Paru en premier sur (source): journal La Presse
Paru aux Éditions La Peuplade au début du mois, le plus récent recueil de François Turcot émeut et bouleverse par son attention minutieuse aux détails, ces petites choses que le regard effleure habituellement sans s’attarder.
Mis à jour à 7h00
Tout au long de ce qui se déploie comme un pèlerinage – au courant duquel on reconnaît Villeray comme Barcelone –, le poète saisit l’éphémère. Chaque texte est un instant suspendu, où l’infiniment petit devient immense, où l’intime dialogue avec l’universel. La sensibilité de Turcot se traduit par une langue sobre, mais vibrante, où chaque mot semble pesé, chaque silence, essentiel. Ce recueil est une invitation à la contemplation. Les paysages intérieurs se dessinent en creux, dans une économie de mots qui laisse toute la place à l’émotion brute.
« Pluie douce / en aval/ d’un héron – / je m’endors cambré / dans sa ruse / grise / échasse d’un rêve / où clapote / la pluie » Le plus frappant dans ce recueil est peut-être sa capacité à créer une résonance profonde malgré sa simplicité. La nature y est omniprésente, non pas comme toile de fond, mais comme un acteur à part entière, dont les éléments semblent en relation avec les sentiments et les pensées du poète. Turcot maîtrise l’art de l’évocation, réussissant à rendre palpable l’invisible et à exprimer l’inexprimable.
On apprend dans les remerciements qui ponctuent cette œuvre qu’une maladie, un « diagnostic vertigineux », a poussé l’auteur à « sublimer le dehors ». Des jardins sauvages et fertiles aux branches cassées, en passant par les battements d’ailes et les chants des oiseaux, tout ce qu’il observe s’accorde comme pour composer une chorale de murmures.
Les poèmes, souvent brefs, sont comme des instantanés de vie, des fragments arrachés au flux continu du quotidien. Pourtant, ils possèdent une densité telle qu’ils semblent contenir des vies entières dans leur concision. La lecture de ce recueil exige une attention semblable à celle qu’il propose d’adopter dans la vie : ralentir, observer, laisser les choses infimes dévoiler leur beauté cachée.
Le plus récent recueil de François Turcot s’affirme comme une œuvre introspective et délicate. Il n’est pas seulement un hommage aux détails, mais une véritable leçon de regard, un apprentissage de la patience et de la sensibilité.
En librairie
Les pas fantômes
La Peuplade
95 pages






