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Habituée des planches, Debbie Lynch-White n’avait pourtant encore jamais écrit et mis en scène une pièce. C’est chose faite avec L’usure de nos aurores, présentée à La Licorne, à Montréal. Cette pièce qui porte sur le couple est une des trois créations maison que s’offre, pour ses 50 ans, la compagnie de théâtre La Manufacture, qui gère la programmation de ce théâtre.
Dans L’usure de nos aurores, Élizabeth vient d’organiser une fête pour les 35 ans de sa conjointe Justine. Une fois au lit, en fin de soirée, les deux amoureuses ont une discussion qui devient plus conflictuelle, faisant émerger des traumatismes, des zones d’ombre et des non-dits.
Comme autrice, cela m’intéresse de braquer la loupe sur les aspects d’intimité qu’on ne soupçonne pas des gens, sur ce qu’on peut vivre dans une vie en apparence très banale
, souligne Debbie Lynch-White.
De la banalité du quotidien à la violence insidieuse
Au début de la pièce, la complicité entre les deux femmes est palpable, la dramaturge voulant que le public s’attache au couple. À la base, je voulais croire à ce couple, je veux qu’on ait de l’empathie pour les deux et qu’on les trouve sympathiques toutes les deux, explique-t-elle. Puis, on se rend compte de la dynamique de violence très sournoise et très insidieuse d’un couple.
L’amour est-il suffisant? Combien de chances est-on prêt à donner à l’amour? L’usure de nos aurores interroge notre vision de l’amour.
On nous a beaucoup appris une vision de l’amour un peu tortueuse, avec des gros highs et des gros downs, [dans laquelle] il faut qu’on se déchire, sinon on n’aime pas assez
, fait observer Debbie Lynch-White.
Depuis quelques années, je repense beaucoup à ça. Je me dis : « L’amour est peut-être beaucoup plus simple qu’on le pense, c’est peut-être juste quelqu’un qui est là et qui prend soin de toi pour vrai. »
Debbie Lynch-White a fait appel aux comédiennes Rose-Anne Déry et Kim Despatis pour incarner ses personnages. Elles n’ont pas peur d’aller dans le très intime, dit-elle. On a travaillé avec beaucoup de rigueur, car reproduire la vie quotidienne dans sa plus grande banalité demande du travail et de la rigueur.
Kim Despatis et Rose-Anne Déry dans la pièce L’usure de nos aurores.
Photo : Suzanne O’Neill
Des silences sur scène
En 2022, Debbie Lynch-White a complété une maîtrise en théâtre en déposant un mémoire sur le silence au théâtre. Elle a poursuivi son exploration des silences avec L’usure de nos aurores, une pièce ponctuée non seulement de moments de silence mais aussi d’obscurité, la salle étant plongée dans le noir quand Justine et Élizabeth éteignent brièvement la lumière de leur chambre à coucher.
Pour moi, le silence est un immense lieu d’intimité entre les spectateurs, les interprètes et le texte. Ça donne tellement d’espace à l’imagination et aux émotions du spectateur!
Quand tu passes la limite de te dire : « Il y a un bug technique », « elle a oublié son texte », « qu’est-ce qui se passe? », quelque chose s’ouvre et confronte le spectateur à sa relation au silence
, poursuit-elle.
Rester muettes a poussé Rose-Anne Déry et Kim Despatis à utiliser adéquatement leur présence pour habiter ces moments. On a vraiment travaillé à nourrir leur sous-texte, à en faire le moins possible, parce que tout devient très bruyant dans le silence, alors il faut essayer de trouver le bon dosage de tous les éléments
, souligne la metteuse en scène.
La Licorne, tout naturellement
Avec ses 200 places et ses plafonds bas, la plus grande des deux salles du Théâtre La Licorne sert merveilleusement d’écrin à l’intimité de L’usure de nos aurores, selon son autrice.
Proposer sa pièce à La Licorne s’est imposé comme une évidence pour Debbie Lynch-White, qui y avait joué Chlore, la pièce imaginée en 2012 par la compagnie Théâtre du Grand Cheval, dont elle faisait partie avec Florence Longpré.
C’est un théâtre que j’adore, souligne-t-elle. La Licorne a toujours été un peu le lieu de mes premières chances.
Elle recommande d’ailleurs aux gens qui ne vont pas au théâtre ou qui trouvent cet art trop élitiste d’aller voir une pièce à La Licorne. Ça a toujours été une belle porte d’entrée pour se faire raconter une histoire, être touché et réfléchir. Il y a quelque chose d’ultra accessible et de grande qualité dans ce qui y est présenté.
50 ans de théâtre de création
Si La Licorne existe depuis 1981, La Manufacture, qui a créé ce lieu de diffusion et qui en assure la direction artistique, a été fondée en 1975 par un collectif déterminé à proposer du théâtre de création, alors qu’à l’époque les classiques du théâtre français, comme les pièces de Molière, dominaient l’offre théâtrale à Montréal.
Depuis 50 ans, La Manufacture donne sa chance à de nouvelles voix dramaturgiques. C’est toujours un risque, mais c’est le fun quand le public est au rendez-vous
, note Philippe Lambert, directeur général et artistique de La Licorne et de La Manufacture.
En plus de présenter des pièces faites par d’autres compagnies à La Licorne, La Manufacture produit trois spectacles chaque année.
L’usure de nos aurores est présentée au Théâtre La Licorne tous les soirs du mardi au vendredi ainsi que le samedi après-midi jusqu’au 15 novembre.
Du 20 janvier au 28 février, le public pourra découvrir Changer de vie, la nouvelle pièce de Catherine Léger, à qui l’on doit l’adaptation théâtrale du film de 1970 Deux femmes en or et le scénario du film du même titre de Chloé Robichaud, nommé 15 fois au prochain Gala Québec Cinéma. Interprétée par Isabelle Brouillette, Marilyn Castonguay, Steve Laplante et Hubert Proulx, Changer de vie traitera de la quête de sens à l’heure des réseaux sociaux omniprésents.
Du 2 mars au 10 avril, À partir de là, écrite par l’auteur catalan Joan Yago García, mettra en vedette Félix-Antoine Bénard dans un solo sur le deuil vu à travers le regard d’un adolescent.
Avec les informations de Rose St-Pierre







