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Buckley éclaire les racines du conservatisme actuel ; l’IA invente des compagnons dociles ; Rosario Weiss, fille de Goya, ressurgit ; la comtesse Báthory relève du mythe politique ; la physique du temps fissure nos certitudes sur le présent. Délicieux programme pour la Booksletter de ce 21 mars.
Portrait – Un héraut du conservatisme américain
Buckley: The Life and the Revolution That Changed America (« Buckley. Sa vie et la révolution qui a changé l’Amérique »), de Sam Tanenhaus, Random House, 2025.
William F. Buckley a joué un rôle majeur dans le formatage du conservatisme américain de la seconde moitié du XXe siècle. Fondateur et longtemps rédacteur en chef de la National Review, auteur de cinquante livres et de quelque 5600 chroniques diffusées deux fois par semaine dans des centaines de journaux, invité régulier de talk-shows suivis par des millions de téléspectateurs, il a aussi animé durant plus de trente ans environ 1500 émissions de Firing Line.
La biographie que lui consacre Sam Tanenhaus se lit aujourd’hui à la lumière de l’actualité politique américaine. Faut-il voir en lui celui qui a donné sa forme et sa légitimité au conservatisme contemporain, en le purgeant de certains de ses éléments extrémistes, ou bien l’un des précurseurs du mouvement dont sont issus l’actuel président des États-Unis et son gouvernement ? Dans un article publié par le New York Times, Tanenhaus défend explicitement la seconde hypothèse. Lire l’article
Société – Un nouvel avatar de la bêtise
Love Machines: How Artificial Intelligence Is Transforming Our Relationships (« Machines d’amour. Comment l’IA transforme nos relations »), de James Muldoon, Faber & Faber, 2026.
Pour reprendre une formule de Belinda Cannone, la bêtise s’améliore. Dernier progrès en date : les avatars de compagnons affectifs proposés par l’intelligence artificielle. D’après le sociologue britannique James Muldoon, les applications de ce type ont été téléchargées plus de 220 millions de fois. Leur trait commun tient à leur docilité absolue : ils sont toujours disponibles, ne trahissent jamais, ne jugent pas et se prêtent à toutes les personnalisations.
Plus encore, ces compagnons sont conçus pour demeurer obstinément flatteurs. La journaliste de The Economist, qui rend compte du livre, a téléchargé l’application Replika et transformé son interlocuteur artificiel en « boyfriend ». Il lui a aussitôt assuré qu’elle était « créative », dotée d’« un humour pince-sans-rire », « vraiment formidable », et lui a dit son « espoir » de pouvoir entretenir une relation avec elle. Lire l’article
Arts – Une peintre méconnue : la fille de Goya
La hija (« La fille »), de Sergio del Molino, Alfaguara, 2026.
En pleine création des Peintures noires, Goya initia une fillette de sept ans au dessin. Morte à vingt-huit ans en 1843, Rosario Weiss, devenue peintre, n’a vu son œuvre redécouverte que tardivement. « Nous avons des tableaux qui montrent qu’elle était une grande artiste », estime Sergio del Molino. Son autoportrait, choisi pour la couverture du livre, en apporte un témoignage décisif.
L’auteur, déjà connu pour son exploration des tensions intrafamiliales, décrit la relation paternelle entre Goya et Rosario. Nul ne sait avec certitude s’il s’agissait de sa fille biologique, mais certaines lettres la présentent bien comme « sa fille », et des témoignages d’époque évoquent une vie familiale unie avec sa mère Leocadia. Del Molino y lit une forme de défi lancé aux normes de son temps, ainsi qu’une préfiguration de nos familles recomposées. Après l’échec de sa relation avec son fils légitime Javier, le peintre aurait trouvé en Rosario une seconde chance. Lire l’article
Légende – Les vrais-faux bains de sang de la comtesse
The Blood Countess: Murder, Betrayal, and the Making of a Monster (« La comtesse sanglante. Meurtres, trahisons, et l’invention d’un monstre »), de Shelley Puhak, Bloomsbury, 2026.
La comtesse hongroise Erzsébet Báthory détient un double record. Celui, supposé, de la tueuse en série la plus prolifique du début du XVIIe siècle, avec 650 jeunes victimes à son actif. Et celui d’une fake news d’une longévité exceptionnelle. Dans un livre récemment paru, l’autrice américaine Shelley Puhak démonte la fabrique de cette légende noire et met au jour les intérêts politiques qui ont nourri sa diffusion.
Comme le résume Jennifer Szalai dans le New York Times, l’image de « l’aristocrate monstrueuse », des « tortures sophistiquées » et du « sacrifice continuel d’innocentes dans une vaine tentative pour conserver sa beauté » relève pour l’essentiel d’une campagne agressive de désinformation. La fiction des bains de sang régénérateurs et des jeunes vierges massacrées n’en a pas moins traversé les siècles. Lire l’article
Physique – Du nouveau sur le temps
Time’s Second Arrow (« La seconde flèche du temps »), de Robert M. Hazen et Michael L. Wong, Norton, 2026.
Le temps paraît familier. Il l’est beaucoup moins qu’on ne le croit. En commentant l’ouvrage de Hazen et Wong, le physicien Carlo Rovelli rappelle trois questions cardinales : qu’est-ce qui rend compte de la différence entre le passé et le futur ? En quoi le temps diffère-t-il de l’espace ? Pourquoi n’apparaît-il pas dans les équations fondamentales de la physique ? Est-il une illusion ou bien une réalité inscrite dans l’univers autant que dans notre psyché ?
Le sentiment d’un « ici et maintenant » partagé se heurte à la physique la plus élémentaire. Si, depuis un appartement français, je parle avec une amie à Tokyo, nous croyons habiter le même instant. Mais la vitesse de la lumière interdit cette parfaite simultanéité. Si cette interlocutrice se trouvait dans une autre galaxie, la communication prendrait des années. De la même manière, le « ici » n’a rien d’absolu. Lire l’article
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Par Nicolas Gary
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