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La Révolution tranquille de Pierre Landry, flûte au bec


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Alors qu’il revisite ces jours-ci la Révolution tranquille, époque où « tout éclatait au Québec en même temps », l’écrivain Pierre Landry vient de recevoir le prix Arthur-Buies du Salon du livre de Rimouski, pour la grande qualité de son travail et sa contribution importante à la littérature. Contribution qui a connu ses prémices lors des grands mouvements contestataires du Québec des années 1960, aux côtés d’un certain… Plume Latraverse.

De cette ère tumultueuse, Pierre Landry dit garder en mémoire une effervescence et aussi une espèce de sentiment de totale liberté. Le récit Plume, Pierrot et moi : la véritable histoire de la Sainte-Trinité, publié il y a quelques mois aux Éditions du Septentrion, en fait d’ailleurs pleinement état.

L’homme de 78 ans nous accueille chez lui, à Rivière-du-Loup, dans sa demeure devant laquelle trône un grand complexe de neuf étages, projet qui a fait grand bruit et contre lequel il a livré bataille pendant plusieurs années.

L’écrivain et chroniqueur Pierre Landry est le lauréat du prix Arthur-Buies 2025. Il sera présent au Salon du livre de Rimouski cette semaine ainsi qu’à celui de Montréal dans quelques semaines.

Photo : Radio-Canada / Andréanne Lebel

Pour Pierre Landry, dit Doc Landry, qui signe aussi depuis 25 ans une chronique dans chacune des parutions du journal Le Mouton noir, l’indignation a pris de nombreuses formes depuis sa jeune vingtaine, qu’il a vécue aux premières loges de la Révolution tranquille.

Pour moi, les années jusqu’à la crise d’Octobre, en 1970, ces années-là, c’est comme la quintessence de la Révolution tranquille, c’est le moment charnière où, tranquille, la révolution aurait pu devenir une véritable révolution au Québec… qui a été tuée par la mort de Pierre Laporte, croit-il.

Au-delà de dépeindre le profond clivage qui s’était créé à l’époque entre les freaks aux cheveux longs – les pouilleux –, et les straights, son livre plonge les lecteurs, avertis ou pas, dans un récit marqué par une amitié avec Plume Latraverse et une jeunesse enthousiaste vibrant en marge de l’establishment.

Plume Latraverse en visite chez Pierre Landry.

Plume Latraverse en visite chez Pierre Landry, dans une commune où il a vécu pendant 17 ans, à Saint-Épiphane, près de Rivière-du-Loup

Photo : Gracieuseté de Pierre Landry

Le monde est alors en train de vaciller sur son socle, décrit Pierre Landry dans son livre.

Le livre Plume, Pierrot et moi.

Pierre Doc Landry, qui n’en est pas à son premier ouvrage historique, fait paraître cette année un récit plus personnel, qui prend toutefois appui sur une documentation fouillée autour de la Révolution tranquille et de la crise d’Octobre.

Photo : Radio-Canada / François Gagnon

Une musique portée par la révolte

La Sainte-Trinité, groupe composé de Plume Latraverse, de Pierrot Léger et de Pierre Doc Landry, est considérée comme une formation culte, qui a donné l’un des premiers élans à la carrière prolifique de Plume, poète et rockeur irrévérencieux, qui se fait d’ailleurs encore entendre sur les scènes du Québec.

Triniterre, leur seul album produit avant que Plume Latraverse ne vole de ses propres ailes, est considéré comme un album iconique. Non seulement c’est le tout premier de Plume, mais les thèmes abordés et les arrangements musicaux, qui datent d’il y a 55 ans, sont toujours actuels, fait observer Pierre Landry.

Ça me fait rire, quand j’entends dire que la Sainte-Trinité, c’est l’un des premiers groupes rock au Québec, parce qu’à l’origine, la Sainte-Trinité, c’était une flûte à bec, une guitare sèche et des grelots!

Une citation de Pierre Landry, écrivain et chroniqueur

On avait une force qui émanait non pas de nos seules créations, mais on était portés par toute cette mouvance-là de l’époque, puis par le groupe de jeunes de notre âge qui étaient avec nous, qui nous suivaient. Alors c’était vraiment un mouvement dont, nous, on était en quelque sorte le fer de lance, ajoute l’écrivain.

Le trio s’est retrouvé à plusieurs reprises à Percé, à la Maison du pêcheur notamment, devenu l’un des berceaux de la révolte populaire, et un repaire felquiste. Pierre Landry raconte d’ailleurs avoir été témoin des jets destructeurs des boyaux d’incendie que les autorités avaient déployés pour évacuer l’endroit.

