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Dans la poche – Numéro 151

 

Tout lire sur: Revue Les Libraires

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À chaque édition de la revue Les libraires, nous vous proposons une sélection de livres qui se glissent facilement dans votre poche. Petit prix et petit format, certes, mais de grandes découvertes et de belles plumes!

Dans la poche – Numéro 151Les mythes de la Grande Armée
Thierry Lentz et Jean Lopez (dir.), Perrin, 426 p., 18,95$
Les mordus d’histoire le savent : la collection « Tempus » de Perrin, c’est du solide, du savoureux, des pépites d’or d’érudition. Et Les mythes de la Grande Armée ne déroge pas à la règle; une quinzaine d’experts tamisent les idées reçues, chassent les mythes et légendes de l’épopée napoléonienne, passant au crible une vingtaine de supposées affirmations : Napoléon, le dévoreur de la jeunesse française; il ignorait tout des « choses de la mer »; il était un dieu pour ses grognards; le Blocus continental ne pouvait pas marcher; la descente en Angleterre ne pouvait pas réussir; la guerre napoléonienne préfigure la Première Guerre mondiale; en Russie, il a été vaincu par « le général Hiver »; la campagne de 1814, un chef-d’œuvre?; il pouvait gagner la bataille de Waterloo; et bien d’autres. Contempteurs ou admirateurs du grand empereur vont, tour à tour, applaudir ou sourciller à ce nécessaire exercice de relativisation où le génie de Napoléon en sort quelque peu égratigné sans perdre totalement de sa brillance. Christian Vachon/Pantoute (Québec)

L’allègement des vernis
Paul Saint Bris, Le Livre de Poche, 378 p., 17,95$
Comment peut-on imaginer la restauration de la Joconde, l’œuvre ultime de Léonard de Vinci, chef-d’œuvre de la Renaissance d’une valeur inestimable? Peinte en 1503, cette toile a traversé le temps et a besoin d’être allégée, mais cela s’avère un travail d’une grande précision. Aurélien, directeur du département des Peintures du Louvre, a pour mission de trouver un restaurateur, et ce, sous la pression de sa nouvelle présidente, Daphné. Homéro, homme de ménage de la salle où est suspendue la Joconde, en tombe amoureux jusqu’à l’obsession. L’Italien Gaetano, une sommité dans le domaine de la restauration, fera le travail. Ces personnages vont s’entrecroiser à travers une intrigue des plus captivantes. L’allègement des vernis a été récompensé par plus de vingt prix littéraires. Michèle Roy/Le Fureteur (Saint-Lambert)

Triste tigre
Neige Sinno, Folio, 276 p., 16,95$
Triste tigre est, plus qu’un roman, un témoignage nécessaire. Celui d’une enfant qu’un adulte, son beau-père, a trahie et violée. À l’aube de l’âge adulte, Neige trouve la force de dénoncer, malgré la colère ambiante de ceux qui échouent à voir la violence et qui ravivent l’intensité d’une blessure toujours à vif. Mêlant son vécu à une analyse sociopolitique des violences sexuelles, l’autrice s’interroge avec lucidité sur les failles et les limites de notre regard collectif face à ce genre d’agressions. En découle un ouvrage inclassable, aussi difficile qu’essentiel, qui décortique l’impensable, sans les artifices de la fiction et avec toute la force explosive des mots qui dévoilent, plus que les faits, la violence des actes que l’on tente de faire disparaître entre les mailles du silence.

Les racines secondaires
Vincent Fortier, BQ, 180 p., 13,95$
Après la mort de son père, Philippe part en Alaska sur les traces de son oncle décédé, Maurice, dont il vient de découvrir l’existence, qu’on lui avait cachée. Pendant son périple, Philippe plonge, grâce aux écrits de Maurice, dans la réalité des années 1970, alors qu’à Montréal, les homosexuels se rassemblaient dans les bars, tentant d’être eux-mêmes, de s’aimer librement, malgré les descentes répétées de la police. Ce roman sur la mémoire, la transmission, la solidarité et la famille — autant celle biologique que celle choisie — dépeint deux générations qui se font écho ainsi qu’un pan de l’histoire de la communauté gaie, des épreuves qu’elle a traversées et des luttes qu’elle a menées pour revendiquer l’égalité.

