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Cinq essais québécois pour se faire une tête

Source : Le Devoir

Quelque chose s’est déplacé dans le paysage politique, presque sans bruit, jusqu’à s’imposer avec une évidence inquiétante. Des mots jadis proscrits circulent désormais sans entrave, les dérives autoritaires se fondent dans l’ordinaire et la démocratie recule par pans entiers. L’essai polyphonique orchestré par l’éditeur et historien David Murray et le sociologue Pierre Mouterde rassemble dix-huit voix puisées dans les sphères intellectuelle, militante, politique et artistique pour penser la menace fasciste qui travaille nos sociétés contemporaines. À la manière d’un film choral, l’ouvrage entrelace analyses, témoignages et pistes stratégiques afin de rompre avec la paralysie qu’engendre la banalisation des discours d’extrême droite. Désinformation, assauts contre l’État de droit, démantèlement des services publics et reculs écologiques composent la trame d’une réflexion qui nous exhorte à reconquérir l’initiative politique. Un essai qui prend acte d’un sentiment d’urgence et qui amène la réflexion sur les conditions d’une action encore possible.

Écosociété, 20 janvier

Le nouvel essai de Daniel D. Jacques s’impose d’ores et déjà comme une synthèse salutaire à l’heure où la démocratie vacille de toutes parts. Alors que s’affirment les régimes autoritaires, que se creusent les fractures idéologiques au sein des démocraties libérales et que s’effrite la confiance des citoyens, l’auteur opte pour la lucidité plutôt que pour l’alarmisme. En sept leçons concises adressées au grand public, il retrace la genèse de l’idée démocratique depuis l’Antiquité et en suit les métamorphoses successives jusqu’à ses incarnations contemporaines, souvent paradoxales. Il examine les questions cardinales qui fondent l’expérience démocratique, de l’équitable répartition des biens aux assises de l’autorité publique et aux frontières du territoire. Il se penche aussi sur les réponses forgées par la modernité au sujet des libertés individuelles, des droits, de la souveraineté populaire et de la nation. Réfractaire aux slogans comme aux simplifications hâtives, cet essai nous convie à penser la démocratie comme un édifice vulnérable, parcouru de tensions, mais demeurant ouvert à l’examen critique.

Boréal, 27 janvier

L’écrivain et essayiste Ollivier Dyens propose une réflexion troublante sur le séisme anthropologique que provoque l’intelligence artificielle (IA). À l’écart des discours technophiles comme des prophéties apocalyptiques, l’auteur examine la nature véritable de ce à quoi nous faisons face, non pas un simple instrument, mais l’avènement d’une altérité radicale, d’une intelligence désincarnée capable d’écrire, de penser, de créer et de mimer l’humain sans partager ni son corps, ni sa mémoire, ni sa conscience de la mort. Au carrefour de la philosophie, des neurosciences, des sciences cognitives, de la littérature et de l’esthétique, l’auteur de Là où dorment les crapauds explore cette altérité algorithmique qui trouble les démarcations entre le vivant et la machine, le sujet et l’objet, l’esprit et la matière inerte. Que signifie encore « être humain » lorsque des entités virtuelles composent des poèmes saisissants et raisonnent parfois avec plus de justesse que nous ? En soulevant ces enjeux, l’ouvrage nous convie à penser la révolution intellectuelle et existentielle à l’œuvre dans nos sociétés imprégnées d’IA.

XYZ, 29 janvier

Dans un espace littéraire longtemps réticent à accueillir les récits du vieillissement féminin, ce livre collectif donne voix à des femmes qui se tiennent au seuil, au cœur ou aux confins de la ménopause. Bien davantage qu’un simple phénomène biologique, celle-ci se révèle ici comme une expérience à la fois intime et sociale, indissociable du rapport au corps, au temps et à la condition des femmes dans la cité. Les chapitres sondent ce moment charnière où le corps se métamorphose, où le regard des autres se fait plus impitoyable, mais où l’écriture se mue également en territoire de reconquête et d’affirmation. En rassemblant une constellation d’écrivaines, le recueil fait voler en éclats le tabou qui enveloppe la (péri)ménopause et met en lumière les échos entre les trajectoires singulières et les structures collectives qui les modèlent. Prêter l’oreille à ces femmes narrant leur corps vieillissant, c’est accueillir des existences entières, dans leur épaisseur, leur multiplicité et leur portée politique.

Hamac, 10 février

À l’automne 2024, le journaliste Émilien Bernard s’installe à la frontière entre les États-Unis et le Mexique pour couvrir l’élection présidentielle américaine. Mais très vite, le reportage se dérobe. La tête dans le mur relate cette immersion contrariée, où l’enquête se mue en expérience de désorientation face à un pays retranché derrière ses peurs et ses murs. De San Diego à Ciudad Juárez, l’auteur rencontre exilés traqués, militants opposés aux politiques migratoires et habitants pris dans l’étau d’un dispositif sécuritaire omniprésent. Peu à peu, la chaleur, l’alcool, l’épuisement mental, la violence diffuse, les complotistes, les trumpistes, la police des frontières et surtout le mur —

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