«Le Devoir de littérature, classiques et oubliés. Relire au présent les écrivains d’ici»: redonner de la vitalité aux écrivains d’autrefois | Le Devoir
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L’ouvrage réunit des textes parus entre 2022 et 2025 dans les pages du quotidien.
Publié hier à 0h00
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Avec plus de 30 contributions, «Le Devoir de littérature» fait oeuvre de passeur.
Montréal
Collaborateur
Le Devoir de littérature réunit des écrivains et des penseurs d’aujourd’hui qui, dans des textes parus dans Le Devoir, font dialoguer la mémoire littéraire du Québec avec les enjeux du présent.
À l’occasion du 80e anniversaire de l’Académie des lettres du Québec, un volume vient célébrer la vitalité de notre mémoire littéraire. Le Devoir de littérature, dirigé par Paul Bélanger, Louise Dupré, Marie-Andrée Lamontagne et Pierre Nepveu, réunit des textes parus entre 2022 et 2025 dans les pages du quotidien de la rue Berri, autant de dialogues féconds entre les voix du passé et les questionnements du présent, où écrivains et intellectuels revisitent, chacun à leur manière, les grandes figures de notre patrimoine.
C’est un livre né d’un geste de fidélité : fidélité à la langue, à la mémoire, à la part inaliénable du passé qui continue d’irriguer le présent. Sous la plume inspirée, entre autres, de Bernard Andrès, Catherine Mavrikakis, Stanley Péan ou Lise Vaillancourt, des voix anciennes — d’Octave Crémazie à Anne Hébert, de Louis Dantin à Louky Bersianik — reprennent vitalité et se font, le temps d’une lecture, soudainement contemporaines.
« Nous voulions créer un espace où les écrivains pourraient interroger la littérature à partir des enjeux de leur époque », raconte au téléphone Paul Bélanger, poète et codirecteur de l’ouvrage. « Il s’agissait de mettre en dialogue des œuvres du passé avec les événements politiques, sociaux ou écologiques du présent. »
Le projet, né d’un petit groupe de réflexion au sein de l’Académie des lettres du Québec, a vite trouvé écho au quotidien Le Devoir, qui en a fait une chronique mensuelle. Chaque texte y propose de revisiter une œuvre québécoise sous un angle neuf, comme l’exil, la guerre, la mémoire, la nature ou encore la condition des femmes.
« On réalise que les créations du passé ne sont pas en dehors de l’histoire », ajoute Paul Bélanger. « Elles peuvent, de manière troublante, éclairer ce que nous vivons présentement, qu’il s’agisse du drame en Ukraine, de l’écologie ou des tensions sociales. »
Ainsi, l’écrivain Georges Leroux fait une relecture du poète Jacques Brault à l’aune du conflit en Europe de l’Est, redécouvrant dans un texte de mémoire l’écho douloureux des malheurs actuels. « C’est un texte bouleversant. Brault évoque notamment la mort tragique de son frère en Sicile pendant la Deuxième Guerre mondiale. Par ce récit fraternel, il rappelle qu’il n’y a pas de vainqueurs dans la guerre », indique l’ancien directeur littéraire des Éditions du Noroît.
La littérature, ici, n’explique pas le réel ; elle le révèle. C’est tout le sens que Paul Bélanger donne à la préface qu’il signe, véritable texte-manifeste sur la force des œuvres littéraires. Pour lui, l’écriture ne commente pas le monde, elle l’interprète, en éclaire les zones d’ombre. « Il ne s’agit pas de commenter ou d’expliquer, mais de rappeler que la littérature demeure un prisme singulier, un regard par lequel l’actualité se manifeste autrement que par les discours de son époque. »
Cette conviction irradie l’ensemble du recueil, où chaque texte illustre à sa manière la capacité des œuvres à dialoguer. Dans un autre chapitre évocateur, Martine Béland explore l’œuvre de Gabrielle Roy par le biais de l’écologie. « J’ai été étonné par ce texte, confie Bélanger. Il m’a fait redécouvrir chez Roy une sensibilité à la nature d’une justesse incroyable. Ce retour à la terre, cette attention à la beauté du monde, résonne avec nos inquiétudes environnementales, sans jamais tomber dans la peur ou le dolorisme. »
Les écrivains oubliés reprennent voix
Le livre porte bien son sous-titre : Relire au présent les écrivains d’ici. Derrière les figures dites canoniques se profilent pourtant des auteurs relégués aux marges de la mémoire collective, tels Adrienne Choquette, Antoine Gérin-Lajoie ou Luc de La Corne Saint-Luc.
« Il y a là des découvertes fascinantes. Certains textes du terroir, qu’on croyait désuets, se mettent soudain à parler notre langue, à interroger nos contradictions », souligne en entrevue Paul Bélanger, heureux de voir ces voix longtemps éclipsées retrouver la lumière.
Cette résurgence du