Le romancier Pierre Lemaitre continue son exploration engagée des « Trente Glorieuses », comme on a surnommé les années 1945 à 1975 en France, avec Les belles promesses, quatrième et dernier titre d’une série de quatre romans intitulée Les années glorieuses. Au début des années 1970, dans un Paris en pleine transformation où les femmes vont prendre la place qui leur revient, les membres de la famille Pelletier continuent à marcher vers leur destin, à commencer par l’aîné, Bouboule, que l’on verra enfin hanté par ses actes…
Calmann-Lévy, 21 janvier
Poursuivant la chronique intimiste de notre époque, Delphine de Vigan s’intéresse à notre dépendance généralisée au téléphone portable. Avec Je suis Romane Monnier, l’autrice de Les enfants sont rois (2021) et de Rien ne s’oppose à la nuit (2011) raconte l’histoire de Thomas, un quinquagénaire parisien, et de Romane, la jeune femme inconnue qui, à son insu et avant de disparaître dans la nature, lui a abandonné son téléphone, tout ce qu’il contient et qui la révèle : conversations, enregistrements audio, publications sur les réseaux sociaux.
Gallimard, janvier
Nouvelle étape de son combat pour se reconstruire, souhaitant transformer le silence en littérature, l’actrice et réalisatrice Judith Godrèche raconte dans Prière de remettre en ordre avant de quitter les lieux son parcours chaotique d’enfant blessée, d’adolescente brisée et de muse précoce du cinéma — elle a porté plainte il y a deux ans contre les réalisateurs Benoît Jacquot et Jacques Doillon pour des viols qu’elle aurait subis. Un livre cathartique dans lequel elle entend nous raconter « une histoire décousue, celle d’une enfant qui s’en sort ».
Seuil, mars
Explorant une fois de plus le monde rural du Massif central, en plein Cantal, décor de la plupart de ses romans, l’autrice d’Histoire du fils (prix Renaudot en 2020) creuse son sillon en illustrant le poids des traditions qui pèsent sur les fils en agriculture. Porté par l’écriture traversée d’échos, d’ellipses et de non-dits de Marie-Hélène Lafon, en une dizaine de tableaux qui couvrent une cinquantaine d’années, Hors champ raconte l’histoire d’un frère et d’une sœur qui connaîtront, sous la loi du père, des destins diamétralement opposés.
Buchet-Chastel, février
Sur fond de crise de l’eau, Gaspard Kœnig (Humus, prix Interallié 2023) poursuit sur le mode de la satire sociale son exploration romanesque des quatre éléments. Aqua, son nouveau roman, met en scène une communauté rurale prise au cœur de contradictions contemporaines. En plus d’un candidat à la mairie souhaitant moderniser le réseau d’eau potable et de l’idéaliste tenancière de l’épicerie locale qui s’oppose à lui, on y croise un ministre trop pressé, une naturopathe bouddhiste, un éleveur mélancolique, une préfète amoureuse, un survivaliste flegmatique, une hydrogéologue anticapitaliste.
L’Observatoire, février
Au milieu de collines couvertes de forêts, une jeune femme vit seule avec sa chienne dans la maison héritée de sa grand-mère. C’est là qu’elle a grandi, lorsque son père est parti fonder une nouvelle famille. Elle y mène une existence en marge, rythmée par les promenades rituelles, les baignades à l’étang, le travail dans la ferme voisine. Un jour, elle apprend par des lettres la mise en vente imminente de la maison. Dans Les habitantes, second roman de Pauline Peyrade, qui avait reçu le Goncourt du premier roman en 2023 pour L’âge de détruire, les animaux, les plantes et les champs occupent la même place que les personnages et participent à leur quête.
Minuit, février
Dans Les orphelins, Éric Vuillard, lauréat du prix Goncourt 2017 avec L’ordre du jour, retourne aux États-Unis en s’employant à déconstruire le mythe de Billy the Kid (1859-1881), figure « héroïque et pitoyable de l’Histoire américaine », célèbre hors-la-loi de l’Ouest américain mort à l’âge de 21 ans après quelques courtes, mais intense années de cavale. Fidèle à sa vision de l’Histoire, Vuillard voit ce personnage dont on a exagéré les méfaits une sorte de défricheur malgré lui, victime et petite main d’un système — l’économie de marché — en train d’asseoir sa domination.
Actes Sud, mars
S’éloignant un peu de l’autofiction intimiste, Constance Debré (Play Boy, Love Me Tender), ancienne avocate criminaliste, nous donne avec Protocoles un roman court et tranchant sur la peine de mort. Pour pouvoir en parler, l’autrice s’est mise à éplucher pendant deux ans les protocoles d’exécution aux États-Unis. Mêlant avec sobriété ses réflexions sur la peine capitale à sa vie aux États-Unis, elle y détaille de manière un peu insoutenable le matériel utilisé (voltage, longueur de la corde, type de gaz utilisé), le rôle des bourreaux, la présence de témoins ou la durée de l’agonie.
Flammarion, février
Au milieu des années 1960, en Toscane, pendant un été caniculaire, une famille française qui séjourne dans une pension entre Sienne et Florence vivra un événement inattendu qui se traduira par l’éclatement d’un mariage de convenance et la disparition du père. Des années plus tard, un écrivain devenu héritier de cette histoire familiale tentera d’exhumer le secret sous les silences. C’est l’histoire d’Une pension en Italie, le 25e roman de Philippe Besson dans lequel, mêlant suspense et sensualité, l’auteur d’Arrête avec tes mensonges tente d’éclairer le destin et de comprendre son grand-père maternel qu’il n’a jamais connu.
Julliard, en librairie
Après quelques récits autobiographiques, Julie Wolkenstein (L’heure anglaise, Et toujours en été) revient au roman avec Chimère, polar (littéraire) et roman choral où se succèdent cinq narratrices qui viennent tour à tour raconter ce qu’elles savent d’un homme qu’elles ont connu, collectionneur d’art franco-italien peu sympathique victime d’un assassinat. Entre Paris, l’Italie et la Normandie, sur une quarantaine d’années, croisant les points de vue et les vérités, Julie Wolkenstein y décline par fragments une histoire familiale complexe. Prometteur.
P.O.L., février
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