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Dans la poche – Numéro 146

À chaque édition de la revue Les libraires, nous vous proposons une sélection de livres qui se glissent facilement dans votre poche. Petit prix et petit format, certes, mais de grandes découvertes et de belles plumes!

Harlem Shuffle
Colson Whitehead (trad. Charles Recoursé), Le Livre de Poche, 446 p., 16,95$
New York, 1960. Ambitieux, Ray Carney cherche à échapper au passé criminel de sa famille pour concentrer ses efforts sur son magasin de meubles. Mais alors que l’argent se fait rare et que son rêve de déménager dans les quartiers huppés de la ville pour gagner le respect de sa belle-famille et de la société semble de plus en plus inaccessible, il n’hésite pas à renouer avec quelques pratiques douteuses pour joindre les deux bouts. Filou par nécessité, Ray n’a pourtant rien d’un voyou… enfin, c’est ce qu’il aime se faire croire, même si son cousin Freddie excelle dans l’art de l’entraîner dans des magouilles peu recommandables qui virent trop souvent à la catastrophe. Colson Whitehead joue ici avec les codes du roman noir, nous offrant une intrigue à la croisée du drame familial, du roman historique et de la critique sociale, où le quartier de Harlem s’impose comme un personnage à part entière, révélant son rôle central dans les luttes égalitaires des années 1950 et 1960.

Trust
Hernan Diaz (trad. Nicolas Richard), Points, 452 p., 18,95$
Récompensé du prix Pulitzer en 2023, ce roman brillant à la structure complexe déboulonne le mythe du rêve américain. Après le krach boursier et alors que sévit la Grande Dépression aux États-Unis, un magnat de la finance se tire mieux d’affaire que les autres : sa fortune a été épargnée. Il est aussi le mari d’une femme issue de la haute société. Ce couple privilégié en apparence parfait sème l’envie autour de lui. Mais il faut se méfier des histoires idylliques, du pouvoir et de l’argent : cela dissimule souvent des secrets qui risquent de ressurgir.

Le passeur de livres
Carsten Henn (trad. Sabine Wyckaert-Fetick), Pocket, 238 p., 14,95$
Malgré ses 70 ans bien sonnés, Carl Kolling, libraire de conviction, effectue chaque soir sa tournée de livraisons de bouquins pour ceux et celles qui ne peuvent ou ne veulent pas se rendre en librairie. Chaque livre, sélectionné par ses soins telle une lettre d’amour à ces âmes solitaires qu’ils considèrent comme des amis, est le prétexte de quelques mots échangés; brefs, mais indispensables. Plus qu’un simple service rendu, il s’agit d’un acte de solidarité, un geste d’attention envers ceux qui se trouvent, parfois malgré eux, en marge de la société. Lorsqu’un coup du sort s’abat sur lui, Carl, qui ne répond plus au besoin de rentabilité de la librairie, rencontre Schascha, 9 ans, une petite fille espiègle et effrontée qui lui permettra de s’ouvrir véritablement au monde. Ce roman est à la fois un hymne à l’amitié essentielle et aux pouvoirs des livres, dont la douceur des mots reste trop souvent le dernier rempart contre la dureté du monde.

Les abysses
Biz, Nomades, 168 p., 12,95$
Toute histoire a un début et une fin. Pour Catherine, la sienne commence dans l’éclat d’un amour inconditionnel, celui qu’une petite fille porte à son père, Michel, son unique parent. Mais la fin, elle, ne s’éclairera que faiblement, par un mince rayon de soleil grisâtre, s’infiltrant entre les barreaux de la cellule de Michel Métivier, cet homme désormais tristement célèbre sous le nom du « boucher de Baie-Comeau ». Cette cellule, où il est enfermé dans la prison à sécurité maximale de Port-Cartier, sera la limite de son horizon pour les dix prochaines années. Entre-temps, Catherine perd pied dans les profondeurs de sa peine et de ses remords. Malgré tout, elle lutte pour respirer, pour survivre, par pur instinct. Mais pour quoi faire? Lorsque l’on connaît déjà la fin de l’histoire, peut-on encore chercher un sens à ce qui reste? Plonger dans ce roman de Biz, c’est nous aventurer dans les profondeurs de l’âme humaine, là où se cachent ces brèches prêtes à nous engloutir, sans retour.

