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Ce qui se cache derrière Sans refuge

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Un extrait de Sans refuge

Une trentaine de minutes séparent la boulangerie de l’université, où s’est tenu cet après-midi un vote de grève dans les associations d’arts et de sciences humaines, vote que tu as manqué pour récurer des plaques graisseuses dans la cuisine fleurant le clafoutis. Tu ne sais plus si tu aurais eu l’énergie de t’entasser avec les autres pour assister à la succession des amendements, sous-amendements, considérants, motions, points d’ordre, alternés de soupirs et de colère contenue. Pourtant, tu aimes peser chacun des arguments, étudier les visages alertes de ceux qui se présentent aux micros, leurs vestes trouées aux manches, leurs foulards dénoués autour du cou. Tu as souvent voulu, toi aussi, revendiquer la parole, tes phrases toutes prêtes au bord des lèvres, te lever pour attendre ton tour derrière la file des discoureuses, mais la seule idée de t’exposer aux jugements te paralysait ; tu t’étais habituée à observer sans rien dire et ta voix, livrée au tribunal, n’aurait pas pu porter sans se rompre.

À présent, tu marches sous un ciel voilé dont la blancheur t’aveugle. Tu penses à la couleur qui t’a quittée, au mystère des objets, que tu ne sais plus lire. Ton professeur avait raison. Il déambulait entre vos sculptures, prophète départageant le génie de la médiocrité, instituant celles qui lui plairaient assez pour le suivre dans les nuées du deuxième art, être présentées aux commissaires influents, jouissant du privilège de sa recommandation, et toi aussi, quand tu l’écoutais définir la matière, le

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