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Dix essais québécois qui reflètent tensions, espoirs et fractures de notre temps

Source : Le Devoir

Terre des humbles, Gérard Bouchard

Le sociologue et historien Gérard Bouchard nous revient avec un ouvrage majeur sur le passé du Québec. Fruit d’un demi-siècle de recherche, l’essai reconstitue l’évolution de la société régionale saguenéenne de 1840 à 1940 à travers l’histoire sociale, en embrassant ses dimensions territoriales, démographiques, économiques, politiques et culturelles. Nourri de mémoire orale, le récit fait revivre les rêves de conquête et d’égalité d’une population croyante mais ouverte, confrontée à la pauvreté et à l’injustice. Ce livre ample s’impose d’emblée comme une contribution essentielle à la réflexion sur l’identité québécoise et sur les fondements du Québec moderne.

Boréal, en librairie

À boire !, Catherine Ferland

L’historienne Catherine Ferland revient sur quatre siècles d’histoire pour raconter la place des boissons alcoolisées dans la société québécoise. Tout un programme. Du cidre au vin, de l’eau-de-vie au champagne, de l’absinthe à la « bagosse », elle retrace leur arrivée, leur adaptation aux réalités locales et les multiples contextes de consommation, de la fête populaire aux rituels plus intimes. S’appuyant sur une solide érudition mais soucieuse de clarté, Ferland — qu’on connaît pour Bacchus en Canada ou La Corriveau — livre un récit à la fois savant et accessible qui éclaire l’évolution des mœurs, des goûts et des pratiques sociales. Un livre à lire sans modération.

Septentrion, 23 septembre

Déconnecter, Boucar Diouf

Le chroniqueur à La Presse Boucar Diouf signe dans ce nouveau livre un cri du cœur contre l’isolement numérique et la marchandisation de nos vies par les géants du capitalisme technologique. Scientifique et humoriste, il mobilise son savoir et son humour pour rappeler que l’humain est avant tout un animal social, aujourd’hui menacé de dérive dans le virtuel. Sa solution : retourner aux sources comme se « rebrancher » avec le vivant, embrasser les arbres, chérir les plantes et fouler la terre, conditions essentielles à notre santé physique et mentale. Né au Sénégal et établi au Québec depuis les années 1990, l’auteur conjugue érudition et légèreté pour défendre l’urgence de renouer avec nos racines humaines.

La Presse, 24 septembre

L’appel du feu, Richard Kelly

Ancien pompier à Montréal pendant près de trente ans, Richard Kelly offre un récit coup de poing sur un métier trop souvent idéalisé. Derrière l’image héroïque, il décrit la fatigue, les blessures invisibles, les deuils qui marquent les équipes et la fraternité qui les maintient debout. Entre flammes et cendres, l’auteur révèle la beauté discrète des gestes partagés, la résilience forgée dans l’épreuve et le poids durable des traumatismes. S’y dessine également la vie de caserne, avec ses silences avant l’alerte, la poussière âcre, l’effort après l’exercice, autant de moments de vie qui redonnent sens à l’engagement.

Édito, 24 septembre

Pour une féminisation du pouvoir, Pascale Navarro

La journaliste et essayiste Pascale Navarro poursuit sa réflexion sur la place des femmes en politique. De l’optimisme qu’avaient suscité le premier cabinet paritaire de Justin Trudeau et l’élan du mouvement #MeToo, il ne reste, déplore-t-elle, qu’une parenthèse refermée sous le poids de la pandémie, de la montée de l’extrême droite, du masculinisme et de la recrudescence des féminicides. Les discours féministes sont marginalisés, la parité reléguée, souligne-t-elle. L’autrice plaide donc pour une refonte durable des institutions et avance des pistes concrètes afin que les femmes réinventent, autrement, l’univers politique.

Leméac, 1er octobre

Les deux occidents, Mathieu Bock-Côté

Le polémiste Mathieu Bock-Côté livre sans doute ici la version la plus radicale de son diagnostic crépusculaire, opposant désormais deux Occidents : l’Amérique de Trump et l’Europe. Cette dernière, obsédée par la démocratie et les droits de l’homme, glisserait selon lui vers un régime liberticide. Derrière le pluralisme affiché, il dénonce un contrôle social étouffant et un état d’exception permanent. Fidèle à son style dualiste et provocateur, Bock-Côté ne fait pas dans la nuance. Son nouveau mot d’ordre, « extrême centre », désigne cette force qui prétend contenir le populisme mais réduit en réalité la liberté à peau de chagrin. Un essai sombre qui dresse le réquisitoire d’une société repue, ayant renoncé au goût même de la liberté.

Presses de la Cité, 3 octobre

2024 : L’Amérique voit rouge, Rafael Jacob

Politologue et chercheur associé à la Chaire Raoul-Dandurand, Rafael Jacob publie un nouvel essai mordant sur l’Amérique de Donald Trump, à l’image de sa couverture choc. Après avoir quitté la Maison-Blanche en 2021, l’ancien président retrouvait, le 5 novembre 2024, un pays fracturé, essoufflé, mais qui choisit de le rappeler au pouvoir au terme d’une des campagnes les plus dramatiques de l’histoire moderne. L’expert de la politique américaine tisse une mosaïque historique, sociale et politique pour éclairer ce retour inattendu et en mesurer les conséquences, des États-Unis au reste du monde. Vulgarisateur hors pair, il prolonge

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