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Les récents aveux de Thomas King, qui a révélé ne pas être autochtone, ont eu l’effet d’une bombe dans le milieu littéraire canadien. La sortie de l’écrivain de renom et professeur émérite à l’Université de Guelph a eu écho jusqu’au Salon du livre des Premières Nations, qui se déroule jusqu’au 30 novembre à Québec.
Thomas King est l’auteur de L’Indien malcommode (The Inconvenient Indian), un essai qui figure sur la liste de lectures obligatoires pour une meilleure compréhension des questions autochtones. Il est considéré comme l’une des figures les plus importantes et les plus influentes de la littérature canadienne et autochtone en Amérique du Nord. En 2014, le roman La femme tombée du ciel (The Back of the Turtle) a été couronné du prix du Gouverneur général.
L’auteur Thomas King.
Photo : TrinaKoster Photography
Comme on pouvait s’y attendre, cet aveu a ébranlé les milieux littéraire et académique, ainsi que les peuples autochtones. Âgé aujourd’hui de 82 ans, il était une figure lue et appréciée par les lecteurs autochtones. Et c’est là que ça heurte
, estime Louis-Karl Picard-Sioui, directeur général du Salon du livre des Premières Nations, qui souligne l’influence qu’a eue l’écrivain sur la pensée autochtone.
Je l’ai déjà invité au Salon du livre
, confie-t-il à propos de l’auteur, dont les œuvres ont marqué son adolescence. J’étais à Saint-Charles-Garnier et on nous faisait lire Thomas King dans nos cours d’anglais
, dit-il. Son essai Godzilla vs. Post-Colonial, c’est un essai super important
, souligne-t-il.
N’empêche, les révélations que Thomas King a faites sur son identité ne sont pas surprenantes, mais elles sont choquantes, soutient Louis-Karl Picard-Sioui, dont le Salon du livre mis sur pied en 2011 est là justement pour mettre en valeur les auteurs et autrices autochtones. Des rumeurs couraient depuis plusieurs années sur les origines cherokees dont l’écrivain ontarien se revendiquait.
Pourquoi on s’en doutait? Parce qu’il y a toujours les mêmes symptômes. […] Quand ton origine est floue et que tu n’as pas de lien direct avec ta communauté.
Des cas d’artistes ayant bâti leur carrière sur une identité autochtone revendiquée ne sont pas rares. On n’a qu’à penser à l’écrivain canadien Joseph Boyden ou, plus récemment, au cas de Buffy Sainte-Marie. Buffy Sainte-Marie, c’était de la fraude!
, s’indigne le directeur du SLPN . Elle a nié toute sa vie les rumeurs qui couraient à son sujet, elle s’est inventé une identité de toutes pièces!
, s’exclame-t-il.
Le directeur général du Salon du livre des Premières Nations dont la 14e édition se déroule jusqu’au 30 novembre.
Photo : Radio-Canada / Patricia Tadros
Dans ses aveux, Thomas King affirme que c’est sa mère qui lui avait révélé, dans sa jeunesse, qu’il avait des ancêtres cherokees du côté de son père.
Selon Louis-Karl Picard-Sioui, l’âge de King est un facteur, car à une certaine époque, il était habituel de suggérer des origines autochtones, même si celles-ci étaient très éloignées. Jusqu’à preuve du contraire, ce n’est pas une fraude. […] Il ne savait pas, c’est ce qu’il dit. Mais je crois quand même qu’il y a eu de l’aveuglement volontaire de sa part
, dit-il.
Les gens qui s’autoproclament autochtones sans avoir de lien concret avec une communauté, j’ai toujours des doutes.
Louis-Karl Picard-Sioui confie que la question sur la manière de présenter Thomas King lui a été posée par des éditeurs pas plus tard qu’hier. C’est un auteur autochtone ou pas? Moi, je le prends au mot. Il le dit lui-même : il n’est pas autochtone!
, lance-t-il.
Il soutient cependant que la qualité de son œuvre, dans l’absolu, demeure la même. Mais c’est sûr qu’en tant que lecteur, on a toujours le ressentiment de dire, ouais, tu parles de quelque chose que tu ne connais pas vraiment
, ajoute-t-il.
Comment devons-nous désormais considérer l’œuvre de Thomas King? Quel nouveau regard porter sur son legs littéraire? Louis-Karl Picard-Sioui avait ceci comme réponse : Il y a toutes sortes de nuances dans ce cas-ci. Si c’est son travail pour avoir fait connaître les littératures autochtones, si c’est son travail académique, je pense qu’il y a quand même une valeur. Je ne pense pas qu’il faut effacer l’ensemble de l’œuvre de quelqu’un
, dit-il.
On devrait plutôt s’intéresser à ce qu’il va dire à l’avenir. […] Ça, pour moi, ça m’intéresse parce que c’est un cas unique jusqu’à maintenant
, souligne-t-il.
Le Salon du livre des Premières Nations se poursuit jusqu’à dimanche à Québec. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada
Le Salon du livre des Premières Nations accueille de nombreux auteurs de renom jusqu’au 30 novembre, dont Naomi Fontaine, Yves Sioui Durand, Michelle Good, Katherena Vermette, Marie-Andrée Gill, Virginia Pésémapéo Bordeleau, Isabelle Picard, Jessica Gagnon, Marie-Josée Bastien, Michel Jean, ainsi que de nombreux autres auteurs qui marquent le paysage littéraire des premiers peuples.










