À chaque édition de la revue Les libraires, nous vous proposons une sélection de livres qui se glissent facilement dans votre poche. Petit prix et petit format, certes, mais de grandes découvertes et de belles plumes!
La vie intérieure
Christophe André, Proche, 196 p., 15,95$
En ces temps d’incertitude économique, il est important de pouvoir se ressourcer, « de se reconnecter à soi et aux autres ». De trouver un équilibre entre notre vie extérieure, qui est constamment bombardée d’irritants que diffusent entre autres les médias, conflits, guerres, etc., et notre vie intérieure, « la chose la plus précieuse que nous possédons ». Le médecin psychiatre Christophe André nous y convie en quarante courts chapitres, à lire un par jour, dont voici quelques thèmes : l’introspection, la lecture, la marche, le plaisir, la fraternité, la volonté, les ruminations, la honte, la compassion, etc. Tiré d’une émission phare de France Culture et ponctué de citations d’écrivains connus et moins connus, ce livre nourrira votre vie intérieure et deviendra votre meilleur allié. Michèle Roy / Le Fureteur (Saint-Lambert)
Une fin heureuse
Maren Uthaug (trad. François Heide et Marina Heide), Gallmeister, 432 p., 21,95$
D’une île isolée du Pacifique jusqu’au cœur de la capitale danoise, Une fin heureuse nous raconte l’histoire d’une famille qui, sur sept générations, bâtit sa fortune et sa réputation grâce au commerce de la mort. Nicolas, dernier croque-mort de la famille Christiansen, vit à Copenhague et porte dans son âme le poids d’un passé familial sinistre dont il fera le récit tout au long du roman. Un aïeul naufragé devenu infanticide par la force des choses, un arrière-grand-père qui voit les fantômes et vit une histoire d’amour impossible, des enfants incestueux et assassins, tel est le tableau qui nous est peint dans ce troisième roman de Maren Uthaug. Une saga familiale sombre, envoûtante et particulièrement provocante. Flore Berthelot / Le Fureteur (Saint-Lambert)
La vie heureuse
David Foenkinos, Folio, 208 p., 16,95$
La vie est un long fleuve stagnant pour Éric qui, fraîchement divorcé, est marié à sa routine qui étouffe ses aspirations. Tout change quand Amélie, une ancienne camarade d’école, réapparaît avec une offre qui pourrait relancer sa carrière. Déterminé, Éric s’investit corps et âme, convaincu que l’ascension sociale lui apportera enfin le bonheur tant espéré. Pourtant, à peine arrivé à Séoul pour rencontrer de nouveaux clients, un mal étrange le terrasse : le burn-out. Errant dans la capitale sud-coréenne, il découvre l’institut Happy Life, qui propose à ceux qui le souhaitent de vivre leurs propres funérailles; une expérience à la fois déstabilisante et profondément transformatrice. Avec sa plume sensible et nuancée, Foenkinos explore la frontière subtile entre la vie et la mort, signant un roman qui rappelle l’essentiel : il faut savoir s’arrêter pour mieux se réinventer. Car à quoi bon lutter si le bonheur nous attend ailleurs?
Le vacarme des possibles
Valérie Chevalier, Hurtubise, 192 p., 13,95$
Mélangeant autofiction, poésie et journal intime, ce carnet empreint de douceur, de réconfort et de vulnérabilité dépeint les tribulations quotidiennes d’une jeune femme en quête d’équilibre et de sérénité. Ce récit par fragments explore les relations amoureuses, autant les fulgurances des amours naissantes et l’importance des liens qu’on tisse que les tourments d’une peine d’amour, des déceptions ou des désillusions. Au gré de ses réflexions sur la solitude, le célibat, les ruptures et le couple, Valérie Chevalier convie aussi les mots des autres, parsemant son livre de citations. Le vacarme des possibles, c’est un portrait lumineux et nostalgique de l’amour qui s’esquisse au gré des hauts et des bas de l’existence.
Monique s’évade
Édouard Louis, Points, 128 p., 11,95$
« Combien de désillusions pour chaque évasion? Combien de vies sacrifiées pour chaque vie sauvée? Car la fuite est un fardeau/Car la fuite est un fardeau/Et beaucoup plus tard/peut-être/elle génère le Beau. » Après avoir raconté dans Combats et métamorphoses d’une femme l’histoire de sa mère, dont sa rupture avec son mari violent, le père d’Édouard Louis, l’écrivain s’intéresse à nouveau au courage de sa mère dans ce livre autobiographique. Cette fois, Monique quitte un autre homme violent et alcoolique avec qui elle partageait sa vie depuis plusieurs années. Comme elle n’a pas les moyens financiers ni matériels pour s’échapper de son sort — la liberté vient toujours avec un prix —, le narrateur organise son évasion, ce qui sera aussi l’occasion de renouer avec elle. Dans la cinquantaine, armée de sa détermination pour s’extirper du piège dans lequel elle s’enlisait, Monique va enfin s’affranchir.
Proies
Andrée A. Michaud, Québec Amérique, 376 p., 19,95$
Pendant que c’est la fête au village, Aby, Jude et Alex se réfugient en forêt, près de la rivière Brûlée, pour un séjour de camping de quelques jours. Mais ce qui devait être une escapade de plaisir vire au cauchemar. Les adolescents pressentent qu’une menace plane. Est-ce le fruit de leur imagination ou quelqu’un les observe? Puis, ils devront se sauver pour échapper à celui qui les traque, les pourchasse, devenant des proies essayant de survivre. Cette sombre course dans les bois sonnera la fin de l’insouciance alors qu’après, plus rien ne sera comme avant. L’atmosphère inquiétante, la tension grandissante et le rythme effréné créent un suspense angoissant mené avec brio par Andrée A. Michaud (Mirror Lake, Lazy Bird, Bondrée, Baignades).
Une belle vie
Virginie Grimaldi, Le Livre de Poche, 376 p., 15,95$
Après avoir passé cinq ans sans se parler, Agathe et Emma, deux sœurs très différentes, se rejoignent à la maison de leurs vacances d’enfance, celle de leur grand-mère récemment décédée, pour un séjour d’une semaine, avant que les nouveaux propriétaires y emménagent. Ce sera l’occasion de rattraper le temps perdu, de revisiter le passé et leurs souvenirs, teintés notamment de blessures, comme la mort de leur père et la violence de leur mère; ces petits et grands moments de l’existence qu’elles ont pu affronter ensemble. Alternant entre le passé et le présent, ce roman émouvant témoigne du temps qui passe, de ce qui fait le sel de la vie, ainsi que de la relation unique entre deux sœurs, empreinte d’amour, du lien indéfectible qui les relie, malgré les hauts et les bas. En librairie le 23 juin
Que notre joie demeure
Kev Lambert, Héliotrope, 384 p., 18,95$
Adulée par ses pairs, encensée par les critiques, l’architecte Céline Wachowski est de ces artistes qui savent sublimer les techniques et les matières pour bâtir des chefs-d’œuvre d’urbanité. Avant de tirer sa révérence, elle souhaite léguer un projet d’envergure à Montréal, sa ville natale : le siège social de la compagnie Webuy. Le premier coup de pelle fait détonner la colère. La société monte aux barricades, elle qui en a assez d’être le pion interchangeable d’une minorité d’ultrariches qui ont pour œillères les privilèges d’un univers sans restrictions. Dans ce roman à l’écriture incisive et lucide, Kev Lambert fait voler en éclats les promesses creuses d’une élite capitaliste déconnectée et dénonce, avec une précision mordante, l’arrogance d’une classe dirigeante trop occupée à se contempler pour voir les fractures qu’elle creuse.




