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Et si lire donnait envie d’écrire?

 

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Et si lire donnait envie d’écrire?

La littérature jeunesse possède de nombreuses qualités : vivante, dynamique, souvent interactive. Le lecteur peut être incité à agir sur le texte en faisant des choix, il peut interagir avec l’objet en touchant des textures ou en déclenchant des sons, en tournant les pages… Mais parfois aussi, la littérature jeunesse est une invitation à laisser libre cours à notre propre imaginaire.

Et si les histoires des autres nous donnaient envie de jouer et d’écrire?

Je pourrais parier que ce sera le cas après la lecture d’Arthur et les 4 voleurs, album jeunesse publié chez Seuil Jeunesse. Construite autour d’une bande de voleurs qu’on devine tout de suite un peu (beaucoup) maladroits, cette œuvre à structure répétitive fait rire grâce au concept du jeu du téléphone, les renseignements étant déformés en même temps qu’ils sont transmis, et à une suite de catastrophes inattendues.

Les livres jeunesse qui naviguent sur la fine ligne entre humour et mauvais plans ne manquent pas, mais il y a un petit quelque chose de plus avec celui-ci. Peut-être grâce à Arthur, personnage des plus mignons, un enfant naïf qui préfère faire de l’art que dessiner des plans et qui fera tout dérailler sans vraiment s’en rendre compte.

Dès le départ, le lecteur est complice: comment cette aventure pourrait-elle se finir positivement alors que les données fournies au cartographe ne sont de toute façon pas les bonnes, modifiées chaque fois qu’elles passent d’une oreille à l’autre? Nos quatre malfrats regretteront leur manque de sérieux puisque chaque route mène vers une fin dramatique, que ce soit une mer remplie de requins ou la prison directement.

La mécanique humoristique conçue par Guilherme Karsten, à la fois auteur et illustrateur ici, est efficace et peut servir de tremplin pour une création originale. Quel butin pourrait-on chercher à voler? Quel spécialiste peu fiable pourrait-on engager? Et, surtout, quelles fins surprenantes (et parfois mordantes) attendront nos voleurs?

Cette envie de prendre la plume pour écrire autre chose ou pour compléter ce qui existe déjà n’est pas confinée à la fiction. En effet, une série documentaire publiée chez Québec Amérique se révèle un terreau particulièrement fertile pour l’imaginaire! C’est pour son fils qui s’intéressait peu à la fiction, mais beaucoup aux documentaires quand il a appris à lire, que l’autrice s’est lancée dans ce projet ludique accessible aux plus jeunes : Les documenteurs!

Le concept est chouette : sur chaque double page de cette série, dont les deux premiers tomes, Les aliments et Les insectes, sont parus cet hiver, six informations sont données sous forme d’affirmations. Cinq tout à fait authentiques et… une fausse.

Essayons ensemble : le riz est une céréale. Il en existe plusieurs variétés. Le riz peut se manger en dessert. Il n’est cultivé qu’en Asie. Il pousse dans des rizières. Le riz est cuisiné différemment selon les pays.

Accompagnés de précisions complémentaires et des adorables illustrations aux couleurs pop de Laurie Forêt, ces énoncés peuvent tous sembler véridiques, surtout pour les enfants. C’est l’occasion de faire fonctionner ses méninges… et d’aborder le concept des fakes news! Est-ce parce que c’est écrit que c’est vrai? Comment peut-on vérifier ce contenu?

Alors, avez-vous trouvé le mensonge? Bravo! En effet, si l’Asie est bien le plus important producteur de riz, la céréale est cultivée sur cinq continents, rien de moins! Sur les pages où les propos erronés sont identifiés et où la vérité est expliquée, Josée Bournival s’amuse et propose des mensonges supplémentaires, cette fois bien étiquetés et souvent beaucoup moins crédibles. Par exemple, connaissez-vous le secret des plus grands coureurs? Se mettre des grains de riz entre les orteils, bien sûr! Ça donne envie de se prendre au jeu! Quelles informations, un peu suspectes ou alors tout à fait ridicules, pourrait-on bien imaginer sur le riz? Ou encore sur le sirop d’érable, le fromage, la mouche, la luciole ou le papillon, autant de thématiques explorées dans les deux premiers tomes?

Allez, je m’essaie : quand on ne regarde pas, les pâtes prennent vie… et peuvent même être méchantes les unes envers les autres. Quoi? Vous ne me croyez pas?

Pourtant, c’est bien ce qui arrive dans Pâte à part, nouveauté chez Fonfon signée par la jeune autrice Clarisse Bérubé.

Dans la communauté de pâtes anthropomorphes fort fort lointaine des Macars, celui qui décide de tout, c’est Joey Tortellini. Et courage à celles et ceux qui osent se rebeller. De toute façon, au pays des Macars, on cultive plutôt le conformisme… au grand dam de Jean-Maurice, un penne honni par les autres sans raison claire.

Du moins jusqu’à la séance photo annuelle. En effet, alors qu’il est habituellement empêché d’y participer, cette année, Jean-Maurice découvre que tous les Macars sont occupés à autre chose, lui permettant d’aller enfin rencontrer le chef Zihn, chargé de l’identification. Seulement, quand Jean-Maurice lui annonce qu’il est le Macar honni, le chef comprend « macaroni »… et normalise du coup le penne à l’étrange courbure. Confiant même si les Macars le rejettent toujours, Jean-Maurice remarque la gentillesse des Barrie-La et se dit qu’il n’est pas forcé, en réalité, de rester avec les Macars… et si sa place était ailleurs?

Si l’exclusion est un sujet qui peut être sensible, le duo formé de Clarisse Bérubé et d’Yves Dumont parvient à l’aborder de façon ludique, notamment grâce à cet univers de pâtes où les lecteurs peuvent reconnaître leurs préférées à travers une suite d’illustrations texturées où de nombreux détails font sourire. L’album est d’ailleurs truffé de jeux de mots qui raviront les lecteurs plus âgés.

Vous devez sans cesse vous battre pour que vos enfants cessent de s’amuser avec la nourriture? Restez très loin de cet album qui pourrait bien les amener à concevoir de véritables œuvres fictives à partir de leur prochaine assiette de spaghettis! En même temps, c’est peut-être semer en eux la graine de créativité qui en fera d’ici quelques années de véritables auteurs… Et si la lecture était finalement le premier pas vers l’écriture?

Photo : © Sara-Maude Ravenelle

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