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J’arrive au rendez-vous avant elle, dans cette salle de réunion sise face au parc du Portugal à Montréal, tout près de la résidence de feu Leonard Cohen, là où des admirateurs du poète continuent de déposer des lettres manuscrites, des dessins. Pour tout dire, je rejoins Catherine Fournier aux bureaux de Rugicomm, une agence de relations publiques engagée par Parfum d’encre à la veille de cette parution doublement importante pour la maison. Parce qu’elle donne le coup d’envoi à une nouvelle collection (j’y reviendrai en détail), parce que cet ouvrage a forcément un haut potentiel commercial.
Le fait est que Catherine Fournier connaît aussi bien l’écosystème médiatique que politique. Catherine Fournier, c’est une vedette : pas moins de 53 000 personnes la suivent sur Instagram et elle a plusieurs fois été l’invitée de l’émission Tout le monde en parle. Catherine Fournier, c’est un nom qu’on entend au téléjournal. Un nom qu’on lit sur les unes des grands quotidiens.
Sa carrière dans l’appareil public a commencé de bon matin: à seulement 24 ans, sous l’égide du Parti québécois, la députée de la circonscription de Marie-Victorin est devenue la plus jeune élue de l’histoire de l’Assemblée nationale. Le curriculum vitæ et les faits d’armes de cette femme impressionnent tout le monde dans mon entourage — qu’ils aient, ou non, déjà voté pour le PQ. De toute façon, elle a claqué la porte de l’organisation souverainiste en 2019. Sauf que ça, c’est une autre histoire (qu’elle raconte d’ailleurs dans son livre).
Et l’objet comme tel, parlons-en. En attendant sa venue, le début de notre entrevue, je découvre avant elle la version papier, tangible, d’Apprivoiser la politique. La couverture, d’un mauve presque lavande, est encore plus vibrante qu’en format PDF, la version qu’il m’a été donné de lire quelques semaines auparavant, en préparation à cet entretien.
Quand Catherine Fournier arrive enfin, elle est radieuse, tirée à quatre épingles. Chaleureuse et affable : « Est-ce que ça fait longtemps que tu écris pour Les libraires? », qu’elle me demande, alors que c’est à moi de camper le rôle de l’intervieweuse. Tout de suite, ma petite nervosité se dissipe; je suis face à une fille de mon âge, d’abord et avant tout, face à quelqu’un que je peux tutoyer, qui me considère comme son égale.
Comme je la sais astreinte à un horaire très chargé, on passe tout naturellement des présentations, et de la mise en examen de son livre physique (« Ça sort bien! »), à une première question. Cette fois, elle vient de moi. Trouver le temps d’écrire est un défi pour les romanciers qui doivent, parallèlement à leurs activités littéraires, occuper un emploi alimentaire. Qu’en est-il pour une politicienne qui prend la plume à l’occasion, qui a rédigé ce livre au travers de toutes ses autres tâches, sans perdre de vue ses engagements vis-à-vis des Longueuillois? « J’ai écrit le premier jet toutes les fins de semaine, de janvier à mars, me confie-t-elle. J’ai fait ça pas mal tous les samedis et les dimanches quand je n’avais pas de dossier à rattraper à la ville. J’y ai passé au moins douze heures par fin de semaine pendant trois mois. […] Ça m’a pris de la discipline; j’ai programmé un cadran la fin de semaine. »
Faire œuvre utile
C’est l’équipe de Parfum d’encre qui a convaincu Catherine Fournier d’embarquer dans l’aventure, de poser la première pierre à l’édifice, d’écrire le premier titre de la collection « Apprivoiser ». « Moi, je suis le genre de personne qui a de la difficulté à refuser les défis qu’on me lance », résume la mairesse de Longueuil, sourire en coin. J’en déduis que les arguments de l’éditrice Élisabeth Brisset, qui a approché Catherine, ont dû être convaincants. Ou qu’elle a du mal à dire non.
Une chose est sûre : cette nouvelle série de livres coïncide avec l’instauration, dans les écoles secondaires du Québec, du programme d’histoire et d’éducation à la citoyenneté. On ne sait pas encore si Apprivoiser la politique sera mis à l’étude par des enseignants, mais c’est possiblement ce que souhaite Parfum d’encre. (Après tout, c’est notamment grâce aux commandes scolaires qu’on assure la pérennité d’un livre.) La description officielle fait paraître les coutures, donne à voir les intentions : « La collection “Apprivoiser”, c’est des livres au ton coloré et accessible, qui visent à démocratiser divers savoirs civiques et citoyens », me souffle à l’oreille Marion Féneux, responsable des communications pour le groupe la courte échelle, auquel appartient Parfum d’encre. Le prochain titre, m’annonce-t-elle, portera sur l’argent et sortira au début de l’année prochaine. Qui l’écrira? C’est secret, pour le moment.
Quoi qu’il en soit, Apprivoiser la politique a été conçu pour les 18 à 35 ans, sans pour autant se limiter à cette tranche d’âge. Aux parents d’adolescents qui ces jours-ci la contactent pour lui demander si le texte peut parler à leurs jeunes, Catherine Fournier répond que oui, ça peut s’adresser à eux aussi… à condition que la politique les intéresse déjà beaucoup. Après tout, c’était son cas.
Pour ce deuxième exercice d’écriture en solitaire (on lui doit aussi L’audace d’agir, paru chez Somme toute en 2017), Catherine Fournier a renoué avec sa nature profonde, avec la jeune fille très politisée, et donc un peu marginale, qu’elle était déjà à l’école primaire. « En sixième année, des amies m’ont écrit une lettre pour me dire d’arrêter de leur parler de ce que je lisais dans le journal. Ça m’avait fait de la peine! Moi, je croyais juste animer des débats dans la cour d’école. C’était un jeu pour moi. »
Apprivoiser la politique est justement assez ludique, tant sur le fond que sur la forme. Dans le segment « questions sucrées salées », la mairesse de Longueuil répond à des interrogations qui lui ont été soumises par l’entremise des réseaux sociaux. Sur les soupers spaghetti, ses conditions de travail et même sa vie amoureuse. Elle se raconte avec générosité.
Fédérer, autant que possible
Bien qu’assez scolaire, surtout quand on le parcourt d’un couvert à l’autre, cet essai (qui n’en est pas vraiment un, mais qui se retrouve dans cette section dans les librairies) a été rédigé à l’intention des néophytes. Mais surtout, Apprivoiser la politique se démarque par son supplément d’âme.
« Je me souviens de m’être demandé si j’étais la bonne personne pour faire ça, révèle Catherine Fournier. Dans le sens où je ne suis pas une prof de science politique… L’équipe de Parfum d’encre m’a rassurée en me disant que mon avantage, c’est de pouvoir expliquer les jeux de coulisses, comment ça se passe en pratique. Comme je l’ai dit dans l’introduction, j’ai essayé d’être la plus neutre possible, mais c’est nécessairement teinté de mon expérience personnelle. »
Et un parcours aussi palpitant, aussi précoce, ça ne s’invente pas.
Photo : © Émilie Hébert





