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Depuis quelques années, la thématique du festival Québec en toutes lettres s’inspire de nos poètes. Julie Veillet savait qu’elle voulait un jour travailler avec les mots de Denise Desautels. C’est ce vers, « L’autre qui bat en nous », tiré du recueil Disparaître publié aux Éditions du Noroît qui finalement a titillé son cœur. « Lorsqu’on a commencé à bâtir la programmation de cette année, il y avait ce filon où des œuvres contemporaines avaient été inspirées par de grandes figures du passé. “L’autre qui bat en nous” illustre comment les artistes qui nous précèdent nous ont marqués, et influencent le développement de notre propre art. Plus largement, comment les personnes qui sont venues avant nous vont faire émerger de nouvelles voix, comment leurs œuvres vont faire écho dans la littérature actuelle. »
Le spectacle Cosse tu penses, mon p’tit bonhomme? s’incarne parfaitement dans cet esprit. « C’est un texte inédit de Jack Kerouac, qu’il a écrit en français, que Robert Lalonde a dépoussiéré et magnifié. Kerouac, un très grand auteur de notre littérature qui en inspire un autre, Robert Lalonde, qui lui aussi en inspire sans doute d’autres… voilà les échos qu’on voulait souligner. » Robert Lalonde a donc mis en scène ce texte, qu’il défend lui-même « avec beaucoup de cet amour des mots qu’il a, le respect pour la langue si particulière de Kerouac », précise-t-elle. Il sera accompagné sur scène de Tomás Jensen et Karèya en musique.
C’est aussi le cas du spectacle Emily, fille de personne, inspiré des livres Les villes de papier et Les ombres blanches, de Dominique Fortier, qui met en valeur la figure d’Emily Dickinson ainsi que du contexte dans lequel s’est déployée son œuvre. Produit par le Festival international de littérature de Montréal et présenté l’an dernier, ce spectacle mettra en scène Dominique Fortier et Pascale Montpetit. « C’est un spectacle touchant, formidable, où la complicité des deux artistes se ressent par leur passion commune. »
La soirée de lectures musicales Gaza écrit Gaza sera assurément bouleversante. Le livre du même titre a rassemblé les textes d’une quinzaine de Gazaouis, qui témoignent de la résistance et de l’espoir, de l’occupation, des violences et du génocide, de la survie et de la peur. Sous l’impulsion du poète Refaat Alareer, assassiné en 2023, ces jeunes racontent un quotidien qu’on ne peut imaginer. Sur scène, quelques-uns des traducteurs de ces textes puissants et des artistes en feront la lecture, honorant leur mémoire.
Le festival Québec en toutes lettres est aussi l’occasion de profiter de plusieurs entretiens. Il y aura bien sûr Denise Desautels, mise à l’honneur grâce à son vers inspirant, Yara El-Ghadban ainsi que Dominique Fortier. Du côté international, on accueillera Leïla Slimani, dont le plus récent livre, J’emporterai le feu, a paru chez Gallimard au printemps dernier. Vous pouvez découvrez ici une entrevue avec elle, qui sera publiée dans le prochain numéro de la revue Les libraires. Aura lieu également un entretien avec Sylvain Prud’homme, qui nous a offert l’automne dernier Coyote, publié aux Éditions de Minuit.
Québec, ville de littérature UNESCO, foisonne d’activités littéraires tout au long de l’année, notamment grâce à la Maison de la littérature. Comment Québec en toutes lettres se distingue-t-il d’autres initiatives? Julie Veillet explique que le festival vise à déployer la littérature partout dans la ville, dans les bibliothèques et librairies, dans diverses salles de spectacles, dans les parcs, les rues ou au milieu de places publiques, contrairement à la programmation de la Maison de la littérature, qui se concentre sur ce seul lieu. Québec en toutes lettres souhaite se répandre parmi la ville et toucher un vaste public. D’ailleurs, nouveauté cette année à saluer, la tarification ouverte. « Nous réfléchissions depuis un moment comment intégrer une tarification inclusive afin de rendre accessibles les spectacles à tous et à toutes. Nous avons consulté d’autres diffuseurs culturels, entre autres Le Diamant et Le Périscope, et nous avons convenu d’utiliser un modèle à trois tarifs, soit un tarif à prix plus élevé, pour ceux et celles qui veulent soutenir notre mission, un tarif normal, qui représente le coût réel du spectacle et enfin, le tarif accueillant, à partir de 0$ duquel la personne, si c’est possible, peut ajuster par tranche de 5$, selon ses capacités. » Soulignons toutefois que la majorité des activités sont gratuites.
Encore cette année, les distributrices de Bonbons à lire seront de retour, tout comme les banderoles scandant des vers au vent ainsi que les postiers et postières, joyeux hérauts de poésie. Si le Salon de décoiffure a été un franc succès l’édition précédente, c’est le Lave-tracas express qui, on n’en doute pas, attirera les foules cette fois-ci. Nous pourrons y entrer et nous faire laver de tous nos soucis grâce aux mots d’artistes variés. C’est à expérimenter!
Julie Veillet termine en souhaitant poursuivre la noble quête de faire découvrir les arts littéraires à chacun et chacune tout en continuant de proposer des spectacles et des projets éclatés un peu partout dans les quartiers de la ville de Québec.
Pour en savoir davantage sur la programmation, c’est ici. Le festival se déroulera du 16 au 26 octobre.





