu’à ce qu’un soir, dans un bar, elle ait un coup de foudre pour une femme. Débute ainsi une histoire dévorante, belle et déchirante.
Le corps et la sexualité sous toutes ses formes
Cette rentrée littéraire nous parle aussi du corps, qu’il soit décomplexé, blessé, non binaire ou même ligoté, dans des romans qui osent briser les codes et lever le voile sur des sujets loin des stéréotypes et des tabous. Dans Jungle (Héliotrope), le Canadien Eugene Marten raconte le destin d’un quart-arrière nouvellement retraité après des années consacrées au football, qui a laissé son corps cabossé et sa mémoire trouée par de trop nombreuses commotions cérébrales. L’homme s’embarque donc vers le Honduras où un traitement révolutionnaire devrait l’aider à retrouver la santé. Le périple qui l’attend au cœur de la jungle prendra bien vite des allures de lutte pour la survie, transformant ce roman en un suspense haletant. L’auteur de Son odeur après la pluie nous livre cet automne un second texte intime et touchant. Dans Où les étoiles tombent (Stock), Cédric Sapin-Defour relate l’accident de parapente dont a été victime sa compagne en 2023. On y découvre la reconstruction du corps et de l’amour et la rééducation semée d’embûches et de compassion. Dans une construction qui tient presque du thriller, l’auteur nous mène du rire aux larmes. Pour sa part, Arno Bertina nous plonge dans un univers grotesque, un hôtel de bord de plage en Tunisie avec Des obus, des fesses et des prothèses (Verticales). D’un côté des hommes mutilés par la guerre, de l’autre des femmes couvertes de bandages sortant d’une chirurgie esthétique se retrouvent dans un tête-à-tête improbable illustrant avec ironie et humour les paradoxes de nos sociétés modernes. La reine des lettres islandaises, Auður Ava Ólafsdóttir, se glisse dans la peau d’une femme trans dans son plus récent roman DJ Bambi (Zulma). Logn, une scientifique de 61 ans, a tout fait pour taire la réalité : celle d’être une femme, née dans un corps d’homme. Après des années de mariage et la naissance d’un fils, le temps d’être enfin elle-même est maintenant arrivé. Envers et contre tous, Logn entame le long processus de traitement hormonal, et voit ses relations s’effriter. Seul son frère jumeau continue de veiller sur elle. Un roman tendre sur l’acceptation de l’autre, et de soi-même. Avec La vocation (Le Cherche midi), Chloé Saffy nous entraîne dans le monde du sadomasochisme à la découverte de la diversité des fantasmes humains. Dans ce roman où il est difficile de distinguer le vrai du faux, l’autrice relate la correspondance qu’elle a amorcée avec une lectrice. Cette dernière se confie sur son embauche auprès d’un couple qui exige qu’elle se plie à ses moindres désirs conjugaux. Attention, c’est chaud!





