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Étreintes, d’Anne Michaels | Douce mélancolie

Paru en premier sur (source): journal La Presse

À l’image de la magnifique photographie impressionniste d’Henri Prestes qui enveloppe le livre, le nouveau roman d’Anne Michaels pourrait se lire comme un long poème de Robert Frost.


Publié à 1h11

Mis à jour à 16h00

D’un lieu à l’autre, au fil des époques, la poète torontoise capture des vies faites d’étreintes et d’absences, jalonnées par l’amour et la mort, et teintées d’une mélancolie vaporeuse. En Angleterre, en France ou ailleurs, des générations se relaient pour perpétuer ces étreintes sur lesquelles le passé dessine inéluctablement son ombre.

« À un certain moment votre vie doit devenir vôtre ; vous devez l’élire parmi toutes les autres histoires qui vous ont été données, qui vous ont été léguées ou imposées, ou dont vous vous êtes retrouvé gardien tandis que quelqu’un d’autre élisait sa propre histoire », écrit Anne Michaels, traduite par Dominique Fortier.

À John, qui a eu la « chance » d’avoir été laissé pour mort sur un champ de bataille en 1917, il est justement donné la fortune d’étreindre à nouveau Helena, qui lui avait proposé de s’enfuir avant qu’il soit conscrit. Son destin lui permettra finalement de mener une vie à ses côtés, où il réussit à produire de vrais miracles dans son studio de photographie, faisant apparaître les morts aux côtés des vivants.

Bien plus tard, dans les années 1980, Mara et Alan entament une nouvelle existence à deux : « ce désir partagé, qui s’accompagnait d’une paix inimaginable, indicible ». Et entre eux, toujours, Anna, la mère de Mara, qui renaîtra du fruit de leur amour. Car c’est en vivant qu’on se souvient des gens, dira l’un des personnages qui se succèdent d’une histoire à l’autre, toutes liées d’une certaine manière.

Entre les va-et-vient dans le temps se dessinent des tableaux tout en douceur qui nous laissent des sensations fugaces, mais qui, ensemble, forment une grande toile qui pourrait épeler diverses manières dont la vie peut prendre le dessus sur la mort.

Très remarquée depuis sa sortie, la version originale anglaise d’Étreintes, Held, est en lice pour les prestigieux prix Booker et Giller, qui seront remis cet automne, tandis que la présente traduction a remporté en France le prix Transfuge du meilleur roman anglo-saxon, en août dernier, en plus d’être encore en lice pour le Femina. Et si l’on veut poursuivre son immersion dans l’œuvre – encore trop méconnue, chez nous – d’Anne Michaels, son premier livre traduit par Dominique Fortier, Le tombeau d’hiver, vient également d’être republié en format poche chez Alto.

Étreintes

Étreintes

Anne Michaels
(traduit de l’anglais par Dominique Fortier)

Alto

212 pages

7,5/10

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Titre: Étreintes, d’Anne Michaels

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