Tout lire sur: L'actualité culture
Source du texte: Lecture
Un extrait de Armer la rage : Pour une littérature de combat
J’ai longtemps cru qu’écrire permettait de retourner dans l’entre-deux des violences. Seul lieu infantile à peu près sécuritaire. Une cachette inédite où le père ne me trouverait pas. Il me semblait que je devais retrouver les moments sans coups. Instants d’échappée à partir desquels renverser, depuis l’intérieur, son pouvoir d’assujettissement (j’aime croire qu’il s’agit d’espaces à ciel ouvert où l’imaginaire peut s’emporter, s’emballer. J’aime croire que l’imaginaire naît depuis ces lieux. Qu’il s’y invente d’autres horizons, de nouvelles nuits, ne s’épuise pas). J’ai trouvé l’esthétique du livre que j’écrivais dans les trouées de la rage de mon père. Dans les faux répits. Il s’agissait, à rebours, de me défendre contre lui. De puiser, dans les périodes plus ou moins longues de « tranquillité », l’énergie du coup de poing. Les phrases seraient courtes et concises. Parfois, elliptiques. Les images et les métaphores réduites au minimum. Les actions et les gestes seraient mis au premier plan. Il y aurait une économie de mots. Une présence exagérée de points, même là où il n’est pas syntaxiquement correct de les mettre. Et j’allais marteler certaines phrases. Je voulais une écriture qui reprendrait la violence du père à son propre compte, qui la lui arracherait des poings.
Même si Je est la somme de ses traumas, il n’en demeure pas moins que, dans l’écriture, c’est Je qui donne les coups.
C’est donc au cœur de la forme qu’apparaît la première évidence de l’écriture du trauma :