Cette expulsion de la Maison du pêcheur survenue dans la nuit du 20 au 21 juillet 1969 a été immortalisée par Lionel Bernier, un étudiant de Cap-aux-Os qui travaillait pour le journal Le Soleil cet été-là.

Cette expulsion de la Maison du pêcheur survenue dans la nuit du 20 au 21 juillet 1969 a été immortalisée par Lionel Bernier, un étudiant de Cap-aux-Os qui travaillait pour le journal Le Soleil cet été-là, raconte Jacques Bérubé, scénariste du film La maison du pêcheur et ami de Pierre Landry.

Photo : Lionel Bernier/Collection de Jacques Bérubé

Photo d'archives d'un groupe.

Lecture de l’acte d’expulsion de la Maison du pêcheur de Percé. Au centre du groupe, on aperçoit le militant Paul Rose, qui a été à la tête de la cellule Chénier du Front de libération du Québec (FLQ). La formation musicale de la Sainte-Trinité, pour sa part, a été gentiment qualifiée de « cellule Divertissement », durant la crise d’Octobre.

Photo : Archives de La Presse

Depuis 1963, les bombes sautaient à Montréal, il y avait des manifestations monstres, des émeutes […] Il y avait comme un couvercle sur toute la vie, toute la vie culturelle aussi…

Et puis il y a eu L’Osstidcho de Robert Charlebois et sa bande, Les Belles-Sœurs de Michel Tremblay, la création du Parti québécois… L’année 1968, en particulier, en a été toute une sur le plan artistique et politique, rappelle Pierre Landry.

Pierre Landry en peinture.

Plusieurs toiles de Plume Latraverse sont affichées chez Pierre Landry, dont quelques-unes lui rendent hommage.

Photo : Radio-Canada / Laurence Gallant

Après avoir traversé ce grand bouillonnement et y avoir contribué, puis vécu deux référendums pour l’indépendance du Québec, l’écrivain affirme se sentir moins nostalgique que triste. On est tellement loin de l’enthousiasme, de la force d’émergence d’un peuple qu’on a vécue.

Pour ceux de ma génération, je pense aussi à des gens comme Gaston Miron, à tellement de nos poètes, Gilles Vigneault etc., c’est une aberration que le peuple refuse sa propre naissance comme ça.

Une citation de Pierre Landry, écrivain

On parle du confort et de l’indifférence, je pense que c’est un peu ça. Tu sais, quand on est trop confortable, bien on se dit : je vais risquer de perdre ci, je vais risquer de perdre ça, explique-t-il. Mais c’est peut-être au risque de perdre son âme.

Le septuagénaire, qui a toujours l’étincelle dans l’œil, a une pensée pour cette nouvelle jeunesse qui s’indigne aussi, notamment face aux changements climatiques. Il croit néanmoins que, pour soulever cette chape de plomb, moins perceptible aujourd’hui qu’il y a soixante ans, beaucoup de travail et une mobilisation plus élargie seraient nécessaires. D’autant que la jeunesse de 2025 n’a plus le même poids démographique que celle des années 1960.

Vidanger l’indignation par l’écriture

À défaut de révolution, Pierre Landry jongle avec plusieurs projets d’écriture, historiques ou romanesques.

Pierre Landry à son bureau, son livre à la main.

Installé au Bas-Saint-Laurent depuis plusieurs décennies, Pierre Landry a été rédacteur en chef du journal Le Mouton noir et directeur général du Musée du Bas-Saint-Laurent, à Rivière-du-Loup.

Photo : Radio-Canada / Laurence Gallant

L’écriture, c’est un canal, c’est une façon de rejoindre les gens. C’est une façon aussi de peut-être de… de vidanger cette espèce d’indignation […] de la transformer en mots, donc en matière, en pensée, de la transmettre et d’assister à sa réception par la suite. Et puis ça construit une espèce de contre-pensée peut-être, par rapport à ce qui nous est bombardé tout le temps, par la télévision, par la radio, etc.

Le terreau était donc riche pour faire naître Plume, Pierrot et moi, un ouvrage captivant et édifiant qui semble avoir déjà trouvé son public, se ravit Pierre Landry.

L’écrivain sera présent au Salon du livre de Rimouski, et en profitera pour participer à un hommage à Victor-Lévy Beaulieu, vieil ami et éditeur disparu au mois de juin dernier.

De vieux livres d'Arthur Buies.

Pierre Landry s’est dit très touché de recevoir le prix Arthur-Buies du Salon du livre de Rimouski. Un coup d’œil à la bibliothèque de l’écrivain suffit pour confirmer l’admiration qu’il porte au « libre penseur et régionaliste » qui a été journaliste au 19e siècle.

Photo : Radio-Canada / Laurence Gallant

Le 60e Salon du livre de Rimouski bat son plein jusqu’à dimanche.

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Le Mouton noir

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