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Deux ans après L’iris blanc, les irréductibles Astérix et Obélix sont de retour dans le 41e album de la série Astérix et Obélix en Lusitanie, une ancienne province romaine située dans le Portugal actuel. Au pays de la morue, les deux Gaulois et leur chien Idéfix devront faire face à de nouveaux ennemis : Pirespès et Nouvelopus.
Il s’agit du deuxième album scénarisé par l’auteur français Fabcaro, qui a remplacé Jean-Yves Ferri en 2022 aux côtés du dessinateur Didier Conrad, choisi en 2013 par Uderzo pour lui succéder.
En 66 ans, Astérix et Obélix ont beaucoup voyagé, visitant une quinzaine de pays dont la Germanie, l’Égypte, la Bretagne, l’Helvétie, l’Italie et la Grèce, mais c’est la première fois qu’ils mettent les pieds au Portugal.
Après un album de village [L’iris blanc], je voulais faire un album de voyage. J’aime bien l’idée de respecter l’alternance, explique Fabcaro. Et je me suis aperçu qu’ils n’étaient jamais allés au Portugal, alors que c’est juste à côté [de la Gaule] et que c’est très facile d’y aller par bateau.
Les créateurs originaux de la série de bandes dessinées, René Goscinny et Albert Uderzo, avaient déjà mis en scène un personnage lusitanien dans Le domaine des dieux, paru en 1971, mais il était alors anonyme. Dans ce nouvel album, il réappparaît sous le nom de Boulequies.
C’est lui qui fait démarrer l’histoire parce que, vu qu’il avait été libéré de l’esclavage par Astérix et le village à l’époque du Domaine des dieux, il sait qu’il peut compter sur eux, donc il vient leur demander de l’aide
, résume Fabcaro.
L’auteur Fabcaro (à gauche) et le dessinateur Didier Conrad lors de la présentation du nouvel album d’Astérix et Obélix à l’ambassade du Portugal à Paris, le 13 octobre.
Photo : Getty Images / AFP / IAN LANGSDON
Morue, fado et saudade
Lorsqu’ils imaginent un album de voyage, les artisans d’Astérix et Obélix s’efforcent chaque fois de dégager une caractéristique propre aux peuples qui y sont représentés.
Pour les Ibères en Espagne, c’était la fierté, le côté extraverti. Chez les Helvètes, c’était plus l’exactitude. Il fallait trouver la caractéristique du peuple lusitanien : la saudade m’est apparue évidente
, explique Fabcaro.
La saudade, un mot portugais qui n’a pas d’équivalent en français, désigne un sentiment complexe où se mêlent mélancolie, nostalgie et espoir. Il traduit à la fois la douleur de l’absence et le plaisir du souvenir.
À son grand désarroi, Obélix devra troquer le sanglier contre la morue, ou bacalhau, une spécialité locale qui se décline à toutes les sauces au Portugal. Peut-être pourra-t-il se consoler sur quelques airs de fado, la musique traditionnelle du pays.
Un méchant qui ressemble drôlement à Ricky Gervais
Gracchus Pleindastus dans La serpe d’or, Prolix dans Le devin, Acidenitrix dans Le grand fossé, Coronavirus dans Astérix et la Transitalique ou encore Vicévertus dans L’iris blanc : les albums d’Astérix et Obélix sont reconnus pour mettre en scène des vilains mémorables.
Au cours de leur voyage en Lusitanie, Astérix, Obélix et Idéfix croiseront le chemin de deux nouveaux méchants
: le centurion Nouvelopus et son complice Pirespès.
Le [centurion] est un méchant assez classique dans les Astérix; c’est le Romain puissant et ambitieux. L’autre méchant est un Lusitanien et lui, c’est un traître. Didier l’a d’ailleurs très bien rendu au dessin, son côté traître et fourbe
, explique Fabcaro.
Physiquement, Nouvelopus emprunte plusieurs traits à l’humoriste et acteur britannique Ricky Gervais, créateur entre autres de la version originale de The Office.
Ça, c’était une demande de l’éditeur, qui aimait beaucoup Ricky Gervais. Comme on aimait bien aussi, on s’est dit pourquoi pas, mais il n’y a pas vraiment de justification d’avoir mis ça dans un album sur la Lusitanie
, affirme le scénariste.
Se renouveler tout en respectant la tradition
Après sept albums d’Astérix et Obélix, Didier Conrad maîtrise les traits de ses personnages à la perfection, mais il affirme qu’il essaie toujours de se renouveler. Dans tous les dessins, il n’y a rien qui est une copie d’un dessin d’avant. C’est toujours des poses, des attitudes ou des expressions nouvelles
, affirme-t-il.
En même temps, il faut qu’on retrouve tous les éléments qu’on aime. Pour faire ça, le seul moyen que j’ai trouvé, c’est de me rappeler ce que je ressentais quand je lisais Astérix et que j’étais petit. J’essaie d’appliquer ce filtre-là, et si ça passe, c’est bon pour moi.
Aux textes, Fabcaro essaie également de respecter l’esprit des bandes dessinées originales, même si chaque album est un peu le reflet de l’époque à laquelle il paraît. Chaque Astérix suit son époque. Avec L’iris blanc, je parlais du développement personnel. Là, ça parle de la mondialisation, ce genre de chose. Ce qui fait qu’on le modernise, c’est le côté sociétal
, résume le scénariste.
Mais mon obsession, vraiment, c’est de me rapprocher le plus possible de l’esprit de Goscinny. En gros, il faut qu’il y ait de l’humour et de l’aventure.
Avec les informations de Claudia Hébert










