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Cinq essais étrangers pour élargir ses perspectives

Source : Le Devoir

Au faîte d’une carrière promise à de nouveaux sommets, Gabriella Papadakis fait le choix inattendu d’arrêter net sa carrière. En mars 2022, auréolée du titre olympique et couronnée championne du monde pour la cinquième fois, la patineuse française se retire alors même que les Jeux de 2026 se dessinent à l’horizon. Ce récit revient sur ce geste inattendu et aborde le coût de la performance lorsque celle-ci met en péril l’intégrité de l’individu. Papadakis y dévoile le poids de l’excellence, la place du corps dans l’arène du sport de haut niveau et les normes tacites qui régissent le patinage artistique. Elle revient également sur son retour médiatisé quelques mois plus tard, lorsqu’elle réapparaît sur la glace aux côtés d’une femme, geste symbolique qui ébranle les conventions de la discipline. Tour à tour confession personnelle et méditation critique, l’ouvrage se présente comme un essai sur le choix, la visibilité et la possibilité de sortir des cadres imposés, fût-ce au zénith de la gloire.

Robert Laffont, 6 février

Le livre s’inscrit dans le sillage de l’un des procès les plus retentissants de l’histoire judiciaire récente. Le 2 septembre 2024, à l’ouverture du procès sur les viols de Mazan, la France et le monde découvrent le visage de Gisèle Pelicot, qui fait le choix de rendre les audiences publiques afin que, selon ses propres mots, « la honte change de camp ». Devenue figure emblématique de la lutte contre les violences faites aux femmes, elle décide, à l’issue du procès, de rompre le silence pour la première fois. Coécrit avec la journaliste et romancière Judith Perrignon, Et la joie de vivre retrace un parcours marqué par des violences d’une extrême gravité, notamment des années de soumission chimique et de viols perpétrés par son mari et une cinquantaine d’autres hommes. Le récit se veut une tentative de mise en mots de l’indicible, tournée vers celles et ceux qui sont aux prises avec des épreuves similaires, alors que les violences sexuelles et les réponses judiciaires qu’elles suscitent occupent dorénavant une place centrale dans le débat public.

Édito, 17 février

Le monde d’aujourd’hui se lit de plus en plus comme une suite de face-à-face. Derrière les conflits armés, les guerres commerciales et les batailles informationnelles s’affrontent des conceptions rivales du pouvoir, de la vérité et de l’avenir. C’est cette grille de lecture qu’adopte Thomas Gomart dans son ouvrage où il croise géopolitique, géoéconomie et idéologie pour analyser six duels emblématiques des nouveaux rapports de force. De la guerre en Ukraine opposant Vladimir Poutine à Volodymyr Zelensky, aux rivalités moyen-orientales entre Benjamin Nétanyahou et Ali Khamenei, de l’Asie de Xi Jinping et Narendra Modi aux tensions commerciales entre Donald Trump et Ursula von der Leyen, l’essai examine aussi la bataille des récits — du GIEC à Fox News — et les visions concurrentes de l’avenir, du Vatican aux géants de la Silicon Valley. Sans désigner de vainqueur, l’historien et directeur de l’Institut français des relations internationales examine les mécanismes du pouvoir et la capacité de l’Europe à répondre à la gravité du moment.

Tallandier, 4 mars

Et si l’avenir se pensait contre la démocratie ? Depuis une quinzaine d’années, une contreculture intellectuelle née sur Internet élabore, à l’écart du débat public, une critique radicale des principes démocratiques. Arnaud Miranda retrace l’émergence, aux États-Unis dans les années 2010 et 2020, de ce courant idéologique cohérent, quoique longtemps marginal, connu sous le nom de néoréaction ou de « Lumières sombres ». Animé par des figures majeures comme Curtis Yarvin et Nick Land, le mouvement mêle références anciennes et imaginaire hypermoderne : rejet de la démocratie, promotion de formes autoritaires du pouvoir, naturalisation des inégalités et fascination pour une gouvernance inspirée du monde de l’entreprise. D’abord cantonnées à la marge, ces idées ont trouvé des relais dans certains milieux technologiques et financiers de la Silicon Valley. En les inscrivant dans l’histoire longue des idéologies réactionnaires tout en analysant leurs formes numériques, l’auteur en éclaire la portée politique et les menaces qu’elles font peser sur les démocraties contemporaines.

Gallimard, 4 mars

Sur la couverture, des silhouettes semblent choir du ciel, comme si l’histoire elle-même vacillait. À distance, la scène paraît ancienne ; de près, elle se révèle moderne et renvoie à notre condition de survivants. C’est depuis ce trouble du regard que Peste noire de Patrick Boucheron rouvre le dossier de la plus grande catastrophe démographique de l’histoire. Entre 1347 et 1352, la peste noire emporte plus de la moitié de la population européenne, laissant des traces durables dans les corps, les paysages, les textes et les imaginaires. Plutôt que

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