Paru en premier sur (source): journal La Presse
Au début de l’été, la romancière américaine Anne Tyler publiait la traduction en français de son 25e roman, Trois jours en juin. Comme souvent dans ses livres, ses personnages vieillissants doivent réévaluer leur destin au seuil de l’une des périodes charnières de leur vie. Regard sur une autrice hyperréaliste à la prose élégante.
Publié à 9 h 00
Shakespeare et Balzac
« La grande romancière des vies banales », dit Le Monde. « Shakespeare est grand, mais la comédie d’Anne Tyler plaît tout autant », écrit Le Soir. À chaque parution d’Anne Tyler, plusieurs médias français s’intéressent à son dernier roman. Ses personnages de la classe moyenne élevée américaine, entre les élites et le col bleu, font rêver dans la patrie de Molière, Guillaume Musso et Marc Levy. Elle est donc l’une des rares, si on exclut les best-sellers, à être traduite en français quelques mois après la parution en anglais.
Cet engouement de la francophonie pour Anne Tyler est l’envers du respect circonspect de la presse anglo-saxonne. L’accueil de son œuvre est partagé, même si on trouve des engouements comme celui du magazine Garden & Gun, de la Caroline du Sud : « L’affirmation de George Sand que chacun des livres d’Honoré de Balzac fait partie d’une seule grande œuvre pourrait être appliquée à Anne Tyler. » La romancière de 83 ans a longtemps évité les entrevues, et encore aujourd’hui, elle n’en accorde que quelques-unes à chaque roman. Aucune possibilité pour La Presse, donc.
Ses romans reflètent son expérience de la vie, sans héroïsme, avec les aléas du mariage et des enfants. Avec souvent peu de personnages principaux, la plupart du temps au mitan de leur vie.
« La raison de mon intérêt pour les familles est parce que généralement elles restent ensemble », expliquait-elle à la CBC en 2015, dans l’une de ses rares entrevues à un média canadien. « C’est fascinant pour un roman. Comment les gens s’adaptent. Parfois, ils sont totalement incompatibles. »
Trois jours en juin
L’intrigue de son plus récent roman se déroule autour du mariage de la fille de Gail, qui doit pour l’occasion accueillir son ex-mari Max.
À 61 ans, Gail risque de perdre son travail de directrice adjointe d’école privée pour filles faute d’« aptitudes interpersonnelles ». Déstabilisée par ce péril dès le début du livre, elle expose les travers de Max, un brouillon traînard dont la principale qualité est de considérer que Gail est la personne la plus extraordinaire de la planète. Mais il y a du sable dans l’engrenage du mariage, un imprévu auquel réagissent très différemment Max et Gail, irritant encore davantage cette dernière.
Le syndrome du nid vide, les relations parfois difficiles avec les enfants adultes, les dernières années de travail : tous ces thèmes se conjuguent pour composer une fresque aux rebondissements aussi vraisemblables qu’inattendus.
Pulitzer et Oscar
En 1989, Anne Tyler a reçu le prix Pulitzer pour son roman Breathing Lessons et un autre a été porté à l’écran l’année précédente. The Accidental Tourist mettait en vedette William Hurt et Geena Davis, qui a reçu un Oscar pour son interprétation.
Regardez la bande-annonce de The Accidental Tourist (en anglais)
Cinq autres de ses romans ont été adaptés au cinéma ou à la télévision. D’autres de ses romans ont aussi été finalistes pour les prix Pulitzer et Booker. Elle-même a indiqué cette année en entrevue que son meilleur roman est A Spool of Blue Thread.
Baltimore et Montréal
Ses romans se déroulent presque tous à Baltimore, la ville où elle vit depuis près de 60 ans. S’ils ne comportent pas beaucoup de détails sur le contexte sociopolitique, ils contiennent des descriptions très détaillées de certains quartiers de cette ville du Maryland, rendue tristement célèbre par la série policière The Wire.
La Baltimore de Mme Tyler est toutefois à mille lieues de la violence de The Wire. En 2020, au début de la pandémie, elle confiait à Associated Press, dans une entrevue à propos de son livre Redhead by the Side of the Road, que Baltimore est une « ville bienveillante » : « Presque tous, à travers les classes sociales et les cultures, se comportent avec grâce et patience. Par exemple, à la caisse au supermarché, si un client prend trop de temps à compter son argent ou la caissière cherche les codes de produit, les gens vont attendre sagement, ou tenter d’aider. »
Soulignons qu’Anne Tyler a un lien ténu avec Montréal : elle y a vécu au milieu des années 1960 pendant que son mari psychiatre faisait sa résidence à l’Université McGill. Elle a été libraire à McGill.
En 2022, à l’émission Desert Island Discs de la BBC, elle a inclus parmi ses choix musicaux préférés la version d’Un Canadien errant du duo country Ian and Sylvia.
Trois jours en juin
Phébus
189 pages





