Image

Décryptage | Rachel Eliza Griffiths : dans la lignée de Toni Morrison

Paru en premier sur (source): journal La Presse

La rentrée littéraire n’est pas encore amorcée qu’arrivent déjà en librairie d’emballantes découvertes littéraires. Parmi celles-ci, le premier roman de la New-Yorkaise Rachel Eliza Griffiths, Promesse, s’est révélé d’une beauté crue, qui écorche et séduit tout à la fois. Pleins feux sur un nouveau titre incontournable de la littérature afro-américaine et une plume dont on entendra certainement encore parler.


Publié à 8 h 00

La poète et l’écrivain mythique

Rachel Eliza Griffiths est une poète et artiste photographe récompensée dont le nom a acquis une notoriété nouvelle depuis qu’elle partage sa vie avec le grand écrivain Salman Rushdie – et plus particulièrement depuis l’agression dont celui-ci a été victime durant une conférence dans l’État de New York, en 2022.

« Le public ignorait encore que Salman venait de m’épouser, sa cinquième femme. Dès le début, j’ai souhaité préserver mon intimité. Je suis une artiste, pas un spectacle », a-t-elle écrit par la suite dans un article publié par le Guardian.

PHOTO DENIS GERMAIN, ARCHIVES COLLABORATION SPÉCIALE

Salman Rushdie et Rachel Eliza Griffiths en avril dernier, à Montréal

Depuis, elle est sortie de l’ombre et s’est exprimée dans de nombreux médias sur les circonstances et les contrecoups de l’agression. Dans le livre de Salman Rushdie Le couteau, où il revient sur l’évènement et les durs mois de guérison qui ont suivi, celui-ci témoigne de son amour pour sa femme qui a été à ses côtés à chaque instant. Rachel Eliza Griffiths l’a d’ailleurs accompagné lors de sa récente visite à Montréal, en avril, dans le cadre du festival littéraire Metropolis bleu.

Être noir dans un Maine blanc

En entrevue avec des médias américains, Rachel Eliza Griffiths a dit avoir écrit Promesse pour comprendre le monde des années 1950 durant lesquelles est née sa mère, disparue en 2014. « Je voulais écrire une lettre d’amour, notamment à l’univers des jeunes filles noires », a-t-elle expliqué à la revue littéraire américaine Kirkus Reviews, en 2023, après la parution du livre en anglais.

À l’été 1957, les sœurs Ezra et Cinthy savourent leurs derniers moments d’insouciance dans le petit village de Salt Point, dans le Maine, où elles vivent. Leur famille est l’une des deux seules familles afro-américaines du village – et les enfants de l’autre famille sont leurs seuls amis, hormis une adolescente blanche issue d’une famille pauvre. Le vent est pourtant en train de tourner, raconte Cinthy, 13 ans, qui narre la majeure partie du roman.

« Tandis que les nouvelles en provenance d’autres régions du pays rapportaient des conflits autour des questions de liberté, d’égalité et de justice pour les Noirs, notre présence inquiétait de plus en plus les villageois », observe l’adolescente. Et lorsqu’en septembre, le président Eisenhower signe le Civil Rights Act de 1957, les conséquences de cette loi jettent la nation « au bord du précipice ».

Une tragédie bouleversante

Tandis que Cinthy et sa sœur grandissent entourées des voix de Nat King Cole et Sam Cooke, des incidents viennent peu à peu troubler l’équilibre fragile de leur vie bien rangée. On découvre en parallèle le passé de leurs grands-parents, marqué par des drames que leurs parents ont tenté de laisser derrière eux en s’établissant dans le Maine. À mesure que les filles prennent conscience des mouvements sociaux qui secouent le pays, elles se mettent à écouter les discours à la radio de militants comme Martin Luther King Jr ou Medgar Evers.

Promesse est par moments un livre dur, qui n’hésite pas à raconter des pans de l’Histoire d’une violence crue : les gestes terrifiants du policier du village, qui prend plaisir à intimider les membres des deux familles noires ; le souvenir des bûchers qui ont vu brûler des familles entières. Et dans cette haine qui est décrite, on reconnaît le climat délétère qui a embrasé de nombreuses petites villes du pays, décrit notamment par Tiffany McDaniel dans L’été où tout a fondu.

Des modèles de femmes fortes

Rachel Eliza Griffiths réussit à créer dans Promesse des personnages féminins forts, calqués sur les femmes qui l’ont entourée dans sa propre vie – des piliers de la famille qui puisent leur force dans leurs ancêtres, selon elle. En abordant des thèmes tels que la découverte de la féminité, la perte de l’innocence, la violence raciale et les traumatismes intergénérationnels, elle s’inscrit comme digne successeure de la regrettée Toni Morrison.

Elle nomme d’ailleurs la célèbre romancière et Prix Nobel de littérature dans les remerciements à la fin de son roman, avec James Baldwin, Lucille Clifton et Audre Lorde – ses « aînés » qui lui ont insufflé la force de continuer. Rachel Eliza Griffiths a déjà confié en entrevue à plusieurs reprises que le roman Sula, de Toni Morrison, compte parmi les livres qui ont changé sa vie, affirmant que la prise de conscience des héroïnes, Nel et Sula, dans lesquelles elle se reconnaît, a été à la fois douloureuse et révélatrice pour elle.

Promesse

Promesse

Rachel Eliza Griffiths (traduit de l’anglais par Emmanuelle Ertel)

Gallimard

448 pages

[...] continuer la lecture sur La Presse.

Dans cet article

Titre: Décryptage

No books found for your query.

Palmarès des livres au Québec