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Psychiatre de formation et ancien médecin militaire pendant la guerre coloniale en Angola, Lobo Antunes aura profondément marqué la littérature contemporaine par un style exigeant, introspectif et polyphonique, explorant la mémoire, la violence de l’histoire et les fractures intimes de la société portugaise.
Une enfance lisboète
Il naît le 1er septembre 1942 à Lisbonne, dans une famille bourgeoise influente. Son père, João Alfredo de Figueiredo Lobo Antunes, est un neurologue reconnu et collaborateur du Prix Nobel de médecine Egas Moniz. Très tôt attiré par l’écriture, il suit d’abord les traces familiales et entreprend des études de médecine à l’université de Lisbonne, avant de se spécialiser en psychiatrie.
La médecine restera longtemps au cœur de sa vie professionnelle : il exerce notamment au sein du service de psychiatrie de l’hôpital Miguel Bombarda à Lisbonne.
Comme de nombreux jeunes Portugais de sa génération, António Lobo Antunes est mobilisé au début des années 1970 pour servir dans l’armée durant la guerre coloniale. Entre 1971 et 1973, il est envoyé en Angola comme médecin militaire. Cette expérience marquera profondément son œuvre. Les traumatismes de la guerre, la violence coloniale et la désillusion d’une génération deviennent des thèmes majeurs de ses premiers romans.
De retour au Portugal en 1973, il poursuit un temps sa carrière médicale tout en se consacrant de plus en plus à l’écriture.
Des débuts littéraires marquants
Lobo Antunes publie son premier roman, Mémoire d’éléphant, en 1979. Inspiré de sa propre séparation conjugale et de son retour d’Afrique, le livre attire immédiatement l’attention de la critique. La même année paraît Le Cul de Judas, récit de la guerre d’Angola, qui contribue à le faire connaître à l’international. Ces deux romans, suivis de Connaissance de l’enfer (1980), forment une trilogie souvent considérée comme le socle de son œuvre.
Au fil des années, l’écrivain développe un style singulier, caractérisé par des monologues intérieurs, des récits fragmentés et une langue dense, parfois comparée à celle de William Faulkner. Au cours de sa carrière, l’écrivain publie plus de trente romans, auxquels s’ajoutent des recueils de chroniques et de poésie.
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Parmi ses romans les plus marquants figurent Fado Alexandrino (1983), Le Retour des caravelles (1988), Le Manuel des inquisiteurs (1996), La Splendeur du Portugal (1997), Que ferai-je quand tout brûle ? (2001) et Je ne t’ai pas vu hier dans Babylone (2006). Son œuvre, traduite dans plus d’une trentaine de langues, est largement diffusée à l’étranger et notamment en France, où elle est publiée chez Christian Bourgois et Métailié.
Un de ses derniers livres, Dictionnaire du langage des fleurs, est à paraître dans la traduction de Dominique Nédellec en novembre 2026, chez Christian Bourgois.
Un écrivain souvent cité pour le Nobel
Tout au long de sa carrière, António Lobo Antunes reçoit de nombreuses distinctions. Parmi les plus prestigieuses figurent le Prix d’État autrichien pour la littérature européenne (2000), le Prix Jérusalem (2005) et surtout le Prix Camões en 2007, la plus haute récompense littéraire du monde lusophone.
Malgré cette reconnaissance internationale, il n’obtiendra jamais le Prix Nobel de littérature, même si son nom a été régulièrement évoqué parmi les favoris. Sa carrière littéraire s’inscrit dans l’ombre et le dialogue constant avec une autre grande figure portugaise : José Saramago, lauréat du Nobel en 1998.
Pour beaucoup, rappelle El Pais, il aura été l’un des écrivains ayant le mieux sondé les blessures historiques et psychologiques du Portugal contemporain.
Crédits photo : António Lobo Antunes au Salon du livre de Paris, en 2010 (Georges Seguin, CC BY-SA 3.0)
Par Hocine Bouhadjera
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