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Cinq ans après s’être retirée de la scène pour des raisons de santé, la grande comédienne Louise Marleau se livre sous la plume de son amie Lorraine Pintal dans Louise Marleau : Une étoile aux mille reflets, qui arrive en librairie lundi.
Louise Marleau a longtemps refusé de faire l’objet d’une biographie, un exercice trop narcissique pour cette femme discrète. J’ai été pourchassée depuis toute petite par des journalistes qui ne devraient pas porter ce nom-là et qui écrivaient des choses insensées, explique-t-elle. C’est pour ça que j’ai toujours gardé une espèce de pudeur.
Elle a fini par accepter, à condition que ce soit la metteuse en scène et ancienne directrice du Théâtre du Nouveau Monde, Lorraine Pintal, qui l’écrive.
Comme le dramaturge Marcel Dubé appelait Louise Marleau la femme miroir
, Lorraine Pintal a décidé de décliner son livre en huit reflets : la femme de théâtre, l’amoureuse, l’enfant vedette…
Benoît Landry, Sarah Laurendeau et Louise Marleau dans la pièce « L’avalée des avalés », mise en scène par Lorraine Pintal en 2020 (Photo d’archives)
Photo : YVES RENAUD
Je touche sa vie intime, mais surtout sa vie professionnelle
, explique celle qui a dirigé son amie dans plusieurs pièces, notamment la dernière fois qu’elle est montée sur les planches pour L’Avalée des avalés, de Réjean Ducharme.
Aux confidences de Louise Marleau se sont ajoutées des entrevues avec la cinéaste Léa Pool, le réalisateur Marc-André Forcier et l’autrice Nancy Huston.
Le livre est devenu une série de témoignages, d’archives et de confessions. On est amies depuis 30 ans, alors naturellement, on s’est dit beaucoup de secrets!
4:40Une muse
Riche en photos, cet ouvrage de 208 pages revient sur l’enfance de Louise Marleau passée à Montréal avec un père affectueux, mais alcoolique, une mère dépressive et une sœur plus âgée. C’est d’ailleurs une amie de cette dernière qui pousse la petite à faire du théâtre.
À huit ans, elle décroche son premier rôle dans l’émission jeunesse de Radio-Canada Pouf et Zette. Trois ans plus tard, Paul Blouin la fait jouer dans sa série Beau temps, mauvais temps.
Louise Marleau (à droite) et Olivette Thibault dans les rôles de Lucie Grégoire et Madame Grégoire « Beau temps, mauvais temps » en 1957 (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada/André Le Coz
C’est pas un choix que j’ai fait, j’étais trop jeune pour choisir [d’être actrice], se rappelle Louise Marleau. Mais je me suis amusée très vite.
Les metteurs en scène étaient gentils, c’était des paternels pour moi, ils m’ont fait connaître le bonheur de jouer.
Par la suite, Jean Gascon l’engage au Théâtre du Nouveau Monde, qu’il a cofondé, et Marcel Dubé, considéré comme le père de la dramaturgie québécoise, en fait sa muse.
Tous ces messieurs du théâtre ou du cinéma ont été quelque part des pères, des gens qui m’ont éduquée et aimée comme leur fille
, souligne Louise Marleau, qui n’a pas de formation en théâtre.
Le tour de force de ma vie
Louise Marleau : Une étoile aux mille reflets s’attarde sur un moment marquant de sa carrière : son interprétation de Juliette dans la pièce de Shakespeare Roméo et Juliette, en 1968, au festival ontarien Stratford, qui est alors dirigé par Jean Gascon.
La jeune comédienne, qui parle très peu anglais, donne la réplique à Christopher Walken, un être merveilleux
, dit-elle. Pendant six mois, elle travaille sur le texte qu’elle doit jouer sur scène.
Je parlais « Juliette » quand je suis arrivée à Stratford
, raconte celle qui a appris l’anglais sur place.
C’était un vrai tour de force, le tour de force de ma vie.
Le livre de Lorraine Pintal évoque aussi la vie amoureuse de Louise Marleau entre sa relation avec le réalisateur, scénariste et metteur en scène Jean Salvy, qui a quitté sa France natale pour la rejoindre au Québec, et ses amours avec Pierre Elliott Trudeau.
Alors premier ministre du Canada, il lui a fait une demande en mariage à condition qu’elle abandonne son métier. Il m’a dit qu’il fallait que je choisisse, j’ai choisi
, résume-t-elle.
Claude Dubois et Louise Marleau quand ils étaient en couple (Photo d’archives)
Photo : Journal de Montréal
Dans les années 1990 et 2000, elle forme un couple mythique avec Claude Dubois. L’élégante actrice qui ne s’était encore jamais mariée dit même oui au « rebelle ». Ensemble, ils ont créé le spectacle musical Raconte-moi Gelsomina, mis en scène par Robert Charlebois en 1998.
Il était rock, very rock
, explique-t-elle au sujet du chanteur qu’elle finira par surprendre en compagnie de son amante.
Combler un trou de mémoire collectif
Avec Louise Marleau : Une étoile aux mille reflets, Lorraine Pintal estime accomplir un devoir de mémoire. Elle souhaite rappeler, notamment aux plus jeunes, à quel point Louise Marleau a été une grande vedette et une ambassadrice de la culture québécoise, comme Andrée Lachapelle ou encore Béatrice Picard.
On oublie très vite au Québec. Il y a des comédiens qui ont marqué l’histoire du Québec, qui ont façonné l’art que nous faisons aujourd’hui. Malheureusement, Louise fait un peu partie de ces oubliés.
Son livre montre également des facettes moins connues de Louise Marleau, selon elle.
Très jeune, on l’a cataloguée dans des rôles de femme fatale, séductrice, un peu distante, froide et même snob, ce qu’elle n’est pas du tout, explique Lorraine Pintal. Louise est une femme généreuse, un peu timide, très humble.
Longtemps icône de beauté, Louise Marleau s’est battue pour ne pas être qu’une belle femme. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada
Si Louise Marleau a marqué les esprits par sa grande beauté, elle a cherché à la faire oublier.
Elle s’est sortie de cette prison de beauté qu’on lui avait malheureusement accolée pour interpréter des rôles de caractère
, raconte Lorraine Pintal.
Ainsi, Jean Salvy, qui reste l’amour de sa vie, mais aussi Léa Pool, notamment avec le film La femme de l’hôtel (1984), lui ont offert des rôles lui permettant d’aller à l’encontre des clichés dans lesquels les belles actrices tendent à être enfermées.
À 82 ans, la comédienne, dont la santé est fragile, accepte bien de vieillir, selon son amie. Son âge lui donne la possibilité d’être davantage elle-même : une femme de caractère, combative, résiliente!
Avec des informations de Louis-Philippe Ouimet











