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Elliot Black en zone de guerre | Témoigner de la guerre autrement

Paru en premier sur (source): journal La Presse

« Le pire qui peut arriver, c’est qu’une guerre tombe dans l’oubli », pense Martin Tremblay. Convaincu de l’importance de documenter les conflits armés qui déchirent le monde, le photojournaliste de La Presse multiplie les reportages à l’étranger depuis plus de 20 ans. Lancé en novembre, son premier roman jeunesse est pour lui une façon différente de braquer l’objectif sur les réalités de la guerre.


Publié à 11 h 00

« Je me rendais compte que les histoires que je faisais à l’étranger, on les publie dans La Presse, puis elles sont vite oubliées », affirme notre collègue à l’autre bout du fil. « J’avais le goût de leur donner une deuxième vie, de trouver une nouvelle façon de raconter ces histoires-là, de trouver un nouvel auditoire. »

Quand l’occasion de développer une série de romans jeunesse avec les éditions Les malins s’est présentée, le père de deux adolescents l’a saisie. Ainsi est né Elliot Black en zone de guerre, dont le premier tome transporte les lecteurs en Ukraine.

Le jeune héros du roman, Matias, 14 ans, est contraint de suivre sa mère médecin en mission humanitaire dans ce pays en guerre. Même si elle lui promet qu’ils vont rester loin du danger, l’adolescent a peur. « L’UKRAINE ? Mais t’es malade ! On va se faire TUER ! », lance-t-il lorsqu’il apprend la nouvelle.

Martin Tremblay, qui se trouve actuellement en Syrie avec la chroniqueuse de La Presse Isabelle Hachey, s’est rendu à deux reprises en Ukraine depuis le début de l’invasion russe. D’abord, en mars 2021 ; puis, en janvier 2023.

Le photographe et désormais auteur s’est inspiré de ces deux voyages pour créer l’histoire de ce jeune qui se lance dans le photojournalisme afin de montrer à quoi ressemble le quotidien sous les bombes.

Le vrai du faux

« Je ne suis pas Matias du tout. C’est un personnage que j’ai inventé », tient à préciser Martin Tremblay, en entrevue. Il a cependant puisé dans les émotions qu’il a vécues sur le terrain pour décrire les réactions de son héros.

Quand il a peur, quand il est outré, quand il est dévasté… tout ça, c’est un peu ce que j’ai vécu dans mes deux reportages.

Martin Tremblay

Bien qu’inspirés par les rencontres effectuées sur le terrain, les personnages du roman sont tous fictifs. Ce qui est vrai, cependant, ce sont les lieux et l’ordre des évènements décrits, par exemple les attaques sur Odessa, Mykolaïv et Kherson.

« En étant photojournaliste, j’ai gardé quand même une petite démarche journalistique sur les faits, sur le contexte. Les lecteurs, quand ils auront fini le roman, ils auront appris quelque chose qui est vérifié et vérifiable », explique l’auteur.

PHOTO FOURNIE PAR MARTIN TREMBLAY

Le photojournaliste Martin Tremblay devant un missile

Certains moments sont aussi tirés de sa propre expérience. « Je décris un missile planté dans le sol, non explosé, que Matias prend en photo. Ça, c’est une scène que j’ai vraiment vécue. » Et comme son personnage, il avoue avoir eu peur.

Départ pour la Syrie

Car même s’il couvre des conflits armés depuis 2002 – son premier reportage en zone de guerre était en Afghanistan –, Martin Tremblay ressent « toujours un peu [de] peur » avant de partir à l’étranger. Selon lui, ce n’est pas une mauvaise chose, puisque cela l’empêche d’aller au-devant du danger. « C’est déjà assez dangereux comme ça », note-t-il.

Au moment de l’entrevue, il préparait ses bagages pour s’envoler vers le Liban le soir même. Il venait d’apprendre qu’Isabelle Hachey et lui partaient pour la Syrie afin de couvrir les lendemains de la chute de Bachar al-Assad.

« C’est une situation un peu stressante, bizarrement. En Ukraine, c’était hyper dangereux, parce que c’était une guerre totale, comme la Seconde Guerre mondiale, avec des tanks, des avions, des bombardements, des missiles, des obus, mais ça reste qu’il y avait une ligne de front déterminée. […] Là, c’est une situation explosive », indique-t-il, en précisant que, à l’instar de toute la planète, il ne sait pas à quoi ressembleront les prochains jours et semaines en Syrie.

« Servir à quelque chose »

C’est le désir de « servir à quelque chose » qui a poussé Martin Tremblay à se diriger vers le photojournalisme, métier qu’il a découvert notamment à travers un article du Soleil sur le photographe Roger Lemoyne, premier québécois lauréat du prestigieux concours World Press Photo. C’était en 1999.

« Quand j’ai vu ça […], je me suis dit : “C’est ça que je veux faire !” Ça allie tout ce que j’aime : l’aventure, le voyage, ma passion pour le journalisme », confie-t-il.

En plus de l’Ukraine et de l’Afghanistan, Martin Tremblay s’est notamment rendu au Niger, dans la bande de Gaza, en Arménie, en Jordanie et en République démocratique du Congo.

C’est dans ce dernier pays que se déroulera le prochain tome des aventures d’Elliot Black, dont la sortie est prévue à l’automne 2025. Il sera question d’enfants soldats et de la guerre que se livrent différents groupes armés pour contrôler le marché du coltan, minerai convoité servant à la fabrication de nombreux appareils électroniques.

D’ici là, qu’est-ce que Martin Tremblay aimerait que les lecteurs adolescents – ou adultes – retiennent de son livre ?

« Un de mes buts, c’est qu’un lecteur qui finit mon roman, quand il va entendre à la radio qu’une bombe est tombée sur un immeuble en Ukraine, ce ne sera pas juste un fait divers. […] Il va savoir ce que ça représente pour vrai. »

Elliot Black en zone de guerre, tome 1 – Ukraine

Elliot Black en zone de guerre, tome 1 – Ukraine

Martin Tremblay

Éditions Les malins

Dès 10 ans

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Dans cet article

Titre: Elliot Black en zone de guerre

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