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Un jour de rentrée scolaire à l’école du village de Senneterre, dans le nord de l’Abitibi-Témiscamingue, l’enfant Georges Pisimopeo a connu son premier choc culturel.
Les enseignantes lui donnaient des ordres dans une langue qu’il ne comprenait pas et les autres élèves n’ont pas tardé à le prendre pour cible : Maudit sauvage! Pouilleux, tu pues! Maudit chien sale!
Les coups suivaient les insultes. Georges Pisimopeo, le Cri né dans la forêt
, a vite compris qu’il était arrivé en enfer.
Mes premières expériences avec les Blancs n’ont pas été de tout repos, mais je crois qu’il y avait beaucoup d’ignorance à l’époque envers les peuples autochtones
, lance en entrevue Georges Pisimopeo, qui ajoute toutefois avoir bénéficié du soutien de son grand frère, qui n’a jamais hésité à le défendre dans la cour d’école. Il savait se servir de ses poings et, surtout, de ses pieds
, ajoute-t-il en riant.
Avant sa scolarisation, vers l’âge de 10 ans, l’enfant ne parlait ni français ni anglais, uniquement sa langue maternelle, le cri. Cet épisode à l’école du village de Senneterre fait partie des récits saillants qui composent le premier livre à saveur autobiographique de Georges Pisimopeo, récemment publié aux Éditions Hannenorak.
J’aborde en forme de chroniques des choses qui ne sont pas toujours plaisantes à dire, comme cette histoire avec mon petit crayon jaune, dont les lecteurs découvrent le pacte sinistre
, évoque-t-il en précisant qu’il a lui-même dû entreprendre un voyage au plus profond de son âme.
Je parle de violence, d’abandon, mais je parle aussi de la force des traditions ancestrales, celles qui m’ont permis de lever la tête
, poursuit-il.
Georges Pisimopeo a profité de sa présence au 12e Salon du livre des Premières Nations pour participer à une séance de dédicaces de son livre.
Photo : Radio-Canada / Ismaël Houdassine
Intitulé Piisim Napeu, le véritable nom cri de cet auteur autochtone, l’ouvrage d’une tendresse infinie revient ainsi sur des moments cruciaux qui ont jalonné une existence auprès d’une mère crie, les pieds bien ancrés dans les traditions, et d’un père de sang métissé aux comportements parfois agressifs et violents.
J’ai vécu des hauts et des bas, mais j’ai aussi eu des expériences formidables
, insiste-t-il, les yeux brillants. C’est certain qu’en vivant toute mon enfance et une partie de mon adolescence dans une cabane en bois rond sans eau et sans électricité dans le nord de l’Abitibi, j’allais être confronté à une destinée imprévisible.
Aujourd’hui âgé de 68 ans, l’auteur admet qu’il a eu besoin de plusieurs décennies de réflexion avant de consigner par écrit ses souvenirs intimes formés auprès d’une fratrie de dix frères et sœurs.
Les mots peuvent aider à guérir. Plusieurs nous aident à grandir et d’autres nous permettent de sonder nos cœurs afin d’éloigner toute forme de honte. Avec ce genre de choses, il faut savoir prendre son temps
, raconte-t-il.
Selon le registre de l’état civil, mon nom est Georges Pisimopeo, mais mon vrai nom est Piisim Napeu, qui veut dire « homme-soleil » en langue crie.
Rencontré samedi lors du 12e Salon du livre des Premières Nations, qui s’est déroulé à Québec, l’écrivain se dévoile dans son livre à l’aide d’une prose elliptique. Il décrit ainsi avec pudeur et précision sa relation privilégiée
auprès d’une mère protectrice, une femme crie au fort tempérament. Son visage est d’ailleurs illustré sur la couverture du recueil.
Elle m’a transmis l’amour de la culture et de la langue de nos ancêtres sans jamais avoir honte de ce qu’elle était. Elle m’a appris à marcher sur la neige avec des raquettes et à dépecer le gibier que papa ramenait de la chasse.
Georges Pisimopeo rappelle l’entente tacite qu’il avait conclue durant sa jeunesse avec son paternel. On se partageait les tâches. Il s’occupait des animaux sous l’eau, poissons, castors et autres, et moi, de ceux qui couraient la forêt, comme le lynx ou la martre.
Cet ancrage profond dans la nature, l’écrivain installé depuis un certain nombre d’années en Estrie ne l’a jamais oublié. Je suis un membre des Premières Nations et je vais mourir tel un membre des Premières Nations. Où que je sois ou quoi que je fasse, c’est mon destin.












