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La grande femme de lettres Madeleine Gagnon est décédée à l’âge de 87 ans. La poète, critique, essayiste et romancière originaire d’Amqui, dans la Matapédia, laisse derrière elle une œuvre prolifique, marquée notamment par son engagement féministe et politique.
Nous voulons abolir la servitude là où elle prend racine : dans les corps soumis des femelles. Nous voulons que les secrets de nos mères étalés, et les nôtres, servent d’armes invincibles dans tous combats
, écrit Madeleine Gagnon, en 1977.
Nous avons la nôtre, notre parole, à inventer, à mesure que l’éveil de notre sexe se poursuit […] nous ne sommes pas pressées, l’histoire nous a forgées patientes et de plus, nous n’avons rien à perdre.
Née le 27 juillet 1938, Madeleine Gagnon vient d’une famille de 10 enfants. Sa mère, institutrice avant de se marier, était d’origine modeste et son père travaillait comme comptable au moulin de bois de sciage familial.
Dès sa jeunesse, Madeleine Gagnon exprime son désir d’écrire. Elle parle avec enchantement de son enfance entourée d’une nature rayonnante, au sein d’une vaste famille qui œuvre dans la forêt et sur la terre, gens droits et fiers, mais sur l’esprit desquels règne encore indûment tout ce qui porte soutane
, résument les Éditions du Boréal, qui ont publié en 2013 son récit autobiographique, Depuis toujours.
Après des études classiques chez les Ursulines, puis dans un collège à Moncton où elle obtient son baccalauréat en 1959, elle termine sa maîtrise en philosophie en 1961 à l’Université de Montréal. Elle poursuit des études doctorales en lettres à l’Université d’Aix-en-Provence jusqu’en 1968.
Un père féministe
Madeleine Gagnon a souvent raconté que son père était un féministe avant l’heure
et l’avait fortement encouragée à poursuivre des études universitaires.
Il disait : « Les hommes ont été jaloux de vos capacités, et vous, vous appartenez à la génération qui va remettre sur pied ce que les hommes ont enlevé aux femmes. » C’est arrivé. Un jour, je lui ai dit : « Tu sais, ta théorie, elle existe, je suis active dedans, ça s’appelle le féminisme »
, relate l’écrivaine dans la revue Voix et images, en 2022.
À l’aube de la trentaine, Madeleine Gagnon publie un premier recueil, Les morts-vivants, aux Éditions Hurtubise. Elle obtient dans les mêmes années un poste de professeure à l’Université du Québec à Montréal.
À la fin de l’année scolaire 1982, elle décide de se consacrer entièrement à l’écriture. Un risque et un sacrifice financier qui lui auront donné du temps et de la liberté, à ses dires, alors qu’elle avait la garde de ses deux fils.
L’enseignement revient toutefois à l’occasion dans son parcours, notamment à l’Université du Québec à Rimouski, comme professeure invitée, entre 1990 et 1994.
Membre de l’Académie des lettres du Québec depuis 1987, Madeleine Gagnon est maintes fois récompensée durant sa carrière. En 1991, elle obtient notamment le Prix du Gouverneur général du Canada, catégorie poésie, pour Chant pour un Québec lointain.
L’ensemble de son œuvre est primé en 1990 avec le prix Arthur-Buies du Salon du livre de Rimouski et le prix Athanase-David en 2002.
Elle devient membre de l’Ordre du Canada, l’une des plus prestigieuses distinctions honorifiques civiles du Canada, en 2013. Elle est ensuite décorée de l’Ordre national du Québec en 2015.











