Tout lire sur: Véronique Cloutier Livres
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Dans notre famille, le père Noël a toujours porté des lunettes Ray-Ban. Il y a eu la fois du père Noël dans la neige jusqu’aux genoux qui s’avance vers notre maison, la fois du père Noël qui sort de nulle part pour apparaître magiquement à côté du sapin, la fois du père Noël qui arrive en Ski-Doo, la fois du père Noël absent, qui coïncidait étrangement avec l’année où mononcle Réjean travaillait à la Baie-James.
Un des plus lointains souvenirs de ma vie d’humaine est celui-ci : j’ai quatre ans, mon petit frère a deux ans, nous habitons une belle petite maison bleue sur la rue des Merles à Maria, en Gaspésie. Merles, Colibris, Loriots, Étourneaux, Hérons, Malards, Chardonnerets, Mésanges. Toutes les rues de mon village portent des noms d’oiseaux, toutes. Une coquetterie ornithologique qui me rend fière d’appartenir à cet endroit où on rend hommage à ce qui porte des ailes.
C’est le temps des Fêtes. Je ne crois pas que c’était à proprement parler le jour de Noël, mais on patauge dans quelque chose de festif et coloré que mon cerveau catégorise dans la ô combien précieuse section «décembre pré-Noël en joie qui sent le sapin». Nous sommes en pyjamas dans le salon, c’est le soir, la télé diffuse Ciné-cadeau. Dans leurs costumes rayés jaune et noir de prisonniers, les Dalton poursuivent leur éternelle saga de bandidos peu talentueux en vargeant sur de la roche avec un pic, pendant que Ma Dalton n’en revient pas de la stupidité de sa progéniture, et que Lucky Luke, lui, s’éloigne dans le soleil couchant. Quelque chose du genre.





