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D’où vient l’accent québécois ?

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Les quelque 2 000 aînés qui ont rédigé leur autobiographie, répondant à l’appel de Janette Bertrand dans le cadre de son projet Écrire sa vie, risquent fort de se reconnaître dans Cent ans d’histoire : Vous m’avez raconté le Québec. Des récits de ceux qu’elle nomme « les biographes », la grande dame a retenu les thèmes principaux — la religion, la famille, le patriarcat, la médecine, etc. — pour les explorer par le truchement de ses propres expériences. 

Dans cet extrait, Janette Bertrand parle de sa perception du « bon français ». Laurent Turcot explique pour sa part, dans la section « Un peu de contexte », d’où vient l’accent (ou les accents) québécois, et comment il a évolué. 

UN PEU DE CONTEXTE

Les colons français sont arrivés en Nouvelle-France avec des accents du Poitou, de l’Île-de-France, de Paris, de Bretagne, mais surtout de Normandie. La langue commune est le français, qu’on parle assez bien, d’autant plus qu’on l’appelle « la langue du roi » et que c’est la langue de l’administration et de l’armée.

À la suite de la Conquête britannique, le lien avec la France est rompu. Puis, dans les années 1790, la langue subit des réformes en France. La prononciation change, alors que les Canadiens français conservent une prononciation similaire à celle de la métropole française au 18e siècle. L’accent propre à la colonie se développe.

Après les rébellions des Patriotes, l’Angleterre envoie lord Durham pour enquêter sur les événements récents dans la colonie. Celui-ci dira que les Canadiens français sont un peuple sans histoire, qu’il faut assimiler le plus rapidement possible. Les Anglais, dont Durham, estiment que le français parlé dans la colonie n’est, de toute façon, pas un « vrai français », mais plutôt un « French Canadian patois ». Plusieurs sont piqués au vif par le rapport Durham, dont un ecclésiastique et linguiste, Thomas Maguire, qui déclarera qu’il faut parler le français comme les Français. C’est alors que vont se renforcer deux registres de langue.

D’un côté, le registre de langue châtiée, « pincé », puis, de l’autre, celui du peuple. Dans la langue populaire, les emprunts à l’anglais sont fréquents. Par exemple, on disait « orge » en Nouvelle-France, mais, avec l’arrivée des colons et des marchandises britanniques, le terme qui s’impose est celui qu’on voit sur les sacs d’orge : barley. On peut donc entendre : « Je vais prendre la soupe au barley. » Cette langue commence à être intégrée au parler courant. Peu à peu, au 19e siècle, l’Église, qui considère que la langue est gardienne de la foi, propage l’idée que les Canadiens français parlent mal, une « vieille langue », et qu’ils sont contaminés par l’anglais. Au fil du temps, les Canadiens français commencent à avoir honte et à éprouver, comme l’ont expliqué Anne-Marie Beaudoin-Bégin et Benoît Melançon, de l’insécurité linguistique.

Laurent Turcot, historien

Finalement, à cette époque, on est convaincus qu’on ne sait pas parler. On nous le répète assez souvent ! Pourtant, ce qui fait que le Québec va se constituer en une province unique et spécifique, c’est la langue française. On est fiers, d’un côté, de parler français, parce que ça nous distingue des autres, mais par rapport à la France, on se sent très inférieurs. Mais ça a changé depuis ma jeunesse. Avec la mondialisation et l’ajout de mots anglais dans la langue des Français, on voit que notre langue à nous, au Québec, résiste encore et toujours.

Cent ans d’histoire : Vous m’avez raconté le Québec, de Janette Bertrand, en collaboration avec Laurent Turcot, Libre Expression, 2025, 216 p. En librairie dès le 22 octobre 2025 (27,95 $).

Extrait publié avec l’autorisation de l’autrice et de la maison d’édition.

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