Le choix
Viola Ardone (trad. Laura Brignon), Le Livre de Poche, 376 p., 15,95$
Naître fille, c’est une malchance, vous dirait Oliva, 15 ans, qui vit prisonnière des traditions étouffantes de son petit village du sud de l’Italie. Ne jamais marcher seule dans les rues, ne jamais porter de jupes courtes, ne jamais croiser le regard des hommes : voilà le quotidien qui lui est imposé, elle qui rêve d’une liberté inatteignable. Lorsque Pino Paternò, le jeune fils du pâtissier, commence à s’intéresser à elle, les mauvaises langues du village s’enflamment et, bientôt, la situation s’envenime jusqu’à l’insoutenable. Sous le choc, Oliva se souvient des paroles de sa mère : « Une fille, c’est comme une carafe : qui la casse, la ramasse. » Mais, face à l’impensable choix d’épouser l’homme qui l’a agressée, Oliva choisit de dire non. Elle brise la tradition, pour elle-même et pour toutes ces femmes que la société a réduites à des proies, des objets à soumettre par la force. Le choix est un roman coup-de-poing qui interroge la notion de consentement et nous confronte au long chemin qu’il reste encore à parcourir avant que les femmes deviennent pleinement maîtresses de leur destin.

On a tout l’automne
Juliana Léveillé-Trudel, Folio, 234 p., 17,95$
Deux ans après les événements de Nirliit, notre narratrice retourne affronter la dureté de la toundra, déterminée à retrouver les enfants qu’elle porte désormais dans son cœur. Bien qu’elle se sente mieux armée qu’à sa première visite, ayant suivi quelques cours d’inuktitut, le choc demeure brutal lorsqu’elle se voit confronter à des adolescents dont les yeux ont perdu la naïveté de l’enfance. Comment renouer avec eux, sans leur imposer ses propres idées, et leur offrir l’espace nécessaire pour qu’ils racontent leur histoire, sans jugement? À travers la poésie et la création, elle leur fournira ce refuge, cet espace inviolable et salutaire, où leurs voix pourront se libérer. Ce sera l’occasion pour eux de mettre en mots la complexité de leur quotidien, leurs angoisses, mais aussi leur espoir inébranlable en un avenir qu’ils se sentent capables de façonner. Pour elle, ce sera le moment de prendre un pas de recul nécessaire pour se laisser imprégner par cet espoir si précieux qu’il mérite d’être attisé pour qu’il puisse un jour éclairer le monde de sa lumière inaltérable.

Londres
Louis-Ferdinand Céline, Folio, 596 p., 19,95$
Presque quatre-vingt-dix ans après son écriture et sa perte dans les sombres circonstances de la Deuxième Guerre mondiale, ce texte de Louis-Ferdinand Céline sort de l’oubli pour nous redonner cette langue argotique si particulière qui a fait son succès passé. Suite directe du roman Guerre, ce récit emmène son narrateur de l’autre côté de la Manche. Comme toujours avec Céline, ce n’est pas aux lumières de Piccadilly Circus ni aux ombres des façades victoriennes que Londres nous est dévoilée, mais en empruntant le chemin de brumeuses ruelles quelconques peuplées de gens quelconques. Au menu : proxénètes au verbe haut et aux étoffes vives, gueules cassées errant dans les rues, prostituées jalouses, indicateur de police, danseuses idolâtrées et combats de boxe entre dockers. Tous vivent intensément l’instant présent dans la hantise de se faire envoyer sur le front ou dans les tranchées. Bienvenue dans les bas-fonds anglais. God save the King. Francis Archambault / Le Fureteur (Saint-Lambert)

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