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Créer au-delà des vertiges
«Après la naissance de mon premier bébé, durant la pandémie, je me suis éteinte pendant deux ans et demi, raconte Fanny. Je n’ai pas touché à mon piano, je pensais même que je n’allais peut-être plus jamais refaire de musique. Avant d’avoir des enfants, j’étais une fille de nuit, j’allais au studio le soir, je veillais tard… Tout tournait autour de la musique. Et si j’ai d’abord ressenti un vertige en tentant de créer de nouveau, je me suis aperçue que mes réflexes de toujours étaient intacts; la manière de chercher la rime, la phrase qui “punche”, la force dans le beat aussi…»
Même si tout est désormais mélangé – la musique, les enfants, les tâches domestiques, les deadlines –, Fanny ne voudrait pas revenir en arrière. Elle rit doucement, consciente de ce privilège, mais aussi de l’effort constant que cette vie requiert. «On s’habitue à tout, c’est fou ! Et puis, il faut bien l’admettre, tout ça est désormais passé au second plan dans ma vie, depuis les petits…», confie-t-elle. Dans ce délicat équilibre entre vie de famille et carrière musicale, l’artiste se familiarise avec les pouvoirs jadis insoupçonnés du chaos dans la création, même morcelée ou entrecoupée d’imprévus. «Je compose différemment, mais je compose encore. Et ça, c’est déjà beaucoup.»
Preuve que la recette fonctionne ? Au printemps dernier, avec une Lila qui n’en était qu’à ses balbutiements, Fanny s’est plongée dans la conception de Noël en famille, un album de 11 pistes – heureux mélange de reprises et de nouvelles pièces – créé avec l’inébranlable complicité de ses compagnons des premières heures, les membres de la formation Valaire (Jazz Futon, Sofa So Good).
Une fois rassemblés au mythique Studio Wild, un immense chalet en bois situé au bord de l’eau à Saint-Zénon, dans Lanaudière, la magie de Noël a opéré. Même au mois de mai. Avec ses cinq vieux copains (François-Simon Déziel, Jonathan Drouin, Julien Harbec, Thomas Hébert, Louis-Pierre B. Phaneuf), ils ont réveillé souvenirs rieurs ou poignants, anecdotes festives et génie créatif pour imaginer un album inusité, fantaisiste et étincelant de sincérité.
«C’est un album doux, comme un murmure à l’oreille, une bulle pour accompagner la décoration du sapin. On voulait que ce soit relax, avec beaucoup d’arrangements de voix, de cuivres… Les gars chantent aussi. C’est un peu jazzy; on a ajouté nos touches électros, un peu pop, mais saupoudrées de caresses», décrit Fanny avec la poésie qui l’habite. À ce propos, elle revient sur ses albums fétiches des Fêtes, comme ceux de Ginette Reno ou A Charlie Brown Christmas, un classique de 1965 du pianiste de jazz américain Vince Guaraldi, dont la pochette iconique a servi d’influence pour concevoir celle de Noël en famille.




