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Déjà présente sur la longlist (liste longue), avec Mathias Énard, Marie NDiaye accède pour la première fois à la liste des finalistes du International Booker Prize. Particularité notable : La Sorcière n’est pas une œuvre récente. Publié en français en 1996, le roman connaît ici une reconnaissance internationale trente ans après sa première parution.
Ce décalage illustre pleinement la vocation du prix : faire émerger en langue anglaise des textes parfois anciens, restés inédits ou confidentiels hors de leur aire linguistique d’origine.
Dans ce roman à la lisière du fantastique, Marie NDiaye explore les tensions du quotidien à travers une figure de mère confrontée à une forme d’étrangeté intime. Le jury salue un texte « sombrement comique » où « magie et réalité se mêlent pour interroger la maternité ».
Autrice d’une œuvre riche de plus de vingt titres, Marie NDiaye a reçu le Prix Femina en 2001 (Rosie Carpe) et le Prix Goncourt en 2009 (Trois femmes puissantes). Elle avait déjà été remarquée par le Booker : son roman Ladivine figurait dans la sélection officielle en 2016, et elle avait également été distinguée dans l’ancienne version du prix en 2013 pour l’ensemble de son œuvre.
Une liste finale tournée vers l’histoire et les tensions du monde
La sélection 2026 réunit six ouvrages traduits depuis cinq langues originales, portés par des auteurs et traducteurs issus de huit nationalités réparties sur quatre continents. Elle se distingue également par une forte présence féminine : cinq autrices et quatre traductrices.
Les livres explorent des moments clés de l’histoire contemporaine, de Taïwan sous occupation japonaise dans les années 1930 à l’Allemagne nazie, en passant par la révolution iranienne de 1979. Le jury, présidé par la romancière Natasha Brown, souligne des récits qui « résonnent avec l’histoire » tout en portant « espoir, lucidité et humanité ».
La liste finale comprend :
The Witch de Marie NDiaye (français), traduit par Jordan Stump
The Director de Daniel Kehlmann (allemand), traduit par Ross Benjamin
The Nights Are Quiet in Tehran de Shida Bazyar (allemand), traduit par Ruth Martin
She Who Remains de Rene Karabash (bulgare), traduit par Izidora Angel
On Earth As It Is Beneath de Ana Paula Maia (portugais), traduit par Padma Viswanathan
Taiwan Travelogue de Yáng Shuāng-zǐ (mandarin), traduit par Lin King

La sélection mêle figures établies et nouvelles voix. Daniel Kehlmann, déjà finaliste en 2020, côtoie des primo-romanciers comme Shida Bazyar et Rene Karabash. Cette dernière a écrit son roman en seulement deux mois, avant qu’il ne soit traduit dans une douzaine de langues.
Plusieurs auteurs ont été distingués par des prix majeurs dans leur pays, à l’image d’Ana Paula Maia au Brésil ou de Yáng Shuāng-zǐ à Taïwan. Cette dernière pourrait devenir la première représentante de Taïwan à remporter le prix.
Les traducteurs occupent une place centrale dans cette reconnaissance. Le prix, doté de 50.000 £, est partagé à parts égales entre l’auteur et le traducteur. Chaque finaliste reçoit par ailleurs 5000 £, également répartis.
Créé pour distinguer la fiction traduite publiée au Royaume-Uni ou en Irlande, l’International Booker Prize s’est imposé en une décennie comme une référence mondiale.
Depuis 2016, plusieurs auteurs primés ont ensuite obtenu le prix Nobel de littérature, dont Olga Tokarczuk, Annie Ernaux, Jon Fosse et Han Kang. Cette édition anniversaire s’inscrit dans une dynamique d’ouverture : 128 ouvrages ont été soumis cette année par les éditeurs, confirmant l’ampleur et la diversité du champ de la traduction littéraire.
La sélection des six ouvrages a été arrêtée par le jury de l’édition 2026, placé sous la présidence de l’autrice Natasha Brown. À ses côtés siègent l’écrivain, animateur et professeur de mathématiques et de vulgarisation scientifique à l’université d’Oxford Marcus du Sautoy, la traductrice Sophie Hughes, déjà finaliste du International Booker Prize, l’écrivain, éditeur de la revue Lolwe et libraire Troy Onyango, ainsi que la romancière et chroniqueuse Nilanjana S. Roy.
L’édition précédente du prix, en 2025, avait distingué le recueil de nouvelles Heart Lamp de l’autrice indienne Banu Mushtaq, traduit du kannada par Deepa Bhasthi.
Crédits photo : Marie NDiaye (F. Mantovani, Gallimard)
Par Hocine Bouhadjera
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