Noli
Béatrix Beck, Boréal, 136 p., 14,95$
Dans les années 1970, Béatrix Beck a passé quelque temps au Québec pour enseigner la littérature. C’est en fréquentant les hautes sphères universitaires de la province qu’elle rencontre la femme de lettres Jeanne Lapointe, hélas quasi oubliée aujourd’hui. Tour à tour énamourée, dédaigneuse puis envieuse, la narratrice s’arrête à toutes les stations de l’agitation intérieure. L’écrivaine franco-belge écrit ici une autobiographie déguisée qui relate la naissance de cette passion indésirable. Il y a quelque chose de stendhalien dans l’évocation de l’autre et dans sa cristallisation. La langue, elle, est moderne et virevoltante. Celle qui a gagné le Goncourt en 1952 avec son Léon Morin, prêtre raconte un Québec en pleine mutation, où la psychanalyse avait la cote auprès de l’intelligentsia et où les amours saphiques se vivaient à la lisière de la honte. Si noli signifie en latin « ne veux pas », on comprendra vite que cette incartade érotique est restée dans le domaine des idées. Alexandra Guimont/Librairie Gallimard (Montréal)

Intermezzo
Sally Rooney (trad. Laetitia Devaux), Folio, 506 p., 18,95$
Après Normal People, Conversations entre amis et Où es-tu, monde admirable, Sally Rooney poursuit son exploration — et ses fines observations — de la complexité des relations humaines. Cette fois, elle sonde le deuil et les liens qui unissent deux frères que tout semble opposer. L’un, joueur d’échecs, s’avère hypersensible et solitaire, tandis que l’autre, avocat et social, additionne les conquêtes. Malgré leurs différences, tous les deux se démènent avec les méandres de l’existence, des amours compliquées, se sentent seuls et errent dans la confusion de leurs sentiments. Alors qu’ils se sont éloignés avec les années, ils renouent à la mort de leur père, mais les tensions et les blessures risquent de ressurgir.

Krummavísur
Ian Manook, Le Livre de Poche, 424 p., 16,95$
Avec, en toile de fond, le réchauffement climatique, ce fascinant polar imbrique plusieurs trames avec brio. En Islande, l’effondrement d’un iceberg exhume trois cadavres emprisonnés dans la glace. Surnommé « le pire meilleur flic », Kornelius Jakobsson, qu’on a découvert dans Heimaey et Askja, est chargé de l’enquête, même s’il n’est officiellement plus policier en raison de sa tendance à outrepasser les règles. Il y a aussi une adolescente disparue qui est retrouvée morte dans un chalutier avec des hommes en fuite. Puis, l’existence d’une base nucléaire américaine secrète, enfouie sous la banquise du Groenland, refait surface. Au cœur du froid, ces affaires enchevêtrent politique, manipulation, corruption et gens sans scrupules.

Quand viendra l’aube
Dominique Fortier, Alto, 96 p., 13,95$
« Peut-être la raison d’être des livres réside-t-elle là, toute simple : la littérature est un lieu où l’on peut construire en trébuchant une maison, un amour, une forêt, qui eux resteront debout. » Dans ce carnet intimiste et nostalgique — dont le titre s’inspire d’un vers d’Emily Dickinson —, l’écrivaine Dominique Fortier tisse avec douceur ses réflexions sur la mort de son père, le deuil, ainsi que sur ce qui nous survit, ce qui subsiste. Au gré des marées et de l’aube, elle évoque des lectures, les mots des autres (Rebecca Solnit, William Faulkner, Alessandro Baricco, entre autres), des souvenirs et témoigne de la beauté et des mystères qui l’entourent, ceux de l’existence, mais aussi ceux de l’imaginaire et de la nature.

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