Tout lire sur: L'actualité culture
Source du texte: Lecture
Un extrait de Le fruit de la puanteur
Elle a posé ses deux mains à plat sur le dessus de la coiffeuse et a inhalé l’odeur. Le durian, comme elle n’en avait plus goûté depuis qu’elle était enfant et que sa grand-mère en avait fait passer un, clandestinement, depuis Hong Kong, à l’époque où les Six Grands n’avaient pas le pouvoir absolu et où notre famille n’avait pas encore eu la chance de s’installer à Serendipity.
[…]
Qui sait quel être humain a été le premier à rêver mon secret? C’est maintenant devenu un rituel funéraire. Quand quelqu’un meurt, on met une pierre dans sa bouche – du jade, une perle, quelque chose de frais et précieux qui sera déposé dans la cavité d’où provient la parole. Le vide et sombre lieu d’enracinement de la langue. Une perle, une graine, comme il est petit l’espace nécessaire pour enregistrer tout ce qu’il est essentiel de connaître sur la vie.
J’étais assise dans mon affreuse petite cage de verre, me languissant douloureusement de la mer plantureuse qui paressait de l’autre côté de la paroi. Je tenais la perle dans ma bouche, lisse et ronde, plus dure que la plus dure des pierres précieuses.
Je ruminais. Je promenais la perle dans ma bouche comme si cela avait été un noyau de pêche auquel une idée pouvait s’accrocher comme un dernier morceau de fruit bien juteux. J’ai ruminé et manigancé, essayant de chasser de mon esprit la solution évidente. Je pourrais sûrement m’y prendre





