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Enseigner le français « et autres niaiseries »


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À première vue, tout semble normal dans la classe de français de cette école secondaire de Sherbrooke. Les chaises sont bien alignées derrière les bureaux. Il y a des classeurs, un tableau noir et un écran. Mais le diable se trouve dans les détails.

L’œil avisé détecte rapidement, dans la petite bibliothèque contenant une cinquantaine de livres, une préférence pour les œuvres qui dérangent – ou qui ont déjà dérangé. Les nuits révolutionnaires de Nicolas Retif de la Bretonne et Plexus d’Henry Miller côtoient Le grand cahier d’Agota Kristof, La version qui n’intéresse personne d’Emmanuelle Pierrot ou Les choses de l’amour à marde de Maude Veilleux.

Puis, une affiche posée sur le babillard capte l’attention. On peut y lire, en lettres majuscules : CHANGE LE MONDE AVEC TES MOTS.

La journée est plutôt grise, et ça tombe bien. Marido veut que la classe se retrouve en pleine noirceur. Elle annonce donc aux élèves, à mesure de leur arrivée, que les stores doivent être baissés et que les lumières resteront fermées.

Quelques élèves discutent avec leur enseignante, dont une mèche de cheveux tombe tout près du sourcil percé. L’ambiance est conviviale et fébrile à la fois. Je sens de l’électricité dans l’air, leur lance-t-elle d’emblée. La classe commence : place au grand dérangement, comme elle le nomme.

Marie-Dominique Billequey discute avec une élève. Une autre élève entre dans la classe.
L’ambiance est conviviale dans la classe de Marido. L’enseignante veut que ses élèves aient envie d’être dans leur cours de français. « De la petite magie, il n’y en a pas tous les jours, mais quand même très souvent », remarque-t-elle. Photo : Radio-Canada / André Vuillemin

Une élève se lève et se dirige à l’arrière, et non à l’avant de la classe, d’un pas semi-assuré, mais avec un regard néanmoins déterminé. C’est elle qui va briser la glace. Tu as toute mon admiration, lui lance Marido, rassurante, qui invite les autres élèves à réaliser leur plus grand rêve, soit de dormir sur leur bureau pendant l’exposé oral qui est en voie d’être livré.

Frédérick Tremblay, l’élève courageuse, arrivée face au mur à l’arrière de la classe, se met à crier une fable de La Fontaine apprise par cœur. Personne ne la regarde. Les élèves ont la tête posée sur leur bureau. Elle récite le plus fort qu’elle le peut.

Les élèves de la classe couchent leur tête sur le bureau. Frédérick Tremblay est devant les fenêtres aux rideaux fermés et se prépare, les yeux fermés, à réciter une fable.
Frédérick Tremblay a relevé avec brio le défi d’être la première à clamer haut et fort sa fable. Une personne accompagnait chaque élève pour lui souffler le texte en cas de trous de mémoire. Photo : Radio-Canada / André Vuillemin

À l’avant de la classe, Marido ouvre la porte et sort parfois jusque dans le corridor. Plus elle s’éloigne, meilleures sont les notes. C’est une mise en scène. C’est pour faire ressortir l’absurdité des règles qui existaient au 17e siècle, explique celle qui, dans ses cours, aborde la littérature de cette époque.

Avec cet exercice, elle veut aussi que ses élèves prennent confiance en leur voix, d’où l’idée de crier à pleins poumons pour ce premier oral de l’année. L’enseignante sait que les élèves seront ainsi plus à l’aise de parler fort durant leurs prochains exposés oraux.

L’expérience reste néanmoins déstabilisante pour plusieurs. Frédérick semble encore légèrement ébranlée : Ça me faisait peur de crier. Pour Paul Brazeau, dont la voix a sûrement résonné jusqu’au bout du corridor, cette formule était meilleure qu’un exposé oral devant tout le monde.

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Les nuits révolutionnaires

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Plexus

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Le grand cahier

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La version qui n’intéresse personne

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Les choses de l’amour à marde